Voici cette épigrarame qui courut la cour
A deux frères mineurs.
Mes beaux frères religieux, Vous di-ncz pour un grant merci.
O gens heureux! o deiui-dieux !
l'Uusl à [tieu (]iîe je pense ainsi!
Comme vous vivroi^ sans souci :
Car le vœu qui l'argent vous oste, Il est clair qu'il défend aussi Que ne payez jamais vostre hoste.
t)2 LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVI* SIÈCLE.
Charles Fontaine, auteur d'épîtres, élégies, épigrammes, etc., réunies sous le titre bizarre de Ruisseaux de Fontaine, ne mérite guère de souvenir que pour le zèle avec lequel il défendit Marot contre Sagon et Jean le Blond, et plus tard contre la Pléiade, Son Quintil Censeur est une réponse à V Illustration de Du Bellay, d'une valeur littéraire médiocre, mais d'un intérêt historique incontestable ^
Le Parisien Antoine Héroet (1492-1568), mort évêque de Digne, se distingue par une noblesse et une élévation qu'il doit au commerce de Platon dont il avait traduit, non sans talent, VAndrogyne. Il représente l'amour comme agrandissant et purifiant l'âme dans son Accroissement d'amour et dans sa Parfaite amie, « petit œuvre, mais qui en sa petitesse surmonte les gros ouvrages de plusieurs ^, » et qui donna lieu à un vrai tournoi littéraire.
La Borderie ^, trouvant cette parfaite amie trop platonique, y répondit par son Amye de cour, description prolixe d'une Célimène à la cour de François I". Charles Fontaine répliqua par sa Contr'amye de cour qui blâme
L'amye Trop enchantée et endormie Aux honneurs et biens de ce monde.
Le Lyonnais Maurice Scève, dans sa Délie, object de plus haute vertu (iof'i6), continue cette veine de poésie froide et raffinée, qui rappelle le Roman de la Rose; ce recueil de quatre cent quarante-neuf dizains est écrit, disait le bon Pasquier, « avec un sens si ténébreux et obscur que, le lisant, je disois estre trèscontent de ne l'entendre, puisqu'il ne vouloit estre entendu. » Par ses Rlasons du front, du sourcil, des larmes, du soupir, de la gorge, composés dans sa jeunesse, il se rattache à la seconde manière de Marot.
François Habert (mort après 1501), fécond auteur d'épîtres, rondeaux, ballades, églogues, poëmes allégoriques, serait oublié aujourd'hui sans un recueil de fables où La Fontaine a trouvé à glaner.
Hugues Salel écrit les blasons de l'épingle et de l'anneau, compose toute sorte de dizains et de huitains, chante Cu-
1. Voir plus bas, p. 98 ; voir également I est né en 1108. Il mourut après 1547. On le Tableau de la langue, I. a encore de lui le Voyage à Constanti-