‹ Le seizième siècle en FranceChapitre 88 sur 725 · Voir aux Morcewix choisis, j · texte numérisé non relu

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Regrets qui parurent en mûme temps que les Jeux rustiques, vers lo.")8.

Du Bellay rentra en France vers dî)b5, et son retour à Paris (ut salué avec transport par ses amis; mais il ne devait pas y trouver le repos. Il reprit dans la maison du cardinal celle existence d'afTaires et de tracas qui l'épuisait; usé par les ennuis et la maladie, il quitta vers tBo7 le service de son parent, et trouva, avec l'indépendance, la pauvreté. Il vécut obscurément, trop fier pour intriguer, et se consacra à la poésie, ("est de cette époque que date son Poëte courtisan, véritable satire, bien que cette pièce n'en porte pas le nom, sur les poêles de cour, chefd'œuvre d'ironie et de vérité. En même temps parurent les Regrets dont la publication excita de nouvelles colères.

Poursuivi par d'ardentes calomnies, du Bellay fut desservi auprès du cardinal dont il ne put recouvrer l'amitié. La maladie, la pauvreté, les chagrins causés par l'injustice de ses parents et de ses amis eurent vite raison d'une constitution qui avait toujours été débile ; i trente-cinq ans c'était un vieillard épuisé : il mourut le 3 janvier 1360.

Son Illustration, ses Antiquités de Rome, ses Regrets, ses Vœux rustiques, son Puète courtisan lui assurent une place honorable dans notre histoire littéraire à côté de Ronsard.

Le mérile de Rémi Belleau* est d'avoir tenté d'ouvrir de ' nouvelles voies. Incapable de suivre Ronsard dans les hauteurs où il plane, il dut renoncera l'ode pindurique : l'ode lioratienne était prise par Du Bellay, le sonnet par ces deux poêles et par Baïf. En quête de sujets, porté d'ailleurs par son goût vers l'observation et le genre descriptif, il se tourna vers la nature. Il publia en 1357 un recueil intitulé : Petites Inventions : ce sont des descriptions de divers objets : la cerise, le corail, l'escargot, lepapillon, l'ombre, etc., accompagnées d'allégoriesmorales ou de récits mythologiques dansle goûtanlique. La peinture est exacte, * remarquable par la justesse, la netteté, la gnlce des détails; l'allégorie ou la fiction est ingénieuse ; ce sont de jolies bagatelles.

En même temps que les Inventions paraissait sa traduction des poésies d'Anacréon ; elle se dislingue des paraplirases de Ronsard et de Baïf par la fidélité; le style en est net, élégant, et d'une sobriété qui louche parfois à la sécheresse. S'il n'a pas la verve

1. Voir aux Morceaux chnish,p. 233. 1 les Poètes françak, II, 101; G. Paris. Cf. Yie de Belleau par CoUetet, en tète dans la Reouecntique, if:67,II, 140, etc. de l'éditioE de Gouverneur ; E. Crepet. 1

XVI'' SIÈCLE. '

nécessaire pour reproduire les élans passionnés de certaines odes anacréontiques, la grâce et la délicatesse de l'original ont du moins passé dans sa traduction.

En 1563, R. Belleau fait paraître la première partie de sa Bergerie, à laquelle il devait donner une suite, en 1572, sous le titre deDeuxième Journée de la Bergerie. C'est un ensemble de pièces de toute nature, odes, sonnets, hymnes, poèmes sacrés et profanes, réunis dans un cadre artificiel. S'inspirant de la Bergerie du Napolitain Sannazar*, l'auteur imagine un dialogue en prose où il introduit des seigneurs et des princes sous le costume de bergers; et il amène par des transitions généralement gauches et maladroites les poésies qui forment le corps du recueil. La prose offre çà et là des tentatives de description assez heureuses : mais c'est dans les poésies qu'on rencontre des pièces vraiment remarquables par la peinture et le sentiment de la naturel II la décrit avec amour, en homme qui a vécu près d'elle, qui l'a observée, qui en a ressenti le charme. Il ne faut pas toutefois lui demander la grande inspiration d'un Lucrèce ou d'un Virgile ; il ne chante pas la poésie des champs, des bois. Ses tableaux ne sont que de jolies miniatures pleines de grâce, d'élégance et de fraîcheur : c'est là le trait propre du talent de celui qu'on appelait « le gentil Belleau ».

Son œuvre la plus originale est les Amours et nouveaux Eschanges des pierres précieuses, vertus et propriétés d'icelles, parus un anaprèsla première Journée de la Bergerie (1566). C'est une imitation des petits poëmes de la décadence grecque qui ont été mis sous le nom d'Orphée et d'un traité des pierres précieuses ou Lapidaire composé à la fin du onzième siècle par marbode, évoque de Rennes. Belleau donne une description de trenteet une pierres; il rapporte les propriétés merveilleuses et magiques qu'on leur attribue, les superstitions ridicules dont elles; sont l'objet et termine par des fictions de son invention, où, comme l'auteur des Métamorphoses, il raconte l'aventure qui a donné naissance à la pierre et qui en explique^la vertu. Dans cette série de tableaux, Belleau, suivant servilement ses modèles, Marbode ou le faux Orphée, expose en vers assez gauches les propriétés des pierres, et les bizarres croyances qu'elles inspirent; mais il faut reconnaître le talent remarquable qu'il porte dans la description; les objets sont représentés avec des

1. Voir plus haut, p. 70. 1 célèbres chansons d'Avril et de Mai.

2 . C'«st la que se trouvent les deux 1 Voii' aux Morceaux choisis, p. 234.

traits justes, fins, délicats; on est frappé par la richesse et la précision des détails en même temps que par la souplesse du style et de la versification. Quant aux fables qui expliquent les métamorphoses, ou, comme dit Belleau. les Eschanges, elles sont loujoursingénieuses et poétiques .-rauteur en sait habilement varier la forme et le Ion. C'est tantôt un tableau aux couleurs éclatantes, comme dans l'Améthyste, tantôt un récit plein de grâce naïve, comme dans la Pierre aqueuse : ici c'est une ode lyrique (le Diamant, la Ferle) ; là une élégie mélancolique et douce {l'Iris et l'Opalle).Les Pierres 'précieuses, aujourd'hui presque oubliées, furent appréciées par les contemporains : pour Ronsard, c'était cette collection de petits poëmes qui dans l'œuvre de Belleau devait lui assurer l'immortalité. « Ne taillez, dit-il dans l'épilaphe qu'il composa pour son ami,

Ne taillez, mains industrieuses, Des pierres pour couvrir Belleau.

Lui niesme a basti son tombeau Dedans ses Pierres précieuses.

On parlera plus loin de l'essai de R. Belleau dans l'art dramatique. Quant à la traduction des Phénomènes et Pronostics d'Aratiis, et aux discours poétiques de la Vanité (t566), traduction partielle de l'Ecclésiaste, l'intérêt en est très-secondaire : ce sont là des sujets trop didactiques pour fournir à Belleau d'heureuses inspirations. Nous n'en dirons pas autant de ses Églogiics sacrées prises du Cimlique des cantiques, où il reproduit parfois avec bonheur la poésie brillante et passionnée de l'original. On pourrait en détacher quelques pages d'une vivacité, d'une ampleur, d'un éclat qui n'ont pas été égalés depuis dans les traductions en vers du poëme biblique ^

Baïf ^ était un esprit original; il fît preuve d'invention dans ses tentatives de réforme de l'orthographe et de la versification; mais ses poésies sont écrites avec une déplorable facilité. Aussi se font-elles toutes remarquer par l'incorrection du langage et la faiblesse du style. Dans son théâtre, il est soutenu par l'imitation; ce n'est guère que dans les traductions de Sophocle et de Piaule qu'il s'est montré poëte.

1. Nous n'avons pas à parler ici de sou Commentaire du second livre des Amours àe Ronsard, son premier ouvrage, ni de son poëme macaronique sur la guerre des Hutjuenot» [Dictameix metri-

ficwn de bello hugonetico et reistrorum pigliamine ad sodalcsj, chef-d'œuvre de verve comique.

2. Voir la bioçraphie de J.-A. de Baïf aux Morceaux choisis, p. 242.

Les A^nours de Méline (Ioo2) sont un recueil de sonnets, chansons, slances, récits en vers, où Baïf pétrarquise pour une maîtresse de pure imagination. Dans les Amoui's de Francise (I5S8), dictés par une passion réelle, il y a plus de vérité et de poésie. Toutefois les faiblesses elles longueurs abondent parmi les plus jolies pièces, et il est difficile d'-en trouver une qui ne gagne pas à (Stre abrégée.

Dans le premier livre deslft;iéores(1567), poëme resté inachevé, Baïf s'inspire assez heureusement des Géot^giques de Virgile. Aidé par son modèle, il trouve des expressions justes et pittoresques pour décrire les astres, la marche du soleil, les saisons et les divers travaux des champs qu'elles amènent.

L'année où paraissaient les Météores, le 28 janvier 1367, Baïf faisait jouer avec grand succès devant la cour, à l'hôtel de Guise, une comédie traduite librement de Piaule, le' Brave. C'est une de ses meilleures œuvres ; tout en suivant de près le texte, il habille ses personnages à la française, avec tant d'art que la traduction a tout l'air d'une œuvre originale ^

Sa traduction de l'Eunuque de Térence et surtout celle de VAniigo7ie de Sophocle se recommandent aussi par un mérite particulier: la convenance du style. L'Antigone est remarquable à cet égard. Tour à tour l'expression s'élève sans affectation à la grandeur, ou descend jusqu'à la conversation simple et populaire, suivant les personnages qu'il fuit parler, Baïf ne craint point de reproduire à l'occasion la familiarité naïve de l'original, 'et par là sa traduction est plus fidèle que telle version moderne, d'un style uniformément noble et solenneP.

Les Passe-Temps (1573) se distinguent surtout par la variété des sujets traités : imitations d'Anacréon ou de l'Anthologie, chansons amoureuses, sonnets, épîtres adressées à des amis. Ils sont supérieurs aux Amours de Méline et de Françine; c'est là que se trouve la jolie chanson sur le Printe7nps,où. revit heureusement l'inspiration deMéléagre'. Plusieurs pièces se font remarquer par un ton de bonhomie naïve ou enjouée qui ne déplaît pas.

Les Mimes, Enseignements et Proverbes, dont deux livres seulement parurent en 1581, sont l'œuvre la plus originale de Baïf. Ces pièces, composées de dizains en vers de huit pieds, rappellent par le litre de l'ouvrage et par leur objet les mimes antiques,

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