Recherches, VIF
3. Voir, sur Du Bellay, Sainte-Beuve, op. cit., p. 333 ; lUarty-Laveaux, biographie
de Du Bellay, en tête de son édition des œuvres de ce poëte (2 vol. in-8», 1866- 67). Voir sa biographie aux Morceaux choisis, p. 200.
L'ÉCOLE DE RONSARD. 10a
reiix au possible et comme il avoit de tendres sentiments d'amitié pour Du Bellay... il oublia toutes les choses passées, et ils vécurent toujours depuis en parfaite intelligence : Ronsard fut le premier à exhorter Du Bellay à continuer dans l'ode. »
Ce procès est peu vraisemblable. Au fond de toute cette affaire il n'y a sans doule qu'un mouvement de dépit de Ronsard fâché de se voir devancé par son ami ^ Quoi qu'il en soit, la publication du recueil de Du Bellay que suivit en io50 celle des Amours de Cassandre de Ronsard, ne nuisit pas au succès des deux poêles qui furent tous deux bien accueillis par le public.
L'Olive est un recueil de cinquante sonnets ^ en l'honneur de mademoiselle de Viule, maîtresse platonique de Du Bellay. Le sonnet était alors un genre nouveau. Mélin de Saint-Gelais l'avait rapporté quelques années auparavant d'Italie en France; mais, ainsi que Marot, il n'en avait composé qu'un petit nombre. Du Bellay l'acclimata, et, comme il le dit lui-même,
Par moi les grâces divines Ont faict sonner assez bien Sur les rives angevines Le sonnet italien,
Vauquelin lui rendit plus tard la môme justice et, dans un sonnet adressé à notre poëte, il lui disait :
Ce fut toi, Du Bellay, qui des premiers en France D'Italie attira les sonnets amoureux.
C'est là le sonnet à la Pétrarque, tel qu'il va s'imposer à la nouvelle école pendant tout le seizième siècle, genre monotone et fade dont Du Bellay fut le premier à sentir le vide et à se moquer : car trois ans à peine après la publication de son Olive, il adressait à une dame une charmante pièce où il raillait avec esprit et verve ces Fétrarquistes et se vantait d'avoir oublié l'art depétrarquiser^. Du Bellay avait raison de condamner ce genre de poésie : son Olive est ennuyeuse et sur les cent quinze sonnets que renferme l'édition de 1550, a peine en trouve-t-on quatre ou cinq d'intéressants.
Les pièces qui accompagnent l'Olive valent déjà mieux. La Musagnœomachie ou Combat des Muses contre l'ignorance est une
1 . C'est l'avis de Sainte-Beuve; voir | l'édition de 1550. Olive est l'anagramme on. cit., p. 338. de Viole.
2. Portés au nombre de Ha dans' 3. Tome U, p. 333, éd. M. Laveaux.
allégorie mythologique dans la tradition de l'ancienne école, tradilioncontinuée d'ailleurs par la Pléiade. Du Bellay y célèbre llonsard, mais n'oublie pas non plus Sainl-Gelais, Héroet, Pelletier, etc. C'est ainsi que vers la même époque il adresse une ode flatteuse au vieux Saint-Gelais, qu'il compose une brillante épilaphe pour Marot. Il semble qu'il se relâche de la vivacité qu'il avait montrée dans saDcfeyise, et qu'après avoir vu assurer le triomphe de la nouvelle école, il cherche à faire de la conciliation avec l'ancienne.
Dans les Vers lyriques, quelques pièces se font remarquer par la grâce et la délicatesse du style et le charme du rhythme, entre autres VOde à Sa/mon Macrin sitr la mort de sa Gelonis. De même VOde à Ronsard sur l'inconstance des choses, si l'on en retranche deux ou trois strophes obscures, se distingue par la précision et l'élégance finie de l'expression.
La même année qu'il donnait la seconde édition revue et augmentée de VOlive et de quelques autres poëmes, il publiait un recueil de poésies dédié ù. Irès-illustre 2:)rincesse madame Marguerite, sa protectrice, qui l'avait engagé à le faire imprimer ; les pièces faciles, agréablement tournées, ne manquent pas. Les pièces vraiment belles sont rares; on en peut signaler deux, l'une adressée au seigneur Bouju sur les conditions du vray poète ^, l'autre à madame Marguerite sur la nécessité d'écrire en sa loropre langue -.
Dans les poésies qui composent ces deux recueils, Du Bellay fait surtout preuve d'une merveilleuse facilité qu'admiraient ses contemporains : si Ronsard avait vu avec déplaisir son ami prendre les devants et publier des odes avant lui, il avait pu reconnaître qu'il n'était pas de force à pindariser, et il lui abandonnait volontiers l'ode à l'Horace. Et là même Du Bellay s'élève peu; son style est correct, pur, simple, mais prosaïque '. Il n'a pas encore trouvé son originalité. Il fallut un voyage en Italie pour le mettre en pleine possession de son talent. Du Bellay,quiétaitdans une situation de fortune assez précaire.