‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 658 sur 725 · Dernières plaintes de Didon · texte numérisé non relu

Dernières plaintes de Didon

0 mort ! mort ! voici l'heure :

C'est à ce coup qu'il faut que coulpable je meure !

Sus ^ mon sang, flont je veux sur l'heure faire offrande,

Qu'on paye à mon honneur tant offensé l'amende 1

J'ai tantost dans l'espais - du lieu sombre et sauvage,

Près l'autel où je tiens de mon espoux l'image,

Entendu la voix gresle * et receu ces paroles :

« Didon, Didon, viens t'en ! » 0 amours ! amours foies.

Qui n'avez pas permis qu'innocente et honneste

Je revoise * vers hiy! mais ja ma mort est preste.

Pour t'apaiser, Sichee, il faut laver mon crime

Dans mon sang, me faisant et presiresse et victime.

Je te suy, je te suy, me fiant * que la ruse,

La grâce et la beauté de ce traistre m'excuse.

La grand' pile ^ qu'il fault qu'à ma mort on enflamme

Desteindra ' de son feu et ma honte et ma flamme.

Ettoy *, chère despouille, ô despouille d'Enee,

Douce despouille, helas ! lorsque la destinée

Et Dieu le permettoient, lu recevras ceste ame.

Me depestrant ^ du mal qui sans fin me rentame '*.

J'ay vescu, j'ay couru " la carrière de l'âge

Que Fortune m'ordonne, et or '^ ma grand'image

Sous terre ira " ; j'ay mis une ville fort belle

A chef '* ; j'ay veu mes murs ^^ ; vengeant la mort cruelle

Démon loyal espoux, j'ay puni, courageuse,

Mon adversaire frère ^^ : heureuse, ô trop heureuse,

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