LES MARAIS SALANTS DU PORTUGAL
Le Portugal est par excellence un pays saunier. Favorisé par une température élevée et par des vents secs du nord-est qui régnent sur ses côtes, il produit chaque année au moins 250 000 tonnes d'un sel justement renommé : les deux tiers de ces produits sont exportés. On les recherche particulièrement pour les salaisons de poissons et de viandes, en Angleterre, en France, en Russie, au Brésil, en Hollande, etc.
L’industrie des marais salants, en Portugal, est groupée autour de quatre centres principaux : Sétubal, Lisbonne, Aveiro, les Algarves. Les procédés employés varient un peu dans chacune de ces localités : le plus curieux est celui qu’emploient les paludiers de Sétubal. 11 est, en apparence, d’une grossièreté singulière et ne semble devoir donner que des produits d’une qualité inférieure : l’analyse chimique montre au contraire qu’ils doivent être rangés parmi les meilleurs et qu’ils méritent leur réputation.
La disposition des marais salants de Sétubal est des plus simples : chacun d’eux forme une vaste cuvette de 1 à 2 hectares, divisée en carrés égaux de 100 à 150 mètres carrés de superficie et de 20 centimètres de profondeur. Ils sont isolés les uns des autres par des chemins ou digues de 1 mètre environ et communiquent
1 Aimé Girard. — Annales du Conservatoire des Arts et Métiers et Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 1872.
chacun en particulier avec un grand réservoir destiné à emmagasiner l’eau de mer. Dans les marais français, les divers compartiments ont des fonctions spéciales et différentes : les uns servent à la purification de l’eau de mer, d’autres fonctionnent comme chauffoirs, c'est-à-dire comme appareils de concentration préalable, d’autres enfin reçoivent le sel provenant de l’évaporation. A Sétubal, tous les carrés ont la même fonction : l’eau de mer y arrive directement du réservoir, s’y évapore et laisse déposer sur place le sel qu’elle renfermait.
A l’automne, quand la saunaison est terminée, on abandonne sur le marais les eaux mères magnésiennes, laissées par les récoltes de l’année, et on le recouvre de 50 à 60 centimètres d’eau. Au printemps suivant celte eau s’évapore; et vers le mois de juin, les chaussées se découvrent : les carrés sont alors nettoyés, puis laissés à eux-mêmes, et rafraîchis seulememt de temps en temps par des eaux neuves prises au réservoir. La température élevée et l’action du vent amènent une évaporation rapide, qu’on laisse se faire presque à sec : en une vingtaine de jours, elle est terminée et l’on fait une première récolte. Chaque carré est recouvert d’une couche saline de 4 à 5 centimètres d’épaisseur, presque sèche, à peine mouillée par une petite quantité d’eau mère.
Après le levage du sel, l’eau mère fort peu abondante est laissée sur le carré ; une nouvelle quantité d’eau neuve prise au réservoir vient remplacer celle qui s’est évaporée et, vingt jours après, on peut faire une deuxième récolte; la nouvelle couche de sel obtenu a 2 ou 5 centimètres de hauteur. La seule différence entre cette opération et la première, c’est que l’évaporation n’est pas conduite à sec : on lève le sel, quand il est encore recouvert de 2 centimètres d’eau. Si la saison est favorable, on rajoute au liquide restant une nouvelle masse d’eau de mer et l’on lente d’obtenir une troisième récolte. Vers la fin de sep-
EXTRACTION DU SEL MARIN
tembre, la campagne est définitivement terminée, et le marais est inondé, comme nous l’avons dit précédemment.
Les choses se renouvellent ainsi chaque année : les eaux mères sont laissées constamment sur le terrain, ce qui n’empêche pas la saunaison de recommencer chaque année avec une régularité parfaite. 11 semblerait cependant que les sels magnésiens, ainsi abandonnés après chaque récolte, devraient par leur accumulation finir par rendre le travail impossible et produire des effets analogues à l’échaudement des œillets dans les marais de l’Ouest (voir page 115). On serait également tenté de croire que les sels de Sétubal doivent être fortement magnésiens et que ceux de la première récolte obtenus par une évaporation à sec sont imprégnés de quantités considérables de sels étrangers : ils seraient alors destinés à enlever à la façon d’une éponge non seulement les sels de magnésie contenus dans l’eau d’où ils proviennent, mais encore ceux qui sont restés après la seconde et la troisième récolte de l’année précédente. L’analyse d’échantillons pris dans deux marais différents montre que cette manière de voir est absolument contraire à la vérité.