DE VIRIEU, DE VIGNET ET GUIGHARD
De tout ce qu'il éprouva dans ce milieu, où les exercices de l'âme et du corps étaient ménagés avec une intelligence supérieure des besoins de l'enfant, il a gardé un tel souvenir que, plus de cinquante ans après, il écrivait que les anges seuls « ont de pareilles jouissances. »
« Mes rêves ressemblaient à ceux du ciel. J'étais sage, j'étais heureux. Excepté l'absence de ma famille, à laquelle je revenais toujours, je ne concevais rien de plus parfait... »
Mais si Lamartine manifestait de tels sentiments, ses amis Aymon de Virieu et Louis de Vignet étaient alors plutôt enclins au scepticisme, à l'incrédulité. Le contact de Lamartine, pour lequel ils avaient une vive affection, avait pour effet, étant donnée cette tendance, de redresser en eux ce qui était mauvais et de les pousser au bien.
Aymon de Virieu (1788-1841) était le fils du marquis de Virieu, membre de l'Assemblée constituante , révolutionnaire dauphinois en 1789; puis contre-révolutionnaire en 1790; puis en 1793, commandant de la cavalerie royaliste au siège de Lyon où il disparut dans la retraite, sans qu'on pût découvrir son corps;
à coup sûr, homme de cœur, de talent et de courage. « Virieu avait deux sœurs , l'une mariée à M. de Quinsonas ', femme aimable, mère de plusieurs fils, très riches, très connus dans Paris » et aussi dans notre région. « L'autre était Mlle Stéphanie de Virieu, personne infiniment remarquable par sa figure, son esprit, ses talents, qui ne voulut jamais se marier pour ne pas quitter sa mère. » Elle est l'auteur d'un portrait de Lamartine à -22 ans.
Aymon de Virieu habitait à cette époque, au milieu du Dauphiné, la terre du Grand-Lemps qu'avait habitée son père. Quand Lamartine vint au collège de Belley, Aymon était un enfant de quatorze à quinze ans, plus âgé que lui, dit-il, de deux ou trois années. Aymon était l'idole de sa mère et de ses sœurs.
« Ses traits n'étaient pas beaux, mais remarquables ; son front inégal avait de ces bosses
1 M. de Quinsonas, père de M. le marquis de Quinsonas de Meyrieu, près Morestel (Isère) et de M. le comte Emmanuel de Quinsonas, propriétaire à Chanay (Ain) ; le premier ancien commandant des mobiles de l'Isère, ancien député de l'Assemblée nation île (1871), décédé le 30 septembre 1891, à Paris; le second auteur du Guide de Lyon à Seyesel et divers autres écrits, père d'un brillant officier, aussi remarquable par la générosité de ses sentiments que par ses qualités militaires et dont la mort a laissé les plus vifs regrets.