Paris, 1573. I à travers les trausformatious de la langue
3. Folio 2, recto. — Jacques de la ' jusqu'en nos temps. Taille prévoit une objection: «Nostre | 4. Recherches, y\l, H.
parler -vulgaire n'est pas propre ny ca- j 5. Il ne faut pas confondre, comme on pable à recevoir des nombres et des le fait souvent, avec les vers mesurés les piedz. » Il y répond avec une facilité vers haifins, sorte de vers composés de qui montre bieu comme tous ces poètes \ quinze syllabes, avec césure après la delà Renaissance aspiraient moins à la ' septième. Baïf a composé une longue poésie qu'à la science. « C'est sottie do : pièce do plus de 300 vers en ce mètre croire, dit-il, que telles choses procèdent j peu harmonieux. En voici les deux prede la nature des lans^iies plus tost que miers :
de la diligence et du labeur de ceux qui , pranc de tout vice ne suis; maisj'ay mis touss y veullent employer en quelque langue i [jours mon estude
que ce soit, u (//i., verso.) Et après celte ; Ds sauver mon cher honneur du reproche réponse triomphante, le jeune écrivain I [d'ingratitude,
expose les règles de la quantité française, ! {Œuvres en rime de Jemi-Antoine de n'hésitant pas un instant à appliquer au . Baïf. Paris, 1573; fol. 33, verso.l
cueil de pièces intitulé : Etrennes de poésie francoise, imprimé d'après son système orthographique. « Buïf, dit d'Aubigné, en a fait grande quantité (de vers mesurés), lesquels à la saulse de la musique que leur dorma Claudin le jeune furent agréables, mais prononcez sans celte ayde, furent trouvez fades et fascheus, surtout par ce qu'il donnoit au françois moderne une construction latine ^ »
L'esprit d'innovation dont Baïf avait fait preuve lui fit du tort. On lui imputa des nouveautés plus hardies; il est généralement accusé d'avoir voulu introduire en français les comparatifs et les superlatifs latins en ieur et en ime'^. Nous verrons plus tard que celte accusation n'est pas fondée. C'est assez pour lui, après avoir fait de mauvais vers rimes, de s'être essayé sans plus de succès aux vers mesurés à l'antique.
EsTiENNE Jodelle' est plus connu par ses œuvres dramatiques que par ses poésies lyriques. Dans les unes comme dans les autres on retrouve les mêmes qualités et les mômes défauts. Les contemporains almiraient sa fougueuse inspiration et sa verve inépuisable. De Bellay s'écriait :
...Je ne sais comment ce démon de Jodelle (Démon il est vrayment, car d'une voix mortelle Ne sortent point ses vers), tout soudain que je l'oy*, M'aiguillonne, m'espoing, m'espouvante et m'appelle. Et, comme Apollon fait de sa prestresse folle, A moy mesme m'ostant, me ravit tout à soy s.
Jodelle avait le tempérament d'un poète : la fécondité de l'invention, la vivacité de l'imagination, la hardiesse de la forme. Mais cette déplorable facilité qui annula les dons heureux de la
1. Tome T, p. 453 de l'édition Réaume et La Caussade. — Cette sorte de versification est si contraire au génie de notre langue, que, pour donner aux vers mesurés quelque harmonie, on dut y ajouter la rime. Ce fut Claude Butet qui en donna l'exemple, mais, dit Pasquier, « avec un assez mauvais succès. »
L'exemple de Butet fut suivi par Passerai, Rapin, Lanoue, d'Aubigné. Voici une strophe d'une élégie de Rapin sur la mort de Ronsard; elle n'est pas sans harmonie.
Vous qui les ruisseaux d'HéUcon fréquentez Vous qui les j^irJins solitaires hantez Et le fond des bois, curieux de choisir L'ombre et le loisir.
Eu somme, malgré les essais des poètes
du seizième siècle, essais renouvelés au siècle dernier par Turgot, il est aisé de voir que cette versification est contraire à l'esprit du français qui distingue à peine la quantité dans les mots. Notre métrique repose sur l'accent tonique et le nombre dessyllabe3;la métrique ancienne ne tient compte ni de l'arcent ni du nombre des syllabes. — Voir encore sur cette question, Pasquier, Becherches , VU, 11, et d'.\uliigné, édit. Réaume et La Caussade, L 453, et UI, 2:2.