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L.\ MER MORTE

La mer Morte possède des caractères absolument inverses de ceux de la Caspienne : bien que peu étendue, elle fournit un objet d’étude intéressant, car elle semble s' 'être formée dans des conditions analogues à celles de la mer d’Hyrcanie, mais modifiées par la configuration du terrain. Elle paraît également être le résidu d’une mer de grande étendue, qui aurait diminué peu à peu en se rassemblant dans une cavité et en se contractant, pour ainsi dire, sur elle-même.

Le nom de mer Morte indique qu’aucun être ne peut vivre dans ces eaux presque saturées de sel : elles contiennent en effet 270 grammes environ de substances salines par litre d’eau salée. Le grand lac salé de la Palestine porte encore le nom de lac Asphaltite, parce qu’on recueille sur ses bords une matière bitumineuse noire, utilisée dans le commerce sous le nom de bilume de Judée. Les auteurs sont très souvent en désaccord sur le degré de salure des eaux de la mer Morte : cela tient à ce que les eaux douces du Jourdain coulent et s’étendent à la surface de la nappe salée dont la densité est considérable. Prend-on de l’eau au milieu du courant du fleuve prolongé dans le lac, on trouve de l’eau presque douce: ailleurs on rencontre au contraire une eau fortement chargée : un échantillon, pris dans un endroit où le mélange s’effectue partiellement, aura une composition intermédiaire.

Le niveaii des eaux de la mer Morte est à environ 400 mètres au-dessous de la Méditerranée, et comme la profondeur est en certains points de 600 mètres, on obtient pour les parties profondes une différence de niveau de 1000 mètres avec les grandes mers voisines. La situation orographique de la mer Morte permet d’expliquer la façon dont elle a pris naissance.

11 est à remarquer, en effet, que l’eau du lac Asphaltite est une sorte d’eau mère, saturée de sel marin et fort chargée de bromures et de sels de potasse, c’està-dire des composés minéraux qui existent en faible proportion dans l’eau de la mer, mais qui peuvent s’y accumuler par l’évaporation. 11 existe, en outre, sur les bords méridionaux de la mer Morte, d’immenses dépôts de sel dont la base aboutit à la plage de la mer actuelle. On a même attribué à la dissolution de ces bancs de sel, la richesse des eaux du lac; opinion inadmissible, puisque ce sel est assez pur et ne contient ni bromures, ni sels potassiques ou magnésiens. La vérité ne serait-elle pas

juste l’inverse de cette manière de voir? Rien ne s’oppose à ce qu’une communication ait autrefois existé entre la mer Rouge et la portion de la Palestine occupée maintenant par la mer Morte. Cette grande dépression entourée de montagnes élevées était alors remplie d'eau et un niveau commun existait entre toutes les parties liquides qui communiquaient ensemble. Beaucoup de ces bassins secondaires qui faisaient partie de la mer Rouge s’en sont trouvés séparés : l’eau qu’ils contenaient s’est évaporée et a laissé sur certains points d’épaisses couches de sel. Tels étaient les dépôts qui recouvraient l’emplacement des Lacs Amers avant l’établissement du canal de Suez.

La mer intérieure de la Palestine beaucoup plus large alors et plus profonde qu’aujourd’hui, puisque son niveau atteignait le niveau commun de l’Océan, a pu se trouver un jour isolée complètement. L’eau s’est évaporée et le niveau a baissé peu à peu : en même temps, l’eau s’est concentrée et a laissé déposer sur les bords qu’elle abandonnait graduellement, des couches de sel à peu près pur, semblable à celui des marais salants : telle serait l’origine des bancs de sel gemme des environs de la mer Morte. Aujourd'hui il ne resterait plus que l’eau mère de cet immense marais salant, eau mère riche en bromures, en sels de magnésie et de potasse : si elle ne disparait pas complètement, c’est qu’elle reçoit chaque jour, par différents affluents et surtout par le Jourdain, quelque chose comme 5 à 6 millions de tonnes d’eau. Un équilibre s’est établi entre l’arrivée des eaux nouvelles et l’évaporation de la masse ancienne, qui se réduit d’ailleurs en vapeur d’autant moins vite qu’elle est plus chargée de substances fixes. Tout s’explique donc aisément en admettant qu’une communication avec la mer Rouge ait pu exister d’abord, puis se fermer ensuite.

Une chaleur suffocante règne au fond de la dépression actuelle : rien de plus triste que cet étang encadré de hautes montagnes et dont les bords sont dépourvus de

Fig. 53. La Mer Morte.

toute végétation : on n’y voit ni un brin d’herbe, ni une plante quelconque; les oiseaux fuient ces rives désolées. L'animal qui tombe dans l’eau est repoussé par ce liquide d’une densité considérable. Aussi les Arabes disent-ils que celui qui tient à la vie ne doit pas s’aventurer sur la mer Salée.

L’énorme richesse de ces eaux en brome uni au sodium ou au magnésium a donné l’idée de les exploiter pour l’extraction de ce métalloïde : prises à des endroits éloignés de l’arrivée du Jourdain, elles contiennent jusqu’à 7 millièmes de brome, c’est-à-dire plus qu’aucune eau connue. Mais il ne faut certainement pas attendre des populations voisines la création d’établissements industriels : elles s’opposeraient au contraire certainement à des entreprises de ce genre faites par des étrangers; sans compter que l’insalubrité des bords de la mer Morte serait aussi un obstacle peut-être invincible.

LE GRAND LAC SALÉ DE L’üTAH.

Dans l’Amérique du Nord existe un lac dont les eaux sont fortement chargées de sel et qui présente avec la mer Morte plus d’un point de ressemblance. Il est situé à 4 degrés environ au Nord du parallèle de San-Francisco et à 10 degrés de longitude orientale de cette ville; l’État d’Utah, dans lequel il se trouve, est placé entre le Colorado et la Névada. Ce lac s’appelle le Great- Salt-Lake ou Grand lac Salé.

Le grand lac Salé de FUtah1 est célèbre par l’établissement sur ses bords de la secte des Mormons; sous la conduite de leurs chefs à la fois politiques et religieux, ils ont fondé des villes importantes dans un désert, où il n’y avait, avant eux, que du sel. Cette population tirée, en général, des bas-fonds des cités du nord de l’Europe, a été disciplinée par les prophètes de la re-

1 Voir le Tour du Monde. — VI-590 et XXVII-185.

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ligion naissante : ils 1 ont maintenue, pliée au travail. On a vu sur un sol jusque là absolument stérile se développer les récoltes nécessaires à la vie de l’homme et pousser la plupart des arbres fruitiers de l’Europe. Ce sont là des résullals presque miraculeux que les Mormons peuvent inscrire dans leurs livres saints.

Le relèvement approché de la position du lac Salé n’a été donné qu’en 184b par le colonel Frémont, lors de sa seconde expédition dans l’Ouest; des mesures exactes ont été, en 1849, faites par le capitaine Howard Slansbury.

Le lac a cent milles américains de longueur et une largeur de trente-cinq1 : il a dû couvrir autrefois une

Fig. 56. Le Grand lac Salé.

bien plus grande étendue de terrain qu’aujou-rd’hui. On voit sur ses bords une série de falaises échelonnées et formant une succession de terrasses : elles indiquent l’existence d’une grande mer, dont les eaux se sont concentrées peu à peu dans les limites actuelles, et ont abandonné sur le sol qu’elles recouvraient primitivement une couche plus ou moins épaisse de sel. Il parait même que, depuis les premières mesures faites par Frémont, le niveau de l’eau aurait encore baissé de près d’un mètre.

Celte circonstance expliquerait, ainsi que nous l'avons dit pour la mer Morte, l’énorme salure des eaux du lac des Mormons. On peut admettre également qu’il s’est produit un soulèvement lent d’un sol précédemment re-

1 Environ 180 kilomètres de long- su*1 00 de large. \

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