‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 83 sur 725 · Cf. aux Morceaux choisis, p. 20i- 20C · texte numérisé non relu

Cf. aux Morceaux choisis, p. 20i- 20C

L'opposition était vaincue. Les autres poètes de la vieille école se ralliaient à Ronsard, qui s'empressait de se les concilier : ainsi Pelletier du Mans,Héroet, Thomas Sibilet et surtout Maurice Scève qui, par ses vers obscurs et savants, « s'était, dit Du Bellay,

Le premier retiré Loin du chemin tracé par l'ignorance,

« qu'il avait bannie de noire poésie '. » Tous les nouveaux poêles s'empressèrent de s'enrôler sous Ronsard, et celui-ci vit commencer ce règne de quarante années pendant lesquelles il demeura le souverain incontesté de la poésie française. Rien ne peut donner une idée de cette admiration unanime. Partout où se lisaient les œuvres françaises, les poésies de Ronsard furent traduites ou expliquées : en Flandre, en Angleterre, en Pologne et jusqu'à Danlzick. Les Italiens le mettaient au-dessus de Pétrarque, et le Tasse, de séjour à Paris en lo71, venait lui demander son approbation pour quelques chants de la Jérusalem délivrée. Pierre Lescot sculptait en bas-relief sur un fronton du Louvre la Muse du poëfe à côté de la Gloire du roi. Marie Stuart envoyait à Ronsard, du fond de sa prison, un Parnasse d'argent avec cette inscription : « A Ronsard, l'ApoIlo de la source des Muses, » et sa rivale Elisabeth lui faisait parvenir un diamant d'un grandprix. De Thou, qui le fait naître par erreur en lo25, l'année de la bataille de Pavie, voyait dans sa naissance une compensation suffisante au désastre de nos armes. La surdité dont il était affligé le faisait comparer à Homère aveugle. Sa mort fut un deuil public. On ferait un volume non pas seulement des éloges qu'il reçut de son vivant, mais des oraisons funèbres et épitaphes qu'on lui consacra à sa mort. Jamais homme ne fut porté si haut par l'admiration de ses contemporains, pour tomber ensuite si bas. Du jour où Malherbe biffa un exemplaire de ses œuvres, Ronsard fut condamné à l'oubli, et il s'attacha à son nom le souvenir d'une grande entreprise misérablement avortée. Quelques vers injustes de Boileau^, voilà tout ce que la postérité gardade la mémoire de cet homme qui au seizième siècle avait été notre plus grande gloire littéraire. La critique, aujourd'hui plus impartiale, sans rendre à

1. Voir Pasquier, Recherches, VII, 6. 1 Vil dans rage suivant, par un retour grotesqitf, „ , Tomber de ses grandi mots le faste pedantesque.

2. Ronsard qui le suivit [Marot) par une ^^ç. ^gte orgueUlcux, trébuché de si haut, „, , , . ,^ .„ [autre melhod.', Rendit plus retenus Desporles et Berlaui. Heglant tout, brouilla tout, fit un art a sa mode, ' /</ nr^nHn„o T ^ Et toutefois longtemps eut un heureux destin. \ \Ari potlique, i.j Mais sa muse, en français, parlant grec et latin, ■

100 LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVr SIÈCLE.

Ronsard la place élevée que lui avaient donnée ses contemporains, l'a placé du moins à un rang qui n'est pas méprisable- Ronsard n'aspirait à rien moins qu'à être le Pindare et l'Homère de la France. Il débuta en 1550 (il avait alors vingt-six ans) par des odes * qui s'imposèrent tout de suite à l'admiration générale. Après les futilités de l'école de Marot, c'était en effet une nouveauté que cette poésie d'allure si fière où prétendait revivre la muse de Pindare. La noblesse et la grandeur des images, la science de l'antiquité qui débordait de toutes parts, et jusqu'à cette division des odes en strophes, antitrophes, épodes, tout était fait pour charmer un public de lettrés, fier d'avoir enfin une poésie qui semblât faite exclusivement pour lui.

C'est déjà faire la critique des odes pindariques que de rappeler qu'elles doivent être accompagnées du commentaire perpétuel du savant Richelet. La plupart des odes sont remplies d'allusions mythologiques qui les rendent monotones, fatigantes et souvent inintelligibles. L'ode sur les Muses, que les contemporains ont célébrée comme le chef-d'œuvre de Ronsard, ne supporte pas la lecture jusqu'au bout. Ces poésies sont pauvres d'idées ; le poëte n'a pas su donner un tour original aux pensées qu'il prenait aux anciens, et elles n'ont en définitive pour elles que les qualités d'un rhythme hardi et nouveau et d'un style parfoisbrillanl,surtoutdansles parties descriptives^. Les Amours deCassandre ' ellesHymnes *, malgré la différence des sujets, présentent les mêmes caractères que les Odes. Le poëte tend vers les plus hautes cimes de la poésie ; mais la richesse el la grandeur des idées ne répondent pas à ces généreuses aspirations; et trop souvent il retombe dans les procédés uniformes que nous venons de signaler. Dans les Amours de Cassandre, les souvenirs mythologiques se mêlent à l'imitation de Pétrarque ; dans les Hi/nmes, c'est Callimaque que Ronsard prend pour modèle. Comme les Odes, les Ainours de Cassandre eurent besoin d'un docte commentaire, et c'est le grave et savant Muret qui s'en chargea^.

1 . Les quatre premiers livres des Odes de P. de Ronsard, Vandomois, ensemble (avec) son Bocage. Paris, i'ùhO.

2. Il faut lec.uniiaître toutefois que sur les quatre livres d'Odes publiés en 1550, le premier seul reufenne des odes pindariques, au nombre de quinze.

3. Les amours de P. de Ronsard Vandomois ensemble (avec) le cinquiesme desesOdes. Paris, 1552.

■i. Les Hymnes de P. de Ronsard,

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