‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 63 sur 725 · Voir plus hus^Tableau de la langue, l · texte numérisé non relu

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3 . Un des arguments dont H. Estienuu se sert volontiers pour prouver l'infériorité de l'italien, c'est le nomhro

Dans un ordre de sciences tout différent, l'histoire littéraire revendique encore trois noms: ceux d'Ambroise Paré, deBernard Palissy et d'Olivier de Serres.

La France salue dans Ambroise Paré * le père de la chirurgie moderne : telles de ses descriptions d'opération chirurgicale sont encore aujourd'hui considérées par les hommes spéciaux comme des chefs-d'œuvre. Nous n'avons point à parler ici du savant, mais de l'écrivain. A. Paré s'était formé seul. Aussi constate-l-on dans ses premières œuvres, dans son Traité des x>iaijes d HacquebuteSj dans sa Briefve collection, dans V Anatomie universelle, etc., une singulière inexpérience de l'art d'écrire; mais, avec l'âge elles progrès, grûce à l'influence de cette cour lettrée et élégante des Valois, au milieu de laquelle il était appelé à vivre, son style se perfectionne. Ses derniers ouvrages sont des modèles du style scieniifique, sobre, net, précis. Rappelons spécialement l'autobiographie qu'il a publiée sous le litre à' Apologie et voyages. Bebnaud Pai.issy - est un des esprits les plus originaux du xvi" siècle. On connaît la vie de l'héroïque potier qui après quinze ans d'efforts surhumains arriva à retrouver le secret des émaux italiens; on sait aussi les droits que ses découvertes scientifiques lui donnent à l'admiration des savants. Ce qu'on sait moins, c'est que cet artiste, ce savant de génie sans prétention littéraire, fut un écrivain éminenf, chez qui le style net et en même temps naïf, pittoresque, est l'expression pure d'une pensée vigoureuse, élevée, et d'une imagination gracieuse et charmante. Il a consigné l'histoire de sa vie, de son esprit, de ses découvertes scientifiques dans deux ouvrages. Le premier en date est la Recepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et à augmenter leurs trésors (tb63). Cet ouvrage sans plan régulier est une sorte de causerie libre où l'auteur s'abandonne à son imagination. Il trace le plan d'un jardin idéal qu'il orne de rochers, de fontaines, et de constructions rustiques. Il entre en passant dans les détails techniques, expose des théories neuves sur les engrais, sur la coupe des bois, sur les causes de la configuration du sel, de la formation des sels, sur l'origine des fontaines, des métaux, etc. Les maximes bibliques

considérable d'emprunts que cette langue, I l'autre, mais d'une commune origine, il'aprcs lui, fait au français. H. Es- 1 Voir aux Morceaux choisis, p. Ii7 et tienne ignorait que les termes identiques I notes.

qu'il constatait entre les deux langues! 1. Voit a.ux Morceaux choisis, p. 164. viennent, non d'un emprunt de l'une à | 2. Ibid., p. 139.

qu'il inscrit sur les fronlons des constructions placées dans son jardin, l'amènent à des digressions morales, à des satires piquantes sur les vices du temps, il oppose à la vie agitée des villes le bonheur de la vie des champs qu'il décrit avec amour. Il revient ensuite à son jardin, et, après avoir énuméré les instruments de géométrie dont il a besoin pour en tracer le plan, il commence une charmante fantaisie. Il imagine qu'une discussion s'est élevée entre ces instruments pour savoir à qui appartient la prééminence *. Palissy veut leur démontrer qu'ils sont les ser\iteurs de l'homme. Comment, s'écrienl-ils tous ensemble, nous servirions l'homme, cet être plein deméchancelé et de folie ? Qu'on mesure la tête des hommes les plus respectables, les mesures varieront toujours avec les folies qui la remplissent. Palissy se livre alors à ces mesures qui sont toujours en défaut ,• il recourt à la chimie pour analyser les têles des hommes et ne trouve au fond de son creuset que mauvaisesi passions, colère, ambition, orgueil. La dernière tête étudiée est celle d'un conseiller de Parlement, qui avait persécuté les protestants Ce qui amène Palissy à raconter l'histoire des persécutions subies par les réformés dans l'Angoumois. De là il revient à son premier objet : fondation d'une forteresse qui servirait de lieu de refuge en cas de troubles publics.

Telle est l'analyse sommaire de ce livre composé par « de- « mande et responce » où l'auteur sème en passant plus d'une vue neuve, où il se montre tour à tour agronome, chimiste, géologue, ingénieur, et en même temps moraliste et écrivain plein de charme et de fine bonhomie.

En 1580, il donna ses Discours admirables ^, série de traités dialogues sur divers points de science, où l'auteur met aux prises la théorique, c'est-à-dire la science des anciens avec la Pratique, c'est-à-dire l'observation de la nature et l'expérience. On devine que la Théorique ne triomphe pas souvent dans ces discussions. Cet ouvrage est remarquable par le nombre et l'importance des idées nouvelles que Palissy expose sur la physique, la chimie, la géologie. C'est là qu'on lit le saisissant récit des efforts qu'il fit pour retrouver les émaux italiens ^.

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