DE VIRIEU, DE. VIGNET ET GUIGHARD
lentement de ma physionomie l'influençait ; il cherchait comment il pouvait avoir contristé un camarade qu'il aimait sincèrement, et il se corrigeait autant que la nature se corrige... »
Louis de Vignet (baron Amé-Louis de Vignet, né à Chambéry le 16 mai 1789, mort à Naples le 15 juillet 1837], était le neveu de Joseph et de Xavier de Maistre ; sa mère, Marie-Christine de Maistre, était leur sœur aînée. C'est lui qui plus tard introduisit Lamartine dans la famille des de Maistre, et, dans leur campagne de Bissy , près de Chambéry et du lac du Bourget, le présenta au comte (Joseph) , à Xavier, au colonel, à l'évêque d'Aoste, quatre frères d'intelligence remarquable et vraiment supérieure. Louis de Vignet, que Lamartine considérait comme un homme de génie, mourut ambassadeur à Naples. Le frère de Louis de Vignet épousa Césarine de Lamartine, sœur du poète, celle qu'il déclare la plus belle de ses sœurs par sa beauté italienne , sa ressemblance avec la Fornarina.
« Louis de' Vignet avait aussi quelques années de plus que moi. Nos caractères n'avaient aucune ressemblance, mais nos esprits
en avaient. C'est par l'esprit que nous sympathisâmes. Il était triste et renfermé eir luimême, j'étais ouvert et communicatif. Bien qu'il n'eût pas encore l'âge des grandes passions, il avait le silence qui les couve et la physionomie taciturne de Phomme déjà accablé sous la mélancolie qui souffre. Sa ligure était celle de Werther, son front était pâle, ses cheveux noirs et cernant son visage comme ceux d'un italien ; ses sourcils repliés indiquaient une pensée active et malade; ses lèvres fermées, une idée attentive et craignant de se compromettre : sa taille svelte et élancée, une nature méditative; sa tète baissée, une forte tension de l'esprit : on ne pouvait le voir sans garder son image. Il me fit comme à tout le monde une forte impression. Je le regardai d'abord avec le respectqu'un homme inférieur porte à un homme supérieur: je cherchais à le deviner, mais je ne lui parlais pas. Lui, au contraire, ne tarda pas à me rechercher. Sa conversation m'intéressa dès le début. II avait un esprit original, infini pour son âge, et qui paraissait dépasser et mépriser celui de nos maîtres eux-mêmes. Quand il lui fallait, dans nos examens ou dans nos compositions, justi-