‹ Le selChapitre 25 sur 54 · BASSINS · texte numérisé non relu

BASSINS

Chlorure de sodium

Chlorure de magnésium

Sulfate de soude

Sulfate de magnésie

Les bâtiments de graduation ont été pendant longtemps employés dans les salines de l’Est, notamment à Montmorot. Aujourd’hui on ne s’en sert plus ; on s’arrange de façon à n’extraire du sol, au moyen des pompes, que de l’eau marquant 24 ou 25 degrés Beaumé, c’est-àdire à peu près complètement saturée. Cette eau est emmagasinée dans de grands réservoirs ordinairement en bois, nommés bessoirs, et conduite par des tuyaux jusqu’aux poêles qui servent à l’évaporer au moyen du combustible.

Les poêles sont en tôle et de forme rectangulaire : elles ont en général 15 à 20 mètres de long sur 0 à 8 mètres de large et 50 à 60 centimètres de profondeur. Chacune d’elles est pourvue de deux chauffes distinctes. La flamme est dirigée sous la poêle par un système de cloisons qui la forcent à revenir sur ses pas et à parcourir plusieurs fois la longueur -de la poêle avant de s’échapper par la cheminée.

Les eaux salées extraites des trous de sonde contiennent avec le chlorure de sodium divers sels étrangers: sul-

fate de chaux, sulfate de magnésie, chlorure de magnésium. Mais ils sont en proportion incomparablement moindres que dans l’eau de mer saturée de sel. Dans quelques salines, à Gouhenans, par exemple, l’eau est d’une pureté remarquable : elle ne contient pas une proportion appréciable de sulfates et ne renferme qu’une petite quantité de chlorure de magnésium.

Dans l'évaporation en chaudière, les sulfates et particulièrement le sulfate de chaux (plâtre) exercent une action extrêmement fâcheuse. Dès qu’ils sont en proportion notalde, ils donnent lieu à une abondante production de schjot : on donne ce nom à des incrustations qui se forment au fond des poêles, et sont tellement adhérentes, qu’on ne peut les enlever qu’à coups de marteau. 11 devient donc nécessaire d’arrêter l’évaporation pour écailler les poêles à des intervalles réguliers, et d’autant plus rapprochés que les eaux sont plus sulfatées.

Au lieu de laisser les chaudières s’incruster par le dépôt du sclilot, on peut pratiquer, à chaque cuite nouvelle, l’opération du schlotage. Elle consiste à enlever avec un râble les premiers dépôts qui se forment quelques heures après la mise en marche de l’évaporation, et à les extraire de la chaudière, avant qu’ils n’aient eu le temps de former une croûte épaisse et adhérente.

Le sclilot est une combinaison de sulfate de chaux et de sulfate de soude : aussi évite-t-on en grande partie sa production en transformant d’une manière à peu près complète le sulfate de soude en sulfate de chaux : comme ce dernier est fort peu soluble, il se dépose d’un seul coup. On arrive à ce résultat en ajoutant à l’eau une certaine quantité de chaux; elle contient alors :

Du sulfate de soude,

Du chlorure de magnésium,

De la chaux,

FABRICATION DU SEL

qui, en réagissant les uns sur les autres, donnent :

Du sulfate de chaux,

Du chlorure de sodium,

De la magnésie.

Le sulfate de chaux et la magnésie se déposent et le chlorure de sodium formé reste dans le liquide.

Le ohaulage se pratique, tantôt dans les réservoirs, tantôt dans les poêles à évaporation. A Montmorot, on laisse l’eau s’éclaircir dans le réservoir après l’addition de chaux, et on ne l’introduit dans la poêle qu’après précipitation complète des composés insolubles. Dans d’autres usines, le lait de chaux est versé dans la poêle quelques instants après son remplissage : au bout de deux ou trois heures, on enlève le dépôt au moyen d’un schlotage exécuté avec le plus grand soin.

Les poêles sont recouvertes d’une hotte en planches : cette sorte de toiture est supportée par un cadre en forts madriers, suspendu lui-même par des tirants et des étriers en fer à la charpente du bâtiment. Des cheminées en planches s’élèvent du milieu de la hotte et emmènent au dehors les vapeurs qui se dégagent de la poêle. Un espace libre sépare la hotte de la surface du liquide. Celui-ci n’est cependant pas visible; tout le pourtour de la poêle est garni de volets, ou panneaux mobiles en bois qui complètent la fermeture. L’ouvrier, pour les besoins du travail, ouvre un ou plusieurs de ces panneaux.

Les chapeaux en planches dont les poêles sont recouvertes portent le nom d'évaporatoires : on les utilise pour 1 égouttage et la dessiccation du sel; mais leur principal avantage est de procurer une assez grande économie de combustible et surtout une cristallisation plus régulière.

L’aspect du sel obtenu varie avec la marche et la température de l’évaporation. Plus elle se fait ù une température élevée, plus elle est rapide et plus le grain de sel est lin. On distingue ordinairement quatre variétés de

sel, que l’on connaît, dans le commerce, sous les noms de sel finfin, sel fin, sel moyen, sel gros : on les désigne également par les expressions de sel à la minute, sel de vingt-quatre heures, sel de quarante-huit heures ou de • soixante-douze heures, enfin sel de quatre-vingt-seize heures, qui donnent une idée de la durée nécessaire à l’évaporation. Quand celle-ci est lente et se fait à une température relativement basse, les cristaux de sel primitivement formés ont le temps de grossir, de se nourrir; le sel obtenu est à gros grains.

Le sel finfin s’obtient de deux façons : par l’ébullition et par le spatulage. Le liquide porté à la température d’ébullition est sans cesse agité par les nombreuses bulles de vapeur qui s’en dégagent : les cristaux qui se développent à sa surface sont aussitôt précipités au fond de la poêle. Un ouvrier les ramène constamment vers le bord au moyen d’un râble et les enlève du liquide bouillant avec une pelle percée de trous comme une écumoire. De là vient le nom de sel à la minute ou de sel d'ébullition donné au sel finfin.

Il est un principe parfaitement connu de tous ceux qui veulent faire cristalliser les corps : pour obtenir de gros cristaux, il faut abandonner à lui-même, loin de toute agitation, le liquide saturé au milieu duquel la cristallisation a commencé. Si, au contraire, on l’agite par un moyen quelconque, on n’obtient que de petits cristaux, une sorte de poudre cristalline. Un sirop épais, placé dans un endroit bien calme, donne de gros cristaux de sucre candi : mis dans un vase et remué de temps en temps dès que la cristallisation a commencé, il ne fournit que de petits cristaux; c’est le sucre en pains. Il eni est de même pour le sel : dans la fabrication du sel à la minute, c’est l’ébullition qui produit 1 agitation; mais oni peut arriver au même résultat par le spatulage, pratiqué dans la saline de Montmorot. Cette opération se fait aui moyen d’une planchette rectangulaire en bois fixée à’

‘FABRICATION DU SEL

l’extrémité d'un long manche. L’ouvrier frappe 1 eau tangentiellement avec* ce râble et projette une nappe qui retombe en pluie sur la surface du liquide : les menus

cristaux qui viennent de s’y former sont immédiatement précipités au fond.

Depuis quelques années, on emploie à Montmorot pour faire le sel finfin un appareil, dit poêle anglaise (fig. 55), dans lequel une agitation analogue à celle que produit le

spatulage est obtenue par des moyens mécaniques. La poêle, de forme circulaire, est munie sur le côté dune sorte de poche A, destinée à recevoir le sel au fur et à mesure de la cristallisation. Un arbre vertical peut tourner dans une crapaudine B fixée au centre du fond de la poêle : le mouvement lui est communiqué par un moteur quelconque au moyen d’un système d’engrenages CC. Un certain nombre de palettes PP fixées à l’arbre sont plongées dans le liquide et peuvent, en tournant, lui communiquer une agitation continuelle. Elles ramassent, en même temps, le sel qui se forme et lui impriment un mouvement gyratoire, en vertu duquel il s’écarte de plus en plus du centre de la poêle et finit par se déposer dans la poche latérale.

On économise de cette façon les frais de main-d’œuvre occasionnés par le spatulage, sans qu’il soit besoin d’échauffer le liquide jusqu’à l’ébullition. Celte méthode ne peut présenter d’avantages, que si la force motrice nécessaire pour mouvoir l’agitateur est une force naturelle dont la production n’entraîne pas de dépense sensible.

Les variétés de sels fin, moyen et gros s’obtiennent toutes trois de la même manière : il n’y a de différence que dans la durée du séjour dans les poêles et dans la température du liquide. Ces conditions varient d’ailleurs d’une saline à l’autre : dans la Meurlhe, le gros sel s’obtient à une température d’environ 60 degrés centigrades; dans le Jura et la Haute-Saône, voici les chiffres

Durée

des cuites

Température

sel fin

heures.

80 degrés

Montmorot .

« moyen . . .

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