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1. Ces Blasons ont été réunis et publiés en 1550, sous le titre suivant : Les Blasons du corps féminin, ensemble les contre-blasons avec les figures, le tout mis par ordre ; composés par plusieurs auteurs contempoi-airis.
iiO LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVI' SIÈCLE.
En 1336, Marot rentra en France et revint à la cour. Il exprima la joie de son retour dans une pitîce touchante et élevée : le Dieii gard\ Mais il ne retrouvait plus les dispositions bienveillantes qu'on avait jadis pour lui ; des inimitiés, qui avaient grandi pendant son exil, éclatèrent bientôt ; le signal de l'attaque fut donné par François Sagon, curé de Beauvais, mauvais poëte, disciple de Crétin, que blessaient comme beaucoup d'autres catholiques les opinions suspectes du poëte, le libertinage de sa conduite et le caractère licencieux de ses poésies. Le Coup d'essai de Sagon ne fut pas heureux. C'était une diatribe en vers, lourde et grossière, à laquelle Marot répliqua sur le même ton, mais avec une verve étincelante, une mordante ironie qui mit les rieurs de son côté. La réponse qu'il place dans la bouche de son valet F rippelipe est un chefd'œuvre de désinvolture hardie, et de raillerie piquante. La Iluetlerie, Mathieu de Boutigni, Jean le Blond et autres obscurs personnages qui vinrent an secours de Sagon, ne furent pas plus heureux que l'auteur du Coup iressui.
Quelques années plus tard, encouragé par François I'^'', Marot commença une traduction en vers des Psaumes, où il se montrait élégant écrivain et habile versificateur. Cette traduction fut d'abord accueillie avec faveur, mais bientôt le livre fut dénoncé à la Sorbonne comme suspect de luthéranisme, et condamné en 1o43. Le roi et sa sœur se virent obligés d'abandonner le poëte qui s'enfuit à Genève ; là il continua, sans l'achever, la traduction des Psaumes qu'adoptèrent les protestants ' et que dut compléter avec moins de talent un homme d'une foi plus éprouvée, Théodore de lièze. Condamné en France comme hérétique, poursuivi à Genève pour son libertinage d'esprit et le dérèglement de ses mœurs, Marot alla mourir à Turin en 1543.
Ainsi finit dans les persécutions cet homme qui par la frivolité, l'insouciance, la gaieté de son caractère semblait fait pour une tout autre destinée. Ce n'était pas un esprit ferme, un caractère énergique, embrassant une doctrine et s'y attachant avec passion; c'était un esprit mobile, un caractère léger, ami des nouveautés, frondeur, badin, fait pour traiter les petits sujets. Il y porta du moins des qualités supérieures, la finesse, la grâce,
1. Roland de Lassus, Janibc-dr.-fer, et [ une musique grave et religieuse qui en floudimel, les plus renommés musiciens facilita l'introduction dans les églises du temps, approprièrent à ces Psaumes | réformées.
LES POÈTES DE 1500 A looO.
l'enjouement, la franche gaieté, la sensibilité discrète, avec un style nef, facile, une élégance de ton, une force et une naïveté d'expression presque inimitables. 11 est passé maître dans l'épigramme; ses épîtres sont le modèle du genre et la forme en est pour ainsi dire consacrée sous le nom de style marotique. Il résume cet'espiit gaulois qui a inspiré les fabliaux, le Roman du Renard, Villon, et qui par lui ?e transmettra jusqu'à La Fontaine ; et il y joint une grâce délicate et une élégance qu'il n'a pas puisées seulement dans le commerce de la cour, mais dans l'étude des anciens. La culture latine se fait sentir dans son slyle, sans fuire violence au génie propre de notre langue. Mais les qualités de Marot étaient trop personnelles et les sujets qu"il traitait trop légers pour qu'il pût exercer une influence durable sur les écrivains de son temps. La renaissance des lettres avait fait naître des besoins nouveaux auxquels sa muse badine ne pouvait satisfaire. Toutefois, il resta le maître incontesté de la poésie pendant tout le règne de François I", et à lui se rattache toute une génération de versificateurs plus ou moins remarquables.
En première ligne, vient Roger de Collerye, qui a popularisé le type de Roger Bontemps. Portant gaiement sa misère, il lutte contre Faidte d'argent et Plate bourse; dans ses vers, d'un style leste et vif, on retrouve l'inspiration et souvent l'imitation directe de Gringoire, de Coquillart et de Marot. Il rappelle la verve satirique et cynique des deux premiers et l'enjouement du dernier *.
Victor Brodeau ^, valet de chambre et secrétaire de François I" et de Marguerite, outre ses Louanges de Jésus-Christ Nostre-Seigneur (Lyon, 1540), a laissé quelques pièces en vers d'un style coulant et naïf; ses épigrammes ne sont pas mal tournées; une d'elles même a eu la gloire d'être attribuée à Marot ^.Brodeau, le disciple le plus cher de maître Clément, vit ainsi son nom associé à celui de son maîlre ; un siècle après, Voiture ne l'avait pas encore oublié.
1 . Les œuvres de Roger de Collerye ont été publiées dans la Bibliothèque Elzévirienne (1853) par M. Ch. d Héricault, qui a fait précéd-^r sou édition d'une étude sur la vie et les œuvres de ce poëte. — Roger de Collerye n'est pas toujours le joyeux compagnon des enfants sans souci ; quelquefois sa misère lui arrache des cris éloquents, comme sa Complainte de l'infortuné, une de ses plus belles poésies.