FORMATION KT DEVELOPPEMENT INTELLECTUELS
hoinnie naïf. Il avait la pliilosophie du sans-souci et la naïveté de régoïsme. Douze vers sonores, suldinies, religieux d'Athalie, m'ettaçaient de Toreille toutes les cigales, tous les corbeaux et tous les renards de cette ménagerie puérile. J'étais né sérieux et tendre, il me fallait dès lors une langue selon mon àme. Jamais je n'ai pu depuis revenir de mon antipathie contre les tables...
<( Les beaux versets des psaumes de David, cpie notre mère nous récitait le dimanche, en nous les traduisant, [)our nous remplir l'imagination de }ti(''té. me i)araissaient aussi une langue bien supérieure à ces misérables puérilités de La Fontaine et je comprenais que c'était ainsi (ju'on devait parler à Dieu. »
Lamartine montra, tout enfant, sa prédilection pour les vers. Quand son père lui avait fait, le suir, (piel([ue lecture poétique, il se disait en lui-même : <c A'oilà une lang'ue que je voudrais bien savoir, (pie je voudrais bien parler (piand je serai grand » .
Et (piand neuf heures sonnaient « à la grosse horloge de noyer de la cuisine » et qu'il avait fait sa prière et embrassé son père et sa mère, il rei)assait. en s'endormant, ces vers « comme un homme, qui vient d'être ballotté par les vagues, sent encore, après ètn^ descendu à terre, le roulis de la mer et croit que son lit nage sur les Ilots ». Il cherchait toujours, de jtréférence, des ouvrages qui contenaient des vers, parmi les vohunes »jul)liés sur la table de son père ou sur le jjiano de sa mère, au salon. Mais son esprit indépendant et son imagination ne s<^ pliaient, qu'avec une certaine gène, aux dures exigences des exercices classiques. Il en fait l'aveu dans ses Sourenirs et Portraits et dans la préface des Méditations.
" Bient(jt les premières études de langues, cummen- (•«''es sans maîtres dans la maison paternelle, puis les l(H'(»ns i>lus sérieuses et plus disciplinées des maîtres dans les ('cules. m'ap[)rirent qu'il existait un monde de paroles. t\r langues diverses : les unes qu'on appelait mortes, et (ju'on ressuscitait si laborieusement, pour y chercher comme une moelle éternelle, dans des os desséchés j^ar le temps : les autres qu'on appelait vivantes et (pie j'entendais vivre en effet autour de moi...
« Les enfants voudraient qu'il n'y eût pas d'autre langue que celle (pi'ils balbutient , entrecoupée de ])aisers, sur le sein de leurs nourrices ou sur les genoux de leurs mères... »
« La peine qu'un malheureux enfant se donne à apprendre une langue morte et à cliercher, dans un dictionnairr. le sens français du mot qu'il lit. en latin ou en grec, dans llomère. dans Pindare ou dans Horace, lui enlève toute la volupté de cœur ou «l'esprit que lui ferait la ]»oésie même, s'il la lisait c<juramment en âge de raison. Il cherche au lieu de jouir. Il maudit le mot sans avoir le loisir de ]»enser au sens. C'est le jdonnier qui jûoclie la cendre ou la lave dans les fouilles de Pompé'ioud'Herculanum, pour arracber du sol. à la sueur de son front, tantôt un l)ras. tantôt un pied, tantôt une boucle de cheveux de la statue (pi'il déterre... "
Les ardents désirs de Lamartine, son enthousiasme d(' j'oète et d'artiste, sa passion du beau et du vrai, causent son antipathie ])our le travail d'interprétation que l'on impose il l'élève. Il voudrait pouvoir (l(''Couvrir les pensées et les images cach«''es sous un texte ardu, aussi aisément (pi'on contemjjle « les divinités de l'art du \'aticaii nu du ]»alais Pitti i> Lbjrence ». Mais l)ient(H il