NOS DISPARUS
La féte nicolétaine de 1866 était la première du genre en Amérique. Plus de huit cents élèves y prirent part. Élle fut belle, superbe de bonheur. Quand sonna l'heure de la séparation, les frères se dispersèérent en se disant:non pas adieu, mais au revoir en 1903, pour les fêtes jubilaires de l'Alma Mater.
C'est pour ce rendez-vous de famille que l'on prépare les solennités du 10 courant.
Ah! mes chers amis, comme nous avons marché par les sentiers rocailleux de la vie! Autrefois, nous courions dans les grands chemins verts du printemps, — sous un ciel plein de bleu ensoleillé, — maintenant, la route est étroite, tortueuse, mauvaise; le ciel bleu d'autrefois est devenu sombre; le soleil rase l'horizon du couchant.
« Nous passons comme une ombre vaine. »
Vous vous le rappellerez, on chantait cela au collège, dans la chapelle, à la messe des morts. Mais alors on ne comprenait pas, comme aujourd'hui, la vérité de cette sentence du prophète.
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Ces pensées
de l'âme sont comme les fruits du jardin: elles ne
mürissent bien qu'au soleil d'automne.
« Nous passons comme une ombre vaine...»
Mais Pourquoi philosopher et nous désoler sur le
rapide voyage du temps vers l'éternité ? C'est peu chré-
tien; et c'est jeter une note Par trop mélancolique dans la musique d'une fête de famille.
Lamartine à dht quelque part: « 1] faut suivre ‘Ceux qui nous précèdent, poussés Par ceux qui nous (suivent, dans un lit social déjà creusé devant nous, » Le cygne de Mâcon ne dit ici rien de neuf. C'est la vie depuis les jours du paradis terrestre, et il en sera de même jusqu'à ja grande Convention de la vallée de Josaphat.
Le plus sage el le plus digne d'un chrétien, c de faire son devoir, tou à Cœur ouvert, avec fera le reste.
Hélas! les absences seront tré
‘est t son devoir, et d'accepter la vie ses joies et ses peines : le bon Dieu
S nombreuses, bien
regrettées.
Abondante à été Ja moisson de la mort Parmi nous depuis 1866.
Mais la mémoire et elle nous survivra.
Ils ne seront pas à leur place, à la table d'honneur du banquet, mais leurs noms seront sur toutes les lèvres, et leur souvenir oCçupera | âmes.
On acclamera avec enthousiasme les évêques Cooke, Bourget, Baillargeon, et Laflèche; celui du vénéré Thomas père Thomas, — celui de Thomas-Jean
des disparus est. toujours vivante
a place d'honneur dans nos
noms des Gaulin, Moreau Caron,— le bon -Jacques Loranger,
le fondateur de nos fêtes de famille: ceux de Dorion, Fournier, Parent, Désaulniers, Walsh, Thomas Maurault, Isaac Gélinas, E. Carter, Gérin-Lajoie, Norbert Provencher, Fédérice Houde, et de tant d'autres dont les talents et les surcès ont jeté un si beau lustre sur la maison de Nicolet,
Ces chers absents ne répondront pas à l'appel, mais leurs âmes seront au milieu de nous. Elles nous accompagneront sous les bocages, dans les jardins, à la cour des jeux, au bois de Versailles, à l'Académie, dans les salles d'étude et de recréation, et au Temple du Jubilé. Elles seront avec nous surtout dans notre chère vieille chapelle,
Image des cieux, Témoin des premiers vœux, Et du bonheur de l'innocence.»
Je crois à la communion des âmes des défunts avec les vivants. Et pourquoi Dieu, qui est tout amour, leur refuserait-il de communiquer avec les êtres aimés qu'elles ont laissés sur la route de la vie°?
Et cette vision sublime, embellie par les purs rayons de f'immortalité bienheureuse, rend cette communion des âmes plus sensible, plus touchante et plus affectueuse.
Le Nicolétain n'oublie pas. Je me souviens toujours, c'est sa devise. A se souvient des jours heureux de sa jeunesse au foyer de l'Alma Mater, sous la direction de ses pieux et savants supérieurs.
I se souvient toujours des fortes liaisons d'amitié et de confraternité qu'il a formées à ce centre de tous les bonheurs.
Ils se souvient toujours, en un mot, de son cher «Nicolet qu'e-abellit la nature», que charme la science et que le Seigneur habite.
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Le fait a été constaté depuis longtemps: les fils de Nicolet conservent une affection indéfectible pour l'institution qui les a formés. C'est pour eux un second foyer paternel agrandi. Aussi, le 10 juin, réunira-t-i} plus de douze cents enfants de la famille nicolétaine, dans une même pensée d'amour et de reconnaissance, sous le toit béni qui abrita leurs jeunes années, et où ils seront encore les bienvenus.
Ecce quäm bonum et quäm jucundum hobitare fratres in unum!:
FABIEN Vaxasse.
Montréal, 6 juin 1903.
On ne saurait dire plus sincèrement.
Ilest un autre article, celui-ci de la Revue Canadienne, qui a coïncidé avec le jubilé et est dû à la plume de l'honorable Thomas Chapais.
Les considérations dont cet écrit est semé aussi bien que les sentiments qui l’animent, justifient bien l'insertion entière de ces lignes consacrées à la maison de Nicolet :
Le Séminaire de Nicolet doit célébrer, le 10 juin prochain, le centième anniversaire de sa fondation. Centenaire ! C'est un titre vénérable et glorieux pour une maison d'éducation, surtout dans un jeune pays comme le nôtre. Et ce titre, le Séminaire de Nicolet pourra le porter avec une fierté légitime; car, durant le siècle qui vient de s'écouler, il a accompli de grandes choses pour la religion et la patrie. A une époque où notre nationalité, où nos libertés religieuses et politiques
étaient menacées, il nous a donné de nombreuses générations de prêtres pieux et éclairés, de laïques instruits et armés pour les combals de Ja vie publique. Des prélats illustres, des hommes politiques éminents, des savants et des écrivains distingués, sont sortis de son sein, et lui forment une couronne d'honneur.
Le supérieur de Nicolet, M. l'abbé Douville, a pensé avec raison qu'il convenait, à l'occasion d'un si mémorable anniversaire, de rappeler dans une œuvre historique les origines, les développements, les épreuves et les succès de cette belle institution. Les deux volumes de l'Histoire du Collège-Séminaire de Nicolet, qu'il vient de publier, seront accueillis avec joie, non-seulement par les anciens élèves de cette maison, mais aussi par tous ceux qui s'intéressent au progrès intellectuel de leur pays.
Le nom d'un humble curé de campagne et celui d'un grand évêque, brillent au frontispice de ce livre, M. l'abbé Brassard, curé de Nicolet, et M Plessis, évêque de Québec, voilà les deux fondateurs de Nicolet. Au premier l'honneur d’avoir jeté en terre la semence : au second la gloire de l'avoir arrosée, protégée, de l'avoir fait grandir et fructifier par ses soins vigilants et son dévouement inlassable. Comme beaucoup de grandes œuvres, le Collège de Nicolet est né dans l'obscurité, dans la faiblesse, dans le dénûment. C'est ce que fait ressortir l’auteur, après avoir montré combien précaire paraissait tout d'abord la fondation nouvelle: « Tel fut, dit-il, le début, bien humble, et on pourrait même dire «assez risqué, du Séminaire de Nicolet, qui compte « vaillamment aujourd'hui son siècle d'existence.
« Une simple école paroissiale, à laquelle vint se « joindre une classe latine d’une vingtaine d'élèves, sous «la direction d'un séminariste sous-diacre, dans nne
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« maison de 40 pieds et à un seul étage, sans autre res- «“ source qu'une maigre pension de 36 piastres payée par « chaque écolier et un subside de 8 piastres par élève « latiniste fourni par la caisse ecclésiastique : voilà la « première origine de cette institution. »
Rien de plus attachant que de suivre, dans le récit de M. Douville, la croissance de cette œuvre si faible au début. En dépit de tous les obstacles, de tous les revers, sous la forte impulsion de M Plessis, on la voit grandir et prendre l'essor. ‘Des apôtres et des éducateurs remarquables viennent lui apporter leur Concours et lui consacrer la flamme de leur zèle et la fleur de leur intelligence. Voici M. Raimbault, voici M. Léprohon, voici MM. Désaulniers, Ferland, Caron, Laflèche, Maurault, pour ne parler que des disparus. Cette succession d'hommes éminents assure le succès de l'institution, et l'entoure d'un éclatant prestige, noblement maintenu par les hommes dévoués qui la dirigent aujourd'hui. :
En parcourant ces pages, écrites d'un style facile, élégant et parfaitement approprié au sujet, on se sent pénétré d'une émotion salutaire et d'une généreuse fierté. Voilà donc ce qu'ont fait pour leur Pays, pour notre chère patrie catholique et française, ceux qui nous ont précédés dans la carrière. Noble exemple, enseignement précieux ! A nous de marcher sur les traces de ces devanciers glorieux et de ne rien négliger pour conserver développer, fortifier et perfectionner l'œuvre nationale qu'ils ont accomplie.
En publiant son Histoire du Séminaire de Nicolet, M. le chanoine Douville a fait un beau livre et une bonne action. Et, en même temps, il a élevé à la gloire de l'illustre maison à laquelle il a consacré sa vie, un monument non moins durable que le monument de
granit dont la gratitude des anciens élèves va faire hommage à l'Alma Mater.
De son côté, l'Evénement du 10 juin, par la plume de son jeune et brillant rédacteur, M. Dumont, qui assistait à la fête, publiait un premier-Québec qui a naturellement
sa place ici :