‹ Le Séminaire de Nicolet [microforme]Chapitre 37 sur 52 · QUÉBEC-NICOLET · texte numérisé non relu

QUÉBEC-NICOLET

Plusieurs de nos citoyens, et des plus éminents, sont aujourd'hui à Nicolet groupés autour de leur Alma Mater pour en célébrer le centenaire. La fête sera belle, Cent ans de sacrifices, de dévouement et de mérites constituent une étape importante dans la vie d'une inslitution, et, supérieur, professeurs et élèves semblent avoir rivalisé de zèle pour en marquer le couronnement par un témoignage mémorable de reconnaissance et d'hommage. Nicolet verra des représentants de la fine fleur de notre race. Archevèques, évêques, prélats, juges, avocats de distinction, médecins éminents, financiers, hommes politiques, professeurs, littérateurs : la société ‘anadienne-française y figurera à tous les dégrés.

Québec est de la fête, non-seulement par le concours. des anciens élèves qui sont devenus ses citoyens, mais aussi par le souvenir. Québec est de toutes les réjouissances, a-t-on dit. Certes oui, et c'est parce que Québec fut toujours comme aujourd'hui encore de tous les dévouements qu'elle est nécessairement de toutes les commémorations. Longtemps le seul siège de l'église ‘atholique du Canada, elle fut, surtout dans le domaine religieux, le centre d'où rayonna par tous les pays, l’esprit de clairvoyance, de dévouement et de générosité qui sauva notre nationalité.

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Le Collège de Nicolet en particulier lui dut autrefois lu vie intellectuelle et matérielle. Et quand Me Bégin, digne successeur des Denault, des Plessis, des Panet, officiera, ce matin, à la messe du centenaire, il nous seinble que les vieilles voûtes du premier séminaire bâti par Me Plessis

et qui existent encore, alterneront avec les nouvelles

que rêvait déjà pour son œuvre de prédilection le grand

évêque, lorsque la mort l'enleva à l'admiration de son Pays, - pour répercuter jusqu'au ciel l'hymne de reconnaissance chanté Par son successeur.

Quel que soit le fondateur véritable du Séminaire de Nicolet, M. Je curé Brassard, qui fonda l'Ecole latine, germe de ja grande institution qui compte maintenant comme l'une des plus Tortes de notre province, soit Me Plessis, dont l'ardeur enthousiaste eut vite fait d'élargir l'œuvre du curé de Nicolet, l'un et l'autre sont de Québec par le plus intime de leur vie: M. Brassard par la naissance, car la famille Brassard était originaire de Québec, —M# Plessis par son glorieux épiscopat. Et si l’écoleembryon du Séminaire fut sauvée de la disparition dont

‘la ménaçait une informalité légale, ne le doit-on pas encore à la générosité admirable de la famille Brassard, qui abandonna à Monseigneur de Québec tous les droits qu'elle pouvait avoir à la succession ?

Tous ces faits, que nous ne rappelons

esprit d'orgueil de clocher, vont à démontrer combien Québec fut intimement lié

avec le temps, l'institution plus illustres évêques. Car si un enfant de Québec, il doit sa vie ensuite à Mer Plessis, é-équc de Québec; et pour le comprendre, il ne suffit pas de savoir que M Plessis s'intéressa au progrès de cette maison, il faut reconnaître

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que cet intérêt fut constant, de chaque jour, de chaque minute, passionné. Saisissant d'un coup d'œil l'importance capitale d'avoir au centre de la province une grande institution, cupable à un moment d'appuyer celles de Québec et de Montréal, il voua au suceès de cette œuvre l'énergie, l'entrain, l'enthousiasme que sa belle nature apportait à toutes les conceptions de son esprit si patriotique. Avec quel soin il choisissait les prêtres qu'il destinait à seconder ses desseins! Avec quelle attention il les suivait dans leur tâche! S'ils craignaient, il les rassurait, s'ils hésitaient, il les poussait d'un cri de son enthousiasme. Et le Collège s'agrandissait avec son argent. Il voyait à tout, fournissait presque tout, se préoccupait jusque de la table de ses enfants, leur achetait du blé, prévoyait toute les anxiétés que pouvait lui faire pressentir la moindre influence devinée par son génie sans cesse aux aguets. Il n'y eut jamais de père plus attentif, plus prévoyant pour ses enfants. Et sa générosité! Non seulement il paya les frais de construction, mais il maintint encore huit à dix élèves au Collège à mème sa bourse. Quand il mourut, après avoir eu le bonheur d'obtenir la reconnaissance civile de l'institution, songeant toujours à la reconstruction devenue nécessaire, dont il parlait depuis longtemps dans ses lettres aux directeurs de la maison, il laissa encore à Nicolet tout ce qu'il possédait.

Sa mort causa un vif chagrin en même temps qu'une profonde anxiété parmi le personnel de Nicolet. Le progrès matériel du Séminaire n'était pas encore assez sûr pour lui permettre de voguer seul, à travers l'avenir chargé d'incertitudes de toutes sortes.

Mais l'influence de M Plessis était de celles que la mort n'emporte point avec sa victime. De l'âme de M" Plessis pour Nicolet avait passé dans celle de ses

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