‹ Le séjour de Lamartine à BelleyChapitre 9 sur 32 · LES SOURCES DE LA PUESJE Ô · texte numérisé non relu

LES SOURCES DE LA PUESJE Ô

ce néant de mensonges ; le vrai nrattivait : je le })ress(Mitais dans la natnre et dans son auteur. . . »

Les vives impressions ressenties en face de la nature jiar Lamartine adolescent, la manière dont il en rend com}»te. expliquent le jugement tpie porte sur lui M. Ferdinand Brunetière. M. Brunetière déclare (pie Lamartine « est, chez nous, le poète de la nature, le seul j»eut-étre (pie nous ayons, en tous cas, le plus grand. » « Il Test, ajout e-t-il, pour n'avoir pas ap])ris à décrire la nature, mais pour avoir commencé j)ar la sentir. C'est la sincérité de ses impressions cpii en fait non seulement la profondeur ou l'intimité, mais encore, dans notre poésie, la presque unique originalité. F^t la sincérité de ses impressions, à son tour, il en doit la meilleure jjart à son éducation, cette é(iucation que Ton reçoit inv(jlontairement des choses et qui fait, en chacun de nous, le fond durable et persistant de tout ce (pie nous sommes. »

Auttjur du jeune Lamartine, tout, en etiet, (Hait beau, tout était vrai, tout était sincère : la nature avec les magniticpies spectacles que lui otlrait le Bugey, la douce et respectueuse confraternit(^ des camarades, le recueillement et la foi des }»rofesseurs. comme le C(i3ur de cette sainte mère qui, de Mâcon ou de ^lilly. suivait attentivement les diverses phases de sa vie de collège et d(jnt l'image n'était jamais absente de son esprit.

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Vie scolaire de Lamartine ; Professeurs et Camarades

'-^ A prenuei'e cliuse que tirent ses iioun ^^anx iiiaîtrcs tut

CÇ^ d apprécier son degré d instruction.

<( Les Pères de la Foi m'essayaient, déclasse en classe, pour connaître ma vraie force ; je montais, je descendais en peu de leçons ; il n'était pas facile de me mesurer au juste. La raison était précoce, l'attentittu inégale ; je décourageais les professeurs. A la tin. on me tixa en troisième, cette classe indécise où Tun jjeut être encore un enfant dans l'étude des langues et un iKjinme de g(jùt dans la rhétorique.

'i 11 y avait là un Père de la Foi (|ui contribua beaucoup à me fixer auju'ès de lui. C'était un prêtre de bonne compagnie et d'estimable caractère, (pii n'avait du prèti-e que riiabit et la vertu, mais qui, dans tout le reste, était un homme du monde ; il s'appelait le Père Béquet (1 ). Je n'ai jamais su précisément d'où il venait , dans quelh^ maison et surtout dans quelle famille distinguée il avait pris cette physionomie délicate, ces manières clioisies, ce regard tin et doux, ce parler gracieux, qui le faisaient

(1; PioiTC Béqiict, ne a Paris l»j i) janvier 1*71. Prêtre fii \~,W, mort a Toulouse on 1849.

«V2 LAMARTINE A BELLFA"

reniarquor. aimer et j»réf('n-ei" à tuiis. Il n'avait aucun juVlantisme. Son ton dans la classe était, pour les petits comme pour les grands, le ton d'un père de famille (pii instruisait ses propres enfants : il badinait même en rei»renant : il grondait , mais c'était avec un sourire : jamais nous ne le vîmes en colère. Ses corrections étaient celles d'iine mère. Si elles eussent coûté uu une liumillation ou une larme à l'un de nous, il aurait rougi et pleuré lui-même. Aussi Theure de la classe, que l'on redoutait ailleurs, était-elle une véritable beure dr ]ilaisir cliez lui : on étudiait, on s'amusait : mais on riait avec décence et modestie, pour ne i)as répondre à l'aménit«'' du maître par l'inconvenance des écoliers. Tout le monde, dans la classe du Père Béquet, prenait le ton de la meilleure comjjagnie. Sa piété même était souriante : on voyait, quand c'était son tour de nous dire la messe, (piil se Contenait ]iour être plus respectueux et plus «Vlitiant. Xuus n'en étions qu-e i)lus édifiés nous-mêmes : la graviti'" de son visage était la meilleure leçon. L'oftice fini, on n'en ]»arlait j»lus. Lombre de Dieu avait passé; sa ligure redevenait lumineuse et aimante comme avant. Ses meilleurs amis, dans les jardins, dans les cours, dans les promenades, étaient les plus -àgOr^. les plus distingués de ses élèves ; il causait phis familièrement avec iMix. Il se formait ainsi un gron]>e clioisi d'opinions au moyen «hiquel il conuttunlcjuait ii toute la classe une distinction de sentiments et une finesse de goût (jui devenaient une soi-te de confi-aternité d'élég*ance. Il va .<aiis dire que je m'attacbai à ce centre.

" Le père Bé(juet résumait en lui tout l'enseignement du collège. Comme il devint jirofesseur de seconde et ({u'il n!<' suivit ainsi, jusqu'il la rbétori(|ue. mes comi»a-

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