Bienfaisante
3oi MORCEAUX CHOISIS DES AUTEURS DU XVP SIECLE.
Du mal-heur de sa mort pins mortes que vivantes;
Redoublant les souspirs en leurs cœui's soucieux,
Les regrets en leur bouclie, et les pleurs en leurs yeux.
Mais estant arrivée au milieu de la salle,
Sa face parut belle, encor' qu'elle l'ust palle,
Non de peur de la mort venue avant saison,
Mais pour Tennuy souffert en sa longue prison.
Lors tous les as>islans émeus en leur courage *,
Et d'aise tous ravis, regardoient son visage,
Admiroient ses beaux yeux, consideroient son port,
Lisoient dessus son front le mespris de la morl :
La merveille ^ en leur cœur faisoit place à la crainte,
De son prochain danger leur ame estoit atteinte :
Elle ne souspiranl les faisoit sou?pirer
Et s'abstenaut de pleurs, contraiguoit ' à pleurer.
Sa constance admirable autant qu'infortunée,
Glaçait tous les esprits, rendoit l'ame estonnée :
Bref tous portans les yeux et les cœurs abbatus,
RegrettoienI ses beautés et loûoient ses venus.
Comme tous demeuroient ai tachés à sa veuë,
De tant de traits d'amour mesme en la mort pourveuë ;
D'un aussi libre pas que son cœur estoit haut.
Elle s'en va monter dessus son eschaffaut ;
Et soubsriant un peu de l'œil et de la bouche,
Je ne pensois mourir, dist-elle, en cesie couche ;
Mais puisqu'il plaist à Dieu de se servir de moy
Pour maintenir sa gloire et défendre ma foy,
J'aquerray tant d'honneur en ce honteux supplice,
Où je fay de ma vie à son nom sacrifice.
Qu'on m'en célébrera en lang :ges divers :
Une seule couronne en la terre je pers,
Pour en regaignei- deux dans le celesie empire,
La couronne de vie et celle du marlire.
Ces mots, sur des soupirs, elle envoyoit aux Cieux,
Qu'elle invoquoit du cœur, de la bouche et des yeux.
Puis serénanl ♦ son front d'une alegresse grande,
Un père confesseur tout haut elle demande.
Un s'avance à l'instant prest de ^ la consoler;
Elle qui reconnoit bien tost à son parler.