Voir aux Morceaux choisis, p
3. Le même jugement doit être porté sur Ba traducllon du troisième et duquatrieme lÎTre de VÉnéide, remarqu.ibic d'exactitude et d'aisance, mais trop souvent plate. Elle a paru en 1551 ; il est possible qu'elle date des premiers temps de son séjour eu Italie ; en tout cas, ou
ne voit pas encore de diflérencc seusiblt entre le style de cette traduction et celui des poésies précédentes de Uu Bellay.
Elle est accompagnée de divers fragments des poètes grecs et latins que du hellay avait traduits pour son ami Louis Le Uoy, auteur d'une traduction en français et d'un commentaire du Banquet, de Platon. Voir plus liaut, p. 68.
venait â'ùtre atlachS comme intendant ou liommc d'affaires auprès de son cousin le cardinal Du Bellay, ambassadeur de Franco à Rome. Il partit vers looi plein d'enthousiasme et d'espérances ; ces premiers sentiments et les premières impressions du poëte, à la vue des ruines de la vieille Rome, ont été rendus souvent avec bonheur dans son Premier livre des antiquite.z de Rome ^ Il a retrouvé la Rome antique à travers la Rome moderne : il a senti la poésie des ruines, il a compris la grandeur de cette puissance tant de fois abattue, et dontles restes ne laissent pas que de frapper d'étonnement. Ces Antiquitez de Rome forment une œuvre unique dans la littérature française du seizième siècle. Du Bellay peut se vanter
D'avoir chanté, le premier des François, L'autique honneur du peuple à longue robbe 2.
Il faut arriver à Byron ou à Chateaubriand pour retrouver la môme inspiration.
Bientôt cet enthousiasme tomba devant les ennuis journaliers que lui apportait l'administration d'affaires qui n'étaient rien moins que poétiques. D'autre part. Du Bellay était venu à l'époque agitée qui vit la fin du pontificat de Jules III, celui de Marcel II et le commencement de celui de Paul IV. Le cynisme des intrigues qui se déroulaient sous ses yeux à la cour pontificale, et dont sa position subalterne le rendait le témoin journalier ; le spectacle de la corruption romaine que ne cachait pas alors, comme quelques années auparavant, l'éclat d'une cour aimant les arts et la poésie; de plus les tourments d'un amour longtemps malheureux et les ennuis d'une santé chancelante, le regret de la France et de sa douce province de l'Anjou : toutes ces causes agirent sur Du Bellay et donnèrent un nouvel éveil à son talent. 11 nota au jour le jour pour luimôme ses diverses impressions dans une série de sonnets dont la plupart, par la vivacité des peintures, Fénergie de l'expression, la franchise du style, sont de vrais chefs-d'œuvre; et ces papiers journaux, comme il les appelle, ces commerdaires qu'il désigne du nom de Regrets ', forment un recueil qui a triomphé du temps. Soit qu'il regrette ses amis de France,
1. Paru en lbS8. — Ce recueil de sonnets fut traduit en anglais à la fin du seizième siècle (1591), par Edmond Spenser, l'auteur de la lieinp des Fées, sous le titre de The Ruins of Rome. Edmond Spenser a encore traduit d'autres son-
nets détachés de Du Bellay (sur les Songe':) sous le titre de The visions ûf Bellay.