LES SOURCES DE LA POESIE
<( nioii àiiio. la règle dans ma vie, le goût d*^ l'étude, le « sentiment de mes devoirs, la sensation de la commmii- « cation avec Dieu, les voluptés de la méditation et dé la « i)rière, lamour du recueillement intérieur et ces extases <( de Tadoration, en présence de l'Eternel, auxquelles « rien ne peut être comjiaré sur la terre, excepté les « extases d"un premier et pur amour. Mais lamour divin, « s'il a des ivresses et des voluptés de moins, a de plus <( l'infini et l'éternité de l'Etre qu'on adore ! Il a de plus « encore sa présence perpétuelle devant les yeux et dans « l'anie de l'adorateur. Je le savourai dans toute son « ardeur et dans toute son immensité...
« Ma physionomie en fut modifiée ; la légèreté un peu « évaporée de l'enfance y fit place à une gravité tendre « et douce, à cette concentration méditative du regard « et des traits qui donne l'unité et le sens moral au visage. « Je ressemblais à une statue de l'adolescence enlevée « Tui moment, de l'abri des autels, pour être olierte en « modèle aux jeunes hommes. Le recueillement du sanc- « tuaire m'enveloppait jusque dans mi.^s jeux et dans mes « amitiés avec mes camarades. Ils m'approchaient avec « une certaine déférence, ils m'aimaient avec réserve.
<« J'ai peint, dans Jocelyn, sous le nom d'un ijersonnage « imaginaire, ce que j'ai éprouvé moi-même de chaleur « d'âme contenue, d'enthousiasme saint répandu en <c élancements de pensées, en épanchements et en larmes <• d'adoration devant Dieu, pendant ces l)rûlantes années « «l'adolescence, dans une maison religieuse. Toutes mes « l)assions futures encore en ];)ressentiment. toutes uk^s « facultés de comprendre, de sentir et d'aimer encore en « germe, toutes les voluptés et toutes les douleurs (U; « ma vie encore en songe, s'étaient, pour ahisi il ire,
« concentrées, recueillies et condensées dans cette « passion de Dieu, comme pour offrir au Créateur de mon « être, au printemps de mes jours, les prémices, les « liannnes et les parfums dime existence que rien n'avait « encore profanée, éteinte ou évaporée avant lui.
« Je vivrais mille ans que je n'oublierais pas certaines «< lieuresdu soir où, m'échappant pendant la récréation « des élèves jouant dans la cour, j'entrais par une petite « jRjrte secrète dans l'église déjà assombrie par la nuit « et à peine éclairée, au fond du chœur, par la lampe « suspendue du sanctuaire : je me cachais dans l'ombre « plus épaisse d'un pilier ; je m'enveloppais tout entier ft de mon manteau comme dans un linceul ; j'appuyais « mon front contre le marbre froid d'une balustrade et, « plongé, pendant des minutes que je ne cc>mptais i)lus, «' dans une muette mais intarissable adoration, je ne « sentais plus la terre sous mes genoux ou sous mes « } lieds et je m'abîmais en Dieu, comme l'atome flottant « dans la chaleur d'un jour d'été s'élève, se noie, se perd « dans l'atmosphère, et, devenu transparent comme « r«'ther, paraît aussi serein que l'air lui-même et aussi « lumineux que la lumière. »
« De telles extases, que je goûtai alors sans songer à les exprimer, sont la puberté de l'àmo ; elles sont aussi la |)oésie elle-même dans sa substance la plus éthérée. Du jour où je les eus savourées dans la coupe enivrante de mon mysticisme d'adolescent, je sentis en moi comme une confuse révélation de poésie nouvelle. La mythologie classique de l'Olympe ne me donnait pjas de tels enivrements ; je sentais que ces fables étaient mortes et qu'on nous faisait jouer aux osselets avec les os d'une poésie sans moelle, sans réalité et sans cœur. Je m'ennuvais de