‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 87 sur 725 · Parus en · texte numérisé non relu

Parus en

108 LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU XVl^ SIÈCLE.

soit qu'il rôve tristement à l'Anjou, à son petit Lyre, soit qu'il décrive les mœurs de la ville éternelle, les fêtes, les jeux, le carnaval, les intrigues de conclave, soit qu'il oppose la grandeur du passé à la corruption présente, tour à tour mélancolique et railleur, il est partout franc, vrai et original. Les contemporains admiraient surtout ces sonnets satiriques : le sarcasme dans le sonnet était une nouveauté. Richelet, dans son commetaire sur Ronsard vante la force avec laquelle Du Bellay taxe les mœurs de son temps; Ronsard, rappelant le souvenir d'un grand satirique grec, donne à son ami le nom de grand Alcée angevin^ el Y auquelm dans son Art poétique n'oublia pas Du Bellay qui,

... Quittant cette amoureuse flamme, Premier ût le sounet seniir son épigramme ^.

Si Du Bellay notait pour lui seul dans les Regrets ses impressions personnelles, il n'en avait pas moins la réputation de poëte à la mode, et cette réputation, il deviiit la soutenir à la cour de Rome. Comme il n'était pas assez versé dans la langue italienne, qu'il ne jugeait pas la cour poniificale capable de goûter toutes les finesses de noire poésie, il se tourna vers le vers latin, et celui qui avait écrit à madame Marguerite cette belle ode sur le devoir imposé aux poètes d'écrire dans leur langue maternelle ', se mit à rivaliser avec les poêles latins de l'Italie*. Il chanta surtout ses amours en distiques élégants ; plus tard môme, de retour en France, il n'abandonna pas ce genre et l'on a de lui quelques épîtres latines où il raconte avec éloquence et poésie sa propre histoire.

Cette littérature latine de la fin du quinzième siècle et du commencement du seizième, où excellaient tant de poètes ingénieux, ne fut pas d'ailleurs inutile à Du Bellay. C'est au Vénitien Navegero ou Naugerius qu'il doit ses Jeux rustiques, un des plus jolis fleurons de sa couronne poétique. La chanson du Vanneur de blé ^, la chanson à Vénus et d'autres pièces d'un rhythmesi gracieux, d'une allure si charmante et si poétique, ont été vraisemblablement composées en Italie à l'époque des

t. Odes V, 8.

î , Art poétique, I.

î. Yoii- -Auyi Morceaux choisU, p. 207. •i. 11 s'en excuse dans un joli sonnet i. Ronsard (tome II, p. 172, X).

... Si au bord eslranger

Ovide oja sa langue en barbare changer Afin d'oslre entendu, qui me pouiTa rependre D'un change plus heureux? Nul, puisque le [françois Quoy qu'au Grec et Romain égalé tu te sois, Au rivage laliii ne se peult faire entendre.

Page 1