Recherches, YII, 12. Morceaux choisis, p
3. Voir plus loin, Tableau de la lan- 5. D'-frnse et illustration, 11, S. gue, I. 1 6. Recherches, VU, 1.
Le Maire des Belges a laissé le Temple d'honneur et des vertus, la Plainte du Désiré, des Regrets, les Epitres de l'Amant vert, et une grande composition en prose, moitié chronique, moitié épopée, les Illustrations des Gaules et singularittz de Troie.
Les trois premiers poëmes sont des poésies officielles qui célèbrent les vertus des princes de la maison de Bourgogne. Ce sont de savantes et froides compositions où les allégories abstraites du moyen âge se mêlent aux souvenirs classiques de la Grèce et de Rome; la poésie y est toujours la Bame >7iétongue, cultivée par les Crétin et les Meschinot. Dans les Eintres de l Amant vert, il y a plus d'originalité de pensée ^ Si le fond de ces poésies n'offre rien de bien intéressant, il faut reconnaître qu'elles se recommandent parla forme. Le Maire des Belges sait couper ses vers avec art, et s'il manque de goût, si sa langue est dure et raboteuse, il a le sentiment du rhythme et de la phrase poétique, et il sait trouver des images pittoresques. Sa versification est aussi plus correcte et plus châtiée que celle de ses devanciers.
Jean Le Maire se montre poëte jusque dans ses ouvrages en prose; quelquefois même sa prose poétique est supérieure à sa poésie. Ses contemporains admirèrent, à l'égal des plus beaux poëmes, les Illustrations des Gaules et singularités de Troie. Là, fondant le Roman de Troie avec les traditions des vieilles chroniques de France et les fantaisies d'Annius de Viterbe, il donna l'histoire des origines troyennes des Francs et des Allemands et des origines bibliques des Gaulois, Et ces inventions puériles trouvèrent un appui dans l'orgueil des familles et des villes qui prétendaient se rattacher à cette antiquité merveilleuse.
Rien de plus bizarre que cette œuvre sans plan régulier, mélange de chronique et d'épopée; où la ficlion est mêlée à l'histoire, où les fantaisies de l'imagination forment une étrange alliance avec l'abus de l'érudition ; où l'on trouve à la fois les souvenirs de la mythologie classique et les moralités chères au moyen âge. Ici c'est un chroniqueur sec et aride; li un commentateur lourd et indigcsie; ailleurs un déclamaleur emphatique; plus loin, un poêle plein de grâce et de charme. La langue de Le Maire a de l'ampleur, du mouvemement, de la grâce; mais l'érudilion en altère la naïveté. On y trouve une sève surabondante, un entassement de mots savants et d'expressions populaires qui offrent le plus étrange contraste, et l'abus de ces énumé-