‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 82 sur 725 · Voir plus bas · texte numérisé non relu

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2. Voir la biographie de Ronsard, dans les Morceaux choisis, p. 218. Ronsard a élé l'objet de nombreuses études cl reclierchcs. Nous citerons spécialement celles que Sainte-Beuve lui a consacrées dans sou Tableau de la poésie,

dans son Anthologie de Ronsard, dans ses Causeries du lundi; le livre de M. Gandar : Ilonsard considéré comme imitateur d'Uoini're et de Pindare. Metz, 1854, et le tuinc VIII de l'édition des œuvres du poëte publiées par M. P. Blauchemaiu.

vice des princes, à la cour ou dans des voyages. Après une longue maladie causée par les faligues de ce genre d'existence, il fut frappé de surdité. La carrière des honneurs lui étant fermée, il se tourna vers les lettres. Il s'enforma à Paris, au collège Coqueret,où il trouva Jean de BaiT, le fils de l'ambassadeur auquel il avait été quelque temps attaché, et là il se livra à l'étude avec une ardeur infatigable, a il se fit, dit Claude Binet, compagnon de Jean-Antoine de Baïf et commença par son émulation à étudier, vray est qu'il y avoit grande différence; car Baïf estoit beaucoup plus avancé en l'une et l'autre langue, encore que Ronsard surpassast beaucoup Baïf d'âge. Néanmoins la diligence du maistre, l'infatigable travail de Ronsard et la conférence amyable de Baïf, qui à toutes heures lui desnouoit les fascheux commenoemenis de la langue grecque, comme Ronsard en contre-eschange lui apprenoit les moyens qu'il sçavoit pour s'acheminer à la poésie françoyse, furent cause qu'en peu de temps il récompensa le temps perdu.. . Nous ne pouvons oublier de quel désir et envie, ces deux futurs ornements de la France s'adonnoient à l'estude ; car Ronsard qui avoit esté nourri jeune à la cour, accoutumé à veiller tard, continuoit à l'estude jusqu'à deux ou trois heures après minuict, et se couchant réveilloit Baïf quï se levoit et prenoit la chandelle et ne laissoit refroidir la place *. » Ce fut là qu'il connut également Turnèbe, Belleau, Jodelle. Vers 1548, il se lia avec Joachim Du Bellay. En retournanl de l'université de Poitiers, raconte CoUetet, Joachim Du Bellay «se rencontra dans une mesme hostellerie avec Pierre de Ronsard qui, revenant du Poitou, s'en refournoit à Paris aussi bien que lui. De sorte que, comme d'ordinaire les bons esprits ne sepeuvenlcacher, ils se firent connoître Tun à l'autre pour estre non-seulement alliez de parentage, mais encore pour avoir une mesme passion pour les muses, ce qui fut cause qu'ils achevèrent le voyage ensemble, et depuis Ronsard Ht tant qu'il l'obligea de demeurer avec lui et Jean-Antoine de Baïf au collège de Coqueret, sous la discipline de Jean Dorât, le père de tous nos plus excellents poêles 2. » Ainsi se formait cette association à laquelle

i. Vie de Ronsard. 1 thèque du Louvre (21-22 mai 1871). On

2. CoUetet, le pèie de l'écrivain dont Boiieau raille la misère, avait ccmposé une histoire des poètes français du treizième au dix-septième siècle, dont le manuscrit, en sis volumes in-folio, était conservé à la bibliothèque du Louvre.

Cette œuvre, rcmaniuable d'érudition, a été détruite dansrincendie de la biblio-

XVI» SIÈCLE

ne possède plus de ce grand travail que les fragments qui ont été pris par divers savants, dont l'ensemble forme un peu plus du tiers de l'œuvre totale. Le fragment que nous citons se trouve dans le Tableau de la poésie au seizième et au dix-septième siècle , de M. Godefroy, à l'article Du Bellay.

Ronsard faisait partager son enthousiasme. En février 1549, Joacliim Du Bellay publie sa Dcffcnse et illustration de la langue française, qui est la profession de foi de l'école nouvelle. — La langue française, toute pauvre qu'elle est actuellement, ne doit pas Être dédaignée; que de grands écrivains se montrent et elle pourra devenir l'égale de la latine et de la grecque. Mais pour arriver à illustrer ainsi la langue, ne croyez pas que le génie naturel suffise ; le travail pénible et les longues veilles sont nécessaires; il faut imiter les Latins qui se sont enrichis des dépouilles des Grecs, et, laissant de côté ces rondeaux, ballades, virelais et autres épiceries, remplacer les chansons par les odes, les coqs-à-l'âne par les satires, les mystères par les comédies elles tragédies, les dizains par les sonnets « de savante et agréable invention italienne.)» «0 combien, s'écrie Du Bellay, je désire voir sécher ces Printems, chAtier ces Petites jeunesses, rabbattre ces Coups d'essai, tarir ces Fontaynesl... Que ces Despourveuz, ces humbles Esperanz, ces Banniz de lyesse, ces Esclaves, ces Traverseurs soient renvoyés à la Table Ronde : et ces belles petites devises aux gentilshommes et demoiselles d'où on les a empruntées * ! » Nous avons besoin d'une plus haute poésie, puisée aux sources antiques. Sus donc ! et pillons les anciens ^1

On comprend sans peine l'émotion que cet opuscule hardi, écrit avec une verve éloquente et poétique, produisit dans le monde des lettres. De tous les poêles attaqués par Du Bellay, seul Charles P'ontaine répondit : mais son Qaintil Censeur, plein de critiques futiles et de peu de valeur, passa inaperçu. Quand Ronsard en 1550 fit paraître son premier livre des odes, Mélin de SaintGelais, le brillant poëte de cour, parodia une pièce en la débitant d'un ton ridicule. Mais la sœur de Henri II, Ma dame Marguerite, qui se déclarait pour Ronsard, comme salante s'était déclarée pour Marot, arracha le volume des mains de Mélin et relut les vers avec un tel accent que l'admiration succéda à la risée. Saint-Gelais eut à subir le triomphe et le pardon généreux de Ronsard; et le dernier disciple de Marot, déchu aux yeux de la cour, dut se réfugier dans le vers latin.

1, Ceci s'adresse aux poëtcs disciples de Marot. Les l'rinterns font allusion aux Printems de l'humble Espérant, de Jean Le Blond, les Coups d'essai au Coup d'essai de Sagon ; les Foutaynes aux rui-^seaux de Fontaine, de i harles 1-oiitaine ; le Banni de lyesse et l'Esclave

fortune' sout François Habert et Michel d'Aniboisc, qui prenaient ces noms; le Traverseur esl Jean Houchet, qui signait le Tranersnir des voies périlleuses.

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