PROFESSEURS ET CAMARADES C
g-nons et moi nous n'eûmes pas d'autre maître })endant trois ans, et les aimables vertus de son enseignement devinrent les grâces d'état de cette époque de notre vie. Il eût été un charmant Fénelon de l'éducation d'un prince, il resta un Fénelon de hasard dans une école de montagne. Ses supérieurs le rappelèrent, je crois, en Belgique, quand l'ordre fut dispersé en France par Fouché...
« Un professeur de physique et de mathématiques, entré par piété chez les Pères de la Foi, resseni])lait jjar sa douceur et ses vertus au Père Béquet. Son nom était Demouchel '1). Il avait l'intelligence assez grande, assez clairvoyante pour yoïy quelque chose à travers la nature : c'était Dieu. Mais il le voyait sans ombre et sans superstition, comme l'effet voit sa cause, et il nous le faisait voir ainsi. Les mathématiques étaient sa langue ; il ne discutait jias, il démontrait. » M. Demouchel était sorti de l'Ecole polytechnique oii il avait été camarade de promotion d'Arago.
« Un autre jeune homme de Belgique, le père Wrindts (2) , était un enfant amoureux de Mirabeau. Il se nourrissait d'ilhisions tendres et féminines. Notre imagination l'aimait...
« \'enait ensuite le Père \'arlet (3), savant homme, de la nature des anciens moines. Il était instruit, mais sévère et j)eu parleur ; il méditait sans cesse. On lui avait assigné, onh'O la classe de rhétorique, à laquelle il était [jOu propre, les fonctions de confesseur liabituel de cette jeunesse. Il
;r Etienne Demouchel. né à Mouffort-l'Auiaury le l(t juillet 1772. Prêtre en 18(J2, mort a Rome en 1840.
(2) Jean-Pierre Wrindts, né à Anvers le 6 février 1781. Prêtre en 1796, mort à Poitiers en 1854
:3; Jean-Pierre Varlet, né le 13 mars, à Reims. Prêtre en 1796, mort à Poitiers en 1854.
s'en ac(|iiittait avoc scruimlo et rig'iieui-, mais sa conscience tremblait autant que la n(jtre : il était bon néanmoins, mais toujours silencieux... »
li V rn avait un autre, le Père XXX. (|ui « était cei-taincment un ])rave homme, mais le plus désagréable des honnêtes gens ». On lavait chargé de la classe d(,' pliilosophie. Avec une ligure rébarbative, des cheveux mnx. (jui se dressaient en vergette sur son front, des yeux obliques, un suurire amer et dur. il ne lui avait pas ('té possible de se faire aimer, soit de Lamartine, soit de ses camarades.
Ils ne pouvaient l'aimer, surtout en le comparant avec <un collègue.... un autre professeur, qui avait été oflicier dans les armées de la République. « Celui-ci était un homme naïf, instruit, doux. Il avait été converti |)ar je ne sais quel miracle qu'il ne cessait de nous raconter, connue une preuve de l'intervention divine dans les destinées d'un homme de foi. Il était fort aimé, malg-ré sa naïveté, car cette na'iveté était honnête et sincère...
« Un autre, qu'cju ajjpelait l'abbé Letourneur et (pii était fils d'une marchande d'oranges de la rue de Sèvres, à Paris, avait tout l'esprit qui court dans le ruisseau de cette capitale. Un miracle de démocratie l'avait fait élever, [tar des ju'êtres charitables, dans un séminaire de faubourg. Son intelligence alerte Iv avait tait disthigucr... Les Jésuites l'avaient remarqué et convoité. Il était entré chez eux avec ardeur ; il n'avait i>as tardé à leur plaire et à les éblouir. Il «Hait propre à tout... C'était la dévotion «doquente et l'épigrannne sacrée^
contre les plaisanteries philosophiques du uKjnde Il
«piitta l'ordre, il resta pieux et devint évèque... Je n'ai jamais rencontré un homme plus aimable...