‹ Le Séminaire de NicoletChapitre 18 sur 33 · CANTATE · texte numérisé non relu

CANTATE

POUR CHŒIHS, SOl.l, Ul OS, (JL'ATIOK KT ORCHESTHE

O Nicolet ! réunis sous ton aile.

Vois en ce jour groupés autour du nid. Tes fils aimés en troupe fraternelle A deux genoux baiser ton seuil béni.

Solo de Bai ij Ion

Hélas ! ils sont passés les beaux jours du jeune âge. Ces jours déjà lointains écoulés sous ton toit ; Mais nous aimons toujours, pieux pèlerinage, A remonter leur cours en souvenir de toi.

Duo : Soprano el Ténor

Nous, les derniers venus, nous la folle jeunesse

Au c(tur libre et joyeux.

Nous n'avons pas connu les heures d'allégresse

Dont nous parlent les vieux ; Mais nous t'enveloppons dans la même tendresse

Des sou\enirs pieux.

Chœur : O Nicolet ! etc.

Sonnez, fanfares solennelles ! Sonnez, et que vos fiers accents Par mille accords retentissants, Jusques aux voûtes éternelles Portent nos cris reconnaissants !

Sonnez ! Sonnez ! Sonnez ! Sonnez !

148 si^:minairi: »k nicolkt

Solo (le Soprano

On nous enseigne ici la divine parole |{n exemples eonstants.

.S"o/o (/(' Ténor

Leur souvenir nous suit et nous sert de boussole Sur les vagues du temps.

Solo de liasse

Il se mêle et se tond dans la douce auréole De nos printemps.

Qntihior

On nous enseigne ici la divine parole En exemples constants.

Cba'ur : Sonnez! etc.

Solo de Soprano

(^liarniauts rivages, Hiants bocages, Vci-ts paysages, Heureux séjours ; Ombre discrète.

Douce retraite.

Que l'on regrette Toujours, toujours.

Solo de Ténor

Hancs où l'entance Avec vaillance A l'ignorance Livre combats ; Salle attrayante Où s'oriente L'aile bruxante De nos éinits.

Duo: Sop. et Ténor: (Charmants rivages, etc.

Solo de Ténor

Parvis antiques.

Echos mystiques De nos cantiques ; Et vous enfin.

Chapelle sainte.

Pieuse enceinte.

Vous dont l'empreinte Désormais en nos cceurs devra vi\re sans fin.

Duo : Sop. et Ténor : Charmants rivages, etc.

Solo de Ténor

Que du Très-Haut la (hoite bienfaitrice

(;h(ki H

Que du Très-Haut \i\ droite bienfaitrice

Solo de Ténor

Phine sur vous, lieu.x chers et vénérés,

CHŒl K

Plane sur vous. lieu.x chers et vénérés.

Solo de Ténor

Qu'elle nous verse à flots son ombre protectrice. Et qu'à jamais du ciel la grâce inspiratrice Eclaire, asile saint, tes ptjrtiques sacrés !

Chœnr : Quelle nous verse à flots, etc.,

Solo de Ténor et (;h(kik

Qu'elle nous verse à flots son ombre protectrice. Et qu'à jamais du ciel la grâce inspiratrice Eclaire, asile saint, tes portitpies sacrés!

150 SKMINAIIU: 1)1. NK.OLKT

Les paroles sont de M. Louis l'ivchelle, la iniisi(iiie de M. Alphonse La\ailée-Sinith, Ions deux de Monliéal, et aiu'ieiîs élèves de la maison.

La manière du [)oète, rinspiralion donl il a lait |)reu\e en tant de productions, sont trop connues j)our (juil soit utile d'en [)arler ici.

Mais c'est la première fois {|ue le talent di\ musicien, ^L Lavallée-Smith, se l'éxélait à la plupart d'eiitie nous avec autant d'éclat.

(^est un morceau >raiment intéressant (jue cette -cantate et (|ui sort absolument de l'oidinaire.

La tâche du jeune compositeni- était dilficile si l'on songe à la variété du rythme littéraire aucpiel il devait s'astreindre.

Malgré l'embarras du thème, l'idée se tient, les chœurs sont beaux, et certains motifs sont des plus agréables à entendre. Le leitmotiv en i)articulier a beaucoup de charme.

Cette composition canadienne lait présumer hautement du talent de M. Lavallée-Smith.

Quehiues chanteurs, M. Paul Dufaut, de Xew-Yorlv, M. Edouard Dufresne, deNicolet, et plusieurs autres dont nous oublions les noms, figuraient avec beaucoup d'avantage dans les chœurs.

M. Dufaut a dit à ravir le solo de la L partie : « Que du Très-Haut la droite bienfaitrice, etc. »

Un solo de baryton par M. Edouard Dufresne a aussi été agréablement rendu. Quel velours ce chanteur a dans la voix !

FKTKS DU CKNTKXAJHE

Remarqués à l'orchestre: MM. O.-H. de Clhàtillon, J.-E. Prince et A.-E. C.ourchesne, au premier violon, L. D'Amour, à la clarinette, A. Perreault, au premier cornet, P. Duquette et L. Duguay, au violoncelle, l'abbé M.-R. C.rochétière, au trombone, Gustave Duguay, à la contre-basse, l'abbé M. -T. Melançon, au piano d'accompagnement.

La musique du chant, habilement accompagnée par un ecclésiastique, M. l'abbé Melançon, avait été parfaitement exercée, aussi, parle chef de la lanlare nicolétaine, M. l'abbé Désilets.

L'heure du départ approche. « Il n'est si bonne société qui ne se quitte enfin », a dit quelqu'un.

M**' Douville monte sur l'estrade et adresse ses remerciements à l'auditoire :

« Messeiyneurs et Messieurs,

« Avant de clore cette journée si glorieuse pour le Séminaire de Nicolet, par une dernière action de grâces au Très-Haut, vous me permettrez de vous ofï'rir à tous l'expression de notre plus [jrolondé reconnaissance.

« Je l'avoue en toute sincérité, je me sens impuissant à le faire de manière à répondre tant soit peu aux faveurs reçues et à vous dire combien nous les apprécions. Il est des sentiments (pie Ion ressent bien plus facilement ([u'il n'est possible de les exprimer, surtout quand le cœur déborde autant de bonheur que de reconnaissance, et c'est le cas pour nous aujourd'hui. Ce jour mémorable sera à jamais gravé dans notre mémoire et restera comme un des plus beaux, sinon le plus beau, de l'existence de notre maison qui voit ses cent années couronnées si brillamment par cette fête.

152 SKMINAIKK DK NK.OI.KT

« Nous voudrions dire à chacun de vous en particulier un merci aussi cordial que sincère et afVectueux. Nous le disons à tous du plus profond de notre àme.

« Nous ne pouvons manquer d'ollrir spécialement l'expression de notre plus vive gratitude à M^' de Nicolet (|ui, lidèle à la promesse laite avant son déi)art pour la ville éternelle, en dépit d'une santé chancelante, s'est hâté de revenir au milieu de nous })our partager la joie de son Séminaire et lui apporter une bénédiction toute spéciale de notre très-saint père le pape à l'occasion de la fête jubilaire que nous célébrons ;

« A M**' l'archevêque de Québec, le très digne successeur des Plessis, des Panet et des Signay, nos fondateurs et bienfaiteurs insignes, pour le grand honneur qu'il nous a fait en venant prendre une si large part à la célébration de cette fèle et rendre grâces à Dieu avec nous des inappréciables bienfaits que notre maison a reçus par l'intermédiaire de ses illustres prédécesseurs, ainsi que pour les sympathiques paroles qu'il a bien voulu nous adresser ;

« A Nos Seigneurs les archevètjues de Saint-Boniface et de Montréal, qui ont eu l'extrême complaisance, comme M'^' l'archevêque de Québec, de quitter leurs visites pastorales pour venir honorer le Séminaire de Nicolet au jour de son centenaire, et répondre si gracieusement à nos désirs en rappelant avec éloge la mémoire vénérée de leurs prédécesseurs nicolétains sur les sièges (lu'ils occupent.

« Nous otVrons également nos plus sincères remerciements à Nos Seigneurs l'archevêque de Kingston et et les çvêques de Sherbrooke et des Trois-Rivières, pour leur grande bienveillance à l'égard de notre maison, en venant assister à cette grande réunion de la famille nicolétaine, après avoir, eux aussi, interrompu leurs

FKTI.S Dl' (KNTKNAIHE lô.'i

courses pastorales afin tle nous accorder l'honneur de leur présence en cette solennelle circonstance ;

w A M"' de Tubuna, notre très cher et très xénéré ex-conirère, dont la parole éloquente a su, ce matin, réveiller les plus douces émotions dans tous les cœurs nicolétains, en redisant avec bonheur les gloires de son Aima Mater et les bienfaits du Seigneur à son égartl pendant le siècle écoulé.

« Que tous les autres orateurs du jour, qui ont répondu si noblement à l'adresse des élèves et célébré avec tant d'enthousiasme nos gloires nicolétaines, veuillent bien recevoir aussi nos meilleurs remerciements. A chacun d'eux nous disons de tout cœur : merci de vos bonnes et sympathiques paroles.

« Va à nos poètes donc, que de reconnaissance nous leur dexons pour avoir si bien chanté la chère maison de Nicolet, son passé, son présent, et je dirai même son futur, puisque les poètes îiont prophètes parfois ! Merci à ces privilégiés des muses dont les poétiques accents nous ont réjouis si agréablement.

« A la poésie se joint volontiers la musique, et les beaux vers de M. Fréchette, à l'occasion de cette fête du centenaire de notre chère maison, ont reçu de M. Lavallée-Smith un accompagnement musical digne de la poésie ; vous en avez goûté les charmes avec plaisir. Merci à notre jeune musicien nicolétain d'un talent si élevé, qui a déjà fait sa marque parmi les meilleurs artistes du pays.

« Nous disons aussi merci à un autre virtuose nicolétain, à |M. Paul Dufaut, qui a quitté les chœurs de New-York pour venir nous prêter le concours de sa belle voix de ténor, dans le chant que vous venez d'applaudir avec tant d'entrain.

154 sKMiiNAiiu-; i)i; mcoi.kt

« Merci iMicoie ;> tous ceux (|ui oui bien voulu nous aidiT dans l'cxcculion de celle canlale vrainienl nicolélaine el [)ar la |)oésie el par la niusi(iue, je j)uis ajouter aussi par le chant, puiscju'il a été soutenu el rehaussé par des voix comme celles de messieurs Henri el lùlouard DutVesne, qui ne sont pas étrangers à Nicolet et que nous entendons toujours avec plaisir.

« Merci en j)arliculiei' à messieurs Prince el (.ourchesne, deux autres artistes nicolélains par origine, (jue Quéhec est lier aujourcriuii de compter au nombre des siens, pour leur précieux concours dans l'accompagnement de cette même pièce.

« Nous ne pouvons pas non plus, dans celte elVusion de notre reconnaissance, oublier de remercier chaleureusement tous les comités el sous-comités des anciens élèves qui ont travaillé à l'organisation de cette lète et (jni nous ont rendu de signalés services, surlout en recueillant les souscriptions, le véritable nerf de ht (fiierre dans rentre[)rise en vue.

« Messieurs les secrétaires des diiVérents comités voudront bien prendre une large part de nos remerciements, puis(|ue sur eux a reposé la [)lus iorle partie du travail d'oiganisation et de coirespondance.

« Pour preuve (jue les comités n'ont pas agi en \ain, et, aussi, comme renseignement (jui ne mantpiera pas d'intérêt pour tous, je vous lerai connaître les chiIVres suivants 'de la souscription el des autres dons en laveur du monument du centenaire.

« Ce monument, tel que vous le voyez, coûte }ii;7(),00(). Le montant des souscriptions inscrites par les divers comités jus(iu'à ce jour, est de ,t;4(),(M)() ; le montant des souscriptions payées est de $3(),()()(), laissant JÏ^4,0()() à recevoir.

FKTKS 1)L CKNTKXAIHK 155

« Dans ces sommes n'est pas compris le coût des autels et des statues de la clia})elle. (i'

« Il y aura huit autels en marbre, du prix de $500 chacun, huit autels en bois doré valant chacun aussi $200, et douze statues en marbre, du prix de $100 chacune. Les huit autels en marbre sont déjà donnés et six même sont posés, comme vous avez pu le voir. Sur les huit autels en bois, cinq sont donnés; des douze statues, cinq le sont aussi. Il reste donc trois autels en bois et sept statues en marbre à attendre encore de la bienveillante générosité de quelques-uns de nos amis, pour cjue tout soit au complet dans rameublement et l'ornementation de la chapelle-souvenir du siècle écoulé.

« La somme des dons |)our les autels et les statues, jus(|u'à présent, est de s 100 (|ui, ajoutées à la souscription générale, domie un monlanl de $41,400 comme olïVande en laveur du monument du centenaire, telle (jiie bien et dûment reçues à cette date.

« En résumé, quand tous les autels et les statues seront reçus, et à leur |)lace, le coût de tout le monument, salle et chapelle au complet, sera de $77,000. Puis, si toutes les souscri])tions promises rentrent, comme nous devons l'espérer, les olVrandes s'élèveront à la somme de $46,600 (quarante-six mille six cents piastres).

« Nous disons de nouveau et de grand cœur, merci à tous ceux qui ont contribué à ce magniiique don oilert à VAlma Mater, qui en conservera religieusement le souvenir, et, d'avance à ceux aussi qui voudraient joindre leurs offrandes à celles déjà reçues, pour compléter l'œuvre qui restera comme le plus beau témoignage d'alïection et de reconnaissance îles fils du Séminaire de Xicolet pendant le premier siècle de son existence.

(1) Voir le dernier état dans l'Introduction.

lôë SKMINAIHK I)K MCOMiT

« Knfin, un dernier merci à tous nos anciens élèves ainsi qu'i\ Ions nos iiôtes disliiif^ués (|ui ont l)ien voulu se rendre à noire invitation et nous honorer de leur présence en ce grandi joui- jubilaire de notre chèie maison, pour la léliciler d'avoir traversé heureusement son premier siècle et lui souhaiter, aussi, paix, bonheur, prospérité dans le second, où elle entre résolument et avec les meilleures espérances, grâce à la divine Providence qui a toujours veillé sur elle depuis son origine et (jui lui continuera dans l'avenir sa toute })uissance [)r()tection.))

A ce moment, M*^'' Hruneault se lève et émet le vœu que le 10 juin, tout comme le 24 mai, depuis 18()(), soit désormais jour de congé pour les élèves en mémoire de la lete.

Cette proposition, à laquelle les élèves actuels ne pouvaient être insensibles, est acclamée.

Il est 10 \> hrs. On entend au loin tinter la locomotive.

Grand noiubre passeront la nuit à Nicolet, mais ceux venus par les convois de Montréal et de Québec, (piittent déjà la salle.

Vite nous serrons la main aux directeurs, à quelques camarades, et, en voiture !

Quelle journée !

Dès le matin, les portes du Séminaire s'étaient ouvertes toutes grandes à l'hospitalité.

Ce jour-là, la maison n'était plus à ses habitants mais bien à tout le monde.

FÊTES DL' CENTENAIHE 157

Il semble que les anciens eux-mêmes, ce jour, avaient à peine vieilli, tant la joie mettait de rayons sur tous les visages.

Quiconque éprouve du bonheur, participe de cette sérénité qui ressemble à la jeunesse et fait oublier les années.

vSans doute, le temps avait l'ait son œuvre en nous et, aussi, autour de nous.

Au Collège, bien des changements, ici et là, s'étaient opérés, surtout depuis la création du diocèse de Nicolet.

L'intérieur du Séminaire avait été en partie renouvelé. A l'extérieur, l'aile sud-est notablement agrandie et un chemin de 1er qui coupe maintenant le sentier si joli conduisant du jardin au bois de «Versailles ». En avant, les dépendances si admirables de la maison, hélas! entamées de chaque côté de l'avenue. Elles n'avaient autrefois pour bornes que des pins et les ruines du vieux séminaire.

Du temps où l'abbé Laflèche, — plus tard M*^'^ des Ïrois-Rivières, —enseignait, l'ingénieux professeur avait fait construire un très élégant appareil planétaire dans le jardin des élèves.

Le « système » constituait un ornement original qu'on aimait à voir: c'était une leçon vivante d'astronomie pour les élèves.

Parti avec les neiges d'antan le petit monde sidéral du jardin; disparu, aussi, le fameux ruisselet (jui coulait ses eaux mystérieuses du côté de l'aile nord, le « Styx », (puisqu'il faut l'appeler par son nom. . . . ), au demeurant, incapable, celui-là, d'enrichir l'Achéron

SEiMlNAlHK 1)K MC.OI.KT

Retourné, sans doute, dans l'empire des morts. <i'

Enfin, la cliai)elle du jubilé vient d'être élevée précisément sur les lieux où, hier encore, existait un grand trottoir circulaire, éclairé, le soir, ))ar de nombreux fanaux. Après souper principalement, marchaient là les élèves, durant la récréation.

Autant de souveniis que tout cela aujourd'hui !

Mais qui ne comprend cette marche du temps à travers les choses ?

Seule la mémoire d'êtres aimés et disparus, pouvait peut-être dans une fête comme celle-ci, jeter cjuekpie ombre.

(comment oublier, par exemple, cet homme (pii, quoique au déclin de sa carrière, de mon temps, axait néanmoins joué un rôle si grand, tenu une place si importante parmi les directeurs de la maison?

Il avait étudié dans le vieux séminaire, lui, c'est-àdire avant 1830, et avait été par conséciuent contemporain des premiers élèves. Il n'en parlait jamais sans attendrissement.

La piété angélique de cet homme, ses vertus sacerdotales, sa charité ardente, faisaient l'édification générale.

Une bonté extrême formait le fond de son caractère. Sa sollicitude pour les élèves en faisait le conseiller, le père aimé et vénéré de tous. Aucune vocation ne se décidait sans lui.

(1) « Tu es le prince du Styx », dit un jour à l'un de nos homonymes, l'ami Elrnest 1'., entouré de rieurs. — « Oui, et vous êtes tous mes sujets ! », lui répond ce prince

FKTKS DU CENTENAIRE 159

Oh ! si le bon père 'Ihoiiuis C.aron eût été de la tête! Mais il n'était plus là.

En passant devant certaine chambre, je songeai encore au prêtre distingué et souriant qui, autrefois, nous accueillait avec tant de politesse aimable.

Sa carrière de préfet est inouliliable au Collège. Il savait à merveille distinguer le talent. Que de tact, de finesse il déployait dans les circonstances difficiles! Plein de réserve et de dignité, d'une sensibilité exquise, M^"" Gélinas était une nature d'élite. A une rare culture de l'esprit, il joignait les plus nobles qualités du cœur.

Il n'était plus là, non plus, lui.

En faisant certaine partie du bois de « Versailles », comment ne pas songer au professeur aimé, si aimant, si délicat et si doux qui venait, là, dans cette solitude, nous faire léciter des discours ?

A la fois philosophe, théologien, linguiste, littérateur, poète, musicien, naturaliste, et que sais-je encore, cet homme unique avait tout appris et tout retenu. On eût pu dire de lui ce qu'on disait de l'admirable évêque d'Angers: « c'est un spécialiste universel» (*).

Son àme, faite de lumière et de sympathie, embrassait tout.

« L'amour de la science, disait l'abbé Thomas Maurault, dans les derniers jours de sa vie, m'a tué. »

Que ses leçons avaient de charme !

Je le vois encore dans sa chambre encombrée d'instruments et de livres de toutes sortes.

(1) Mgr Frappel, qu'on a aussi appelé « une tête encyclopédique.»

160 SÉMINAlKi; I)K MCOLKT

Il me semble que j'entends encore sa voix, que je vois son visage, mais où est l'ami délicat, le maître puissant et doux?

Et que de camarades parlis, eux aussi, tous invisibles et, cependant, présents à l'esprit !

Tels sont les souvenirs cjui durent parfois agiter l'âme de tant d'élèves venus revoir ces lieux chers.

Mais l'homme n'étant quelque chose que par « l'éter- « nelle mélancolie de sa pensée», si regretter est humain il est des regrets qui n'ont rien de lugubre, des mélancolies qui n'ont rien d'amer.

Ces vieux maîtres d'autrefois, ces amis disparus, étaient vertueux et bons et, ainsi, leur souvenir, loin d'attrister la fête, lui prêtait au contraire une physionomie plus pieuse et plus attendrie, une douceur [)lus grande.

L'heure du départ, nous l'avons dit, était sonnée. Nous partions. Trois heures après, notre convoi rentrait en gare à Lévis. Il était une heure et quarante du matin.

Deux cents milles en chemin de fer, vingt-deux heures debout, et au milieu de quelle agitation !

Bien des voyageurs nous ont abandonnés en route.

Nos amis du char-dortoir dorment du sommeil des sages. L'honorable juge Blanchet, M. le docteur Verge, M. le docteur Martineau, M. Félix Turcotte, de Québec, sont du nombre.

La brume du départ est déjà bien loin : une pluie, une pluie froide, tombe iine et drue. Au milieu des

fktp:s du centenaire

ténèbres, quelques mâts électriques çà et là nous éclairent et guident nos pas vers le bateau.

La gare de Lévis est horrible à voir avec ses vieilles masures par une pareille lumière.

Les Lévisiens, nos amis, n'ont pas plutôt quitté le char, qu'ils disparaissent.

— Le bateau, où est le bateau ? Point de bateau ? — Si, si, de l'autre côté. — Pourquoi pas ici. Monsieur, le bateau ? — Parce que, parce que.... de l'autre côté Monsieur. — Excellente raison. Nous attendons, assez longtemps. Entin, le bateau arrive. Il est deux heures et demie. — Nous ne retraversons (jue dans une heure, dit placidement le capitaine ....

— Ah ! ça, nous disons en chœur, on se moque de nous par exemple ! — M. le curé (Chabot nous croit flambés pour la nuit, à Lévis. A force de parlementer, le bon capitaine finit par démarrer son bateau.

Mais en touchant le quai du nord, nous ne sommes pourtant pas encore chez nous. 11 reste la Côte de la Montagne à gravir. Une voiture n'est-elle pas accourue au-devant du docteur Laurin? — Cinq milles pour gagner son logis à la Petite-Uivière. 11 ne couche pas en ville, le docteur Laurin, un malade l'attend! Ce patient avait empiré, la veille, mais c'est sans doute un de ces malades trop honnêtes pour oser guérir ou rendre l'àme ailleurs que dans les bras de la médecine.

Trois heures! — Un dernier adieu au brave Laurin qui me traîne un bout dans sa voiture et puis vole vers son cher malade, pendant que j'enfile par la petite rue

102 SKMINAIHK DK NICOI^KT

Dambourgés. — Pas un Américain, ici, c'est entendu, depuis que le brave colonel les en a délogés! — Les remparts sont déserts et la nuil dort sur ralïùl des vieux canons.

A travers la demie obscurité qui enveloppe toutes choses, le calme profond des rues, la solitude, à ce moment l'oreille entend plus vifs les hiille bourdonnements du jour qui reviennent et dont l'écho se prolonge ....

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