‹ Le sejour de Lamartine `a Belley (volume 2)Chapitre 2 sur 15 · AVERTISSEMENT VII · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT VII

le pilier de l'église à l'ombre duquel il allait se recueillir clans la solitude et le silence!... Voici les bosquets de charmilles qu'il aimait tant ! ... Ce torrent, c'est celui qu'il a chanté ! . . . Ces sentiers sont ceux qu'il a parcourus et nos pieds touchent la terre sur les vestiges mêmes des siens !... Ces cascades, ces forêts, ces montagnes sont celles dont son âme était ravie ! . . . »

Il serait désirable, en outre, que l'éducation classique de Lamartine servît d'exemple et fit naître, dans l'esprit de tous ceux qui raisonnent, de salutaires réflexions. C'est pourquoi nous avons laissé Lamartine en décrire lui-même les différents caractères. Toute autre plume n'aurait pu que décolorer et amoindrir le récit de ces délicieuses impressions d'enfant. Tel qu'il est présenté, ce récit conservera tout au moins le mérite d'un document lumineux, bien propre à mettre en relief les principes nécessaires à la formation morale et intellectuelle des hommes.

Où donc Lamartine avait-il pris cette vue supérieure qui lui permettait de tout illuminer d'un mot, au grand étonnement des sceptiques, de prévoir avec une exactitude merveilleuse les grands faits de l'avenir? Où donc avait-il puisé ce dévouement inaltérable à la chose publique, cette générosité d'âme qui le taisait aimer de tous et nous contraint à l'admirer encore? Où donc avait-il trouvé cette force d'expansion et de cohésion avec laquelle il pouvait s'étendre à tout pour tout rapprocher, cette puissance magique à réaliser dans une trêve sublime, l'union de tout un peuple, et. après cela, l'union de tous les peuples?

« Nous étions tous suspendus à ses livres, s'écriait M. Jules Simon, dans son éloquent panégyrique1. Chacun disait d'un bout de la France à l'autre : « Il nous reste Lamartine ! » On disait comme autrefois : a C'est un poète, u Mais la poésie apparaissait à tous dans son rôle pacifique et sauveur

1 Maçon, fètea du Centenaire, 19 octobre L890.

Page 1