OD SE TROUVENT DES GISEMENTS DE SEL
ACTDELT.ES
Sel des steppes des Kirghises; en Arabie; dans l’Amérique du Sud ; sel des bords de la mer Morte.
Tertiaires . . . .
Cardona, en Catalogne; Wieliczka et Bochnia, en Pologne; Asie-Mineure ; Arménie; Rimini, en Italie ; en Louisiane.
CltÉTACÉES
Sources salées de Westphalie; Algérie.
Jurassiques. . . .
Source de Rodenberg; Bex, dans le canton de Vaud.
Marnes irisées . .
Lorraine; Franche-Comté; Hall, en Tyrol; Ilallein et Berchtesgaden, près Salzbourg.
Muschelkalk . . .
Cours supérieur du Necker et du Kocher (Wurtemberg); Ernsthall et Statternheim (Thuringe).
Grès digarrés . .
Hanovre; Brunswick; Angleterre.
Dyas
Géra, Arten (Thuringe); Stassfürt, Halle, 5 Speremberg; Steppes kirghises, sur le fleuve Ilek.
Carronifères . . .
New-River (Virginie septenlrionale); Du- ( rham, Brislol (Grande-Bretagne).
Dévoniennes. . . .
Siluriennes. . . .
Virginie septentrionale; Salina et Syracuse, ! dans l’état de New-York; Saginaw, dans | le Michigan.
Rien que situés à des étages géologiques si différents, les gisements de sel gemme présentent toujours un ensemble de caractères constants : cela tient à ce qu’ils se sont tous formés dans des conditions analogues. Souvent ils sont contemporains du terrain qui les enclave : mais fréquemment aussi, ils sont évidemment postérieurs aux formations au milieu desquelles ils se trouvent : ils se sont alors déposés après coup, soit sur les couches précédemment existantes, soit dans des cavités formées au milieu de ces couches et qui se sont remplies d’un amas de sel. Quant à l’origine de la matière minérale elle-même, on la trouve dans l’évaporation d’eaux marines analogues à l’eau de mer actuelle. L’Océan est aussi inépuisable pour la production du sel que le soleil pour fournir la chaleur nécessaire à l’évaporation de ses eaux. La présence constante du gypse (sulfate de chaux hydraté) dans les bancs de sel, la dissémination de celuici au milieu d’argiles imperméables; enfin, x l’existence des masses parfois énormes de sels potassiques et magnésiens, observées dans les sondages de Montmorot et surtout dans les gisements de Stassfürt, ne peuvent laisser aucun doute sur l’origine marine des bancs de sel. Remarquons enfin qu’on n’y trouve jamais de fossiles, la vie étant impossible dans une eau saturée de sel.
Cherchons à nous rendre compte de la façon dont ces gisements minéraux ont pu se former.
Quand on procède dans une saline à l’évaporation de l’eau de la mer, il se précipite d’abord du carbonate de chaux, mélangé d’oxyde de fer ; il se dépose en second lieu du sulfate de chaux hydraté (CaO, SO3 -h 2 110),' véritable pierre à plâtre artificielle, puis une couche de sel marin dont la partie inférieure est mélangée de sulfate de chaux et la partie supérieure de sulfate de magnésie. La potasse apparaît ensuite sous deux formes successives : on obtient d’abord un sulfate double de potasse et de
magnésie *, et ensuite du chlorure double de magnésium et de potassium1 2. L ensemble de ces dépôts successifs est îecouvert d une solution, à 58 degrés Baumé, de chlorure de magnésium mélangé de bromures, qui peu à peu disparaît dans le sol par infiltration.
Supposons qu’on laisse ces produits sans les lever. Au printemps suivant, une nouvelle masse d’eau de mer arrive sur le sol recouvert des dépôts antérieurs. Les sels de la couche supérieure seront redissous complètement, parce que l’eau de mer ne les contient qu’en faible proportion : il n’en sera pas de même pour le sel marin; une partie seulement pourra se redissoudre et donnera une eau très concentrée. Celle-ci en s’évaporant laissera déposer une lame de sulfate de chaux qui recouvrira le sel non dissous : il se formera ensuite une couche de sel marin et enfin une couche de produits magnésiens et potassiques dans l’ordre précédemment indiqué. Le même effet peut se reproduire chaque année; mais si, après un certain temps, l’arrivée de l’eau de mer s’arrête, nous aurons finalement une épaisse couche de sel marin reposant sur le sulfate de chaux, ou gypse, et entremêlée de couches de ce sulfate : elles séparent le travail de chaque année et pourront presque servir à déterminer le temps qu’a duré la formation saline, comme les couches de bois permettent de trouver l’âge d’un arbre5. Que toute cette masse se recouvre d’une couche d’argile imperméable, et soit ainsi soustraite à l’action dissolvante de l’eau de pluie, elle pourra dès lors se conserver intacte pendant un temps presque indéfini.
Certains gisements, ceux de Stassfürt, par exemple, présentent précisément dans les couches de sel la disposition que nous venons d’indiquer et que l’on retrouve
1 K0,S03 * + Mg0, SO3 + 6 HO.
2 KC1 + MgCl + 12H0.
3 Nous avons constaté un caractère de cette nature dans les dépôts
du lac Ëlton (voir page 201).
d’une manière plus ou moins nette dans tous les dépôts de sel gemme. On peut donc regarder leur formation comme due à des phénomènes analogues à ceux qui viennent d’être décrits. La grande masse d’eau de mer, dont il faut admettre l’évaporation, n’est pas un obstacle à cette manière de voir. Il n’est pas, en effet, nécessaire qu’elle ait existé à la place même où s’est formé le dépôt de sel, et qu’elle y ait eu une épaisseur énorme. Les eaux d’un océan peuvent pénétrer graduellement dans une mer intérieure à évaporation rapide et y déposer tout le sel dont elles sont chargées. Nous en avons un exemple frappant dans le Kara-Boghaz, ce lac où la mer Caspienne vient constamment se dessaler en donnant naissance à des bancs qui deviendront plus tard les sels gemmes de l’époque géologique actuelle.
Les sels potassiques et magnésiens ont été rencontrés abondamment au-dessus de certaines couches de sel, ainsi qu'on l’observe à Stassfùrt. Il peut fort bien arriver que la surface couverte par l’eau marine aille en diminuant à mesure que celle-ci se concentre : les eauxmères s’accumulent finalement sur un point déterminé, où la profondeur est plus grande. C’est là que s’achève l’évaporation et. que se forment les dépôts de sels potassiques et magnésiens. La mer Morte, si elle venait à se dessécher, donnerait naissance à un gisement analogue par sa constitution à celui de Stassfùrt.
Les gisements de sel sont ordinairement situés à une certaine profondeur au-dessous du sol : ce n’est que par exception qu’on en trouve à fleur de terre. L’un des gîtes salifères les plus curieux de cette dernière espèce est celui de Cardona, en Catalogne. On y voit une véritable montagne de sel qui s’élève à plus de 100 mètres au-dessus de la vallée : les couches de sel gemme présentent des zones de diverses nuances parmi lesquelles dominent le rouge ou le vert, et sont limitées de tous côtés par des escarpements verticaux. L’absence de toute
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végétation et la bizarrerie de sa forme distinguent celte montagne de toutes celles qui l’environnent : l’action de l’eau a produit, en effet, de toutes parts, des saillies et des dentelures d’un aspect tout particulier. On exploite la masse de sel, comme une carrière à ciel ouvert et on enlève les blocs de manière à former une série de gradins.
M. André1, lors de son voyage dans l’Amérique équinoxiale, a observé sur les bords du Ilio-Upin, en Colombie, un gisement de sel analogue (fig. 58). A la suite d’un éboulement, on vit apparaître, en 1870, des bancs de sel d'une grande épaisseur et d’une transparence parfaite. Ils sont simplement recouverts d’une couche de terre végétale argileuse, d’un brun foncé. On les exploite pour le compte de l’État : mais, par suite de la façon dont l’opération est conduite et du gaspillage auquel elle donne lieu, cette mine rapporte à la Colombie un millier de francs par an.
Le sel gemme est quelquefois absolument pur. On trouve dans les mines de Wieliczka, et particulièrement dans la couche inférieure du gisement, une variété de sel désignée soug le nom de szybicksalz, qui est d’une limpidité et d’une transparence parfaite (voir page 244).
Mais, le plus souvent, le sel gemme contient, en proportions Strès variables, les matières salines qui entrent dans la composition de l’eau de mer, c’est-à-dire des chlorures et des sulfates divers. L’existence du sulfate de chaux eL du chlorure de magnésium dans les bancs de sel est une preuve qu’ils ont pris naissance dans des eaux marines. L’argile est, en outre, fréquemment mélangée au sel dont elle trouble la transparence. Mêlées intimement en proportions à peu près égales, ces deux substances constituent l’argile salifère. On jugera, par le tableau suivant, du degré de pureté des sels gemmes de différents pays :
Tour du monde. Tome XXXV, page 151.