LES SOURCES DE LA POESIE DO
coup de pompe. La musique, exécutée par les plus habiles (l'entre nous, les costumes, les chants, les attitudes, le silence, les parfums d'encens, les figures recueillies des prêtres et des enfants de chœur nous y communiquaient îr tous une espèce de contagion sacrée. Je n'y vis jamais un scandale ou même une inconvenance. Un ange gardait la maison de Dieu. Le grand ressort des Pères de la Foi était là. La conscience de leurs élèves y avait son sanctuaire. C^était le Saint des saints de l'édifice. Les dimanches surtout et les jours de fête, on y respirait un air surhumain. Tout le monde y changeait de visage ; on en sortait béatifié... »
L'influence de la religion, de sa doctrine par l'enseignement des maîtres, de ses cérémonies par l'éclat des fêtes célébrées au collège, se combine ainsi dans Lame de l'enfant avec l'action de la nature. Mais ce qui contribue le plus à faire le poète-philosophe que nous admirons. « c'est — déclare M. Ferraz — l'influence de la religion, dont il fut de bonne heure profondément pénétré. Elle l'habitua à dédaigner les choses périssables et îi regarder de haut les petites compétitions de nos fourmilières humaines, en lui ouvrant journellement la perspective de l'au-delà. A la d iti'ére ne e des religions antiques, la religion chrétienne met en elïet la vie future sur h^ premier plan et rejette la vie présente sur le second : elle fait de la destinée humaine le principal et presque l'unique souci des âmes et crée, pour ainsi dire, en elles, un nouveau sens, le sens de l'Infini. C'est donc à elle surtout que nous devons le chantre des destinées humaines, le poète-philosophe que fut Lamartine. » Redonnons-lui du reste la parole :
^ " Après la nature, ce fut la religion qui me fit un jieu
liuèto. » JCii retrouve les traces dans ce passage des Confidences qui peint vag-ucment ces premières sensations de rinfini dans un cœur d'enfant.
'( Ces sensations de la nature se mêlaient de jour en « jour davantage, dans mon âme, avec les pensées et les <■ visions du ciel. Depuis que Tadolescence, en troublant « mes sens, avait inquiété, attendri et attristé mon ima- «. gination, une mélancolie un peu sauvage avait jeté «' comme un voile sur ma g-aieté naturelle et donné un <- accent plus grave à mes pensées comme au son de ma «< voix. Mes impressions étaient devenues si fortes « qu'elles en étaient douloureuses. Cette tristesse vague « (pie les choses de la terre me faisaient éprouver, « m'avaient tourné vers l'Infini. L'éducation éminemment <' religieuse qu'on nous donnait chez les Jésuites, les " l)rières fréquentes, les méditations, les sacrements, les «• cérémonies pieuses répétées... exerçaient sur des « imaginations d'enfants ou d'adolescents de vives séduc- « tions. Les ecclésiastiques qui nous les prodiguaient s'y « abandonnaient les premiers eux-mêmes avec la sincé- <' rite et la ferveur de leur foi. J'y avais résisté quelque « temps, sous l'impression des préventions et de lanti- «' jiathie que mon premier séjoiu* dans le collège de Lyon •' m'avait laissées contre mes premiers maîtres. Mais ' la douceur, la tendresse d'âme et la persuasion insi- « nuante d'un régime plus sain, sous mes maîtres " nouveaux, ne tardèrent pas à agir, avec la toute- " puissance de leur enseignement, sur une imagination " de quinze ans. Je retrouvai insensiblement, auprès " d'eux, la i)iété naturelle que ma mère m'avait fait sucer " avec son lait. En retrouvant la piété, je retrouvai le ' calme dans mon esprit, l'ordre et la résignation dans