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que ce fut la résidence, car, si c’eût été son intention de marquer la vaste propriété domaniale des Religieux, il n'aurait pas ainsi placé ce mot à la limite-ouest de la seigneurie.
Quoi qu'il en soit de ces opinions, toutes deux soutenables, il est certain que les Jésuites fixèrent leur première résidence au confluent de la rivière Saint-Charles et du ruisseau Lairet. Mais, avant d’asseoir les bases d’un édifice, ils prirent solennellement possession du terrain par une cérémonie religieuse solennelle. Les Récollets et les Français assistèrent à la fête qui eut lieu le premier jour de septembre 1625. Une eroix fut plantée et consacrée par les prières de l'Eglise. Après le diner, chacune des personnes présentes se mit à l’œuvre, les unes pour jeter quelques arbres par terre, les autres pour remuer quelques pelletées de terre, tous pour avoir la consolation de dire qu'ils avaient mis la main à la nouvelle ertreprise. Dès le lendemain, l'on se mit sérieusement au travail. La direction en était confiée au Père E. Massé, l’ancien ministre de la Flèche, que son savoir-faire en ces matières avait fait surnommer “le Père utile”. Celui de ses frères qui lui prêta le concours le plus efficace, fut le Père de Brébeuf, qui, grâce à sa forte constitution, était plus à même de le seconder.
Les froids et les neiges de l'hiver vinrent interrompre pendant quelques mois l'œuvre de la construction. Vers le milieu du carême cependant les travaux préliminaires furent repris et poussés avec activité. Le Père C. Lalemant s'était entendu avec les charpentiers de l'habitation de Québec pour utiliser leur aide, si leur chef y con-
. sentait. Celui-ci obtempéra de fort bonne grâce à la demande du
Père, et les ouvriers se mirent à la besogne en dépit de la neige qui gênait encore leurs allées et venues. Ils abattirent les plus gros arbres de la forêt voisine, en équarrirent plus de vingt-cinq, scièrent plus de trois cents planches, et firent tant et si bien que le lundi de la semaine sainte, 6 avril 1626, la cabane, —c'est ainsi que l'appelle le Père Lalemant,—destinée à recevoir les missionnaires Jésuites, était terminée et habitable.
Par une coïncidence digne d’être mentionnée, le jour même où les Jésuites avaient repris leurs travaux de construction interrompus l'automne précédent, Henri de Lévis, duc de Ventadour, et vice-roi de la Nouvelle-France, leur faisait une concession de toutes les terres contenues entre la rivière de Beauport et le ruisseau Saint-Michel, formant une superficie d’une lieue de front sur quatre de profondeu:. Le document vice-royal avait été signé et scellé le 10 mars.
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Le don était irrévocable, perpétuel, et ne renfermait aucune charge. Les Jésuites étaient autorisées à bâtir, si bon leur semblait, une habitation, demeure, noviciat ou séminaire pour eux-mêmes et pour ÿ élever et instruire les enfants des Sauvages. Comme l'intention des Pères était de donner de l'essor à l’agriculture, négligée jusque là, afin de trouver par ce moyen une plus grande facilité d'existence, ils commencèrent dès l’année suivante à défricher les terres voisines de leur couvent et firent même quelques semences. Ils suivirent chaque année la même ligne de conduite qui était bien la plus sage et la plus prudente, car, si les premiers colons se fussent adonnés à l'agriculture, au lieu de commercer avec les aborigènes, Québec eût pu résister à l'invasion des frères Kertk en 1629. Rendons cependant aux Récollets et à Louis Hébert le témoignage d'avoir mieux compris les besoins de la colonie, en faisant quelques défrichements dès leurs arrivée au pays. L'éloge que Champlain fait à l’adresse des Jésuites à cet égard mérite d'être cité: “Ils n'ont perdu aucun temps, dit-il, comme gens vigilants et laborieux qui marchent tous d’une même volonté, sans discorde, qui eut fait que sous peu de temps, ils eussent eu des terres pour se pourvoir et nourrir et passer des commodités de France ; et, plût à Dieu que, depuis vingt-trois à vingt-quatre ans, les sociétés eussent été aussi réunies et poussées du même désir que ces bons Pères : il y aurait maintenant plusieurs habitations et ménages au pays.” (1)
Mais les Jésuites ne s’occupaient pas seulement d'agriculture. Durant les quatre premières années de leur séjour au Canada, ils travaillèrent ardemment à l'avancement spirituel et temporel de leurs compatriotes, nonobstant les difficultés que leur suscita Emery de Caën, huguenot doublé d'un fanatique. Ce qui faisait dire au Père Charles Lalemant, dans une lettre à son frère Jérôme en date du ler août 1626 : “ Le secours qui nous est venu de France est un beau commencement pour cette mission ; mais les affaires ne sont pas en tel état que Dieu puisse y être servi fidèlement. L'hérétique y a encore autant d'empire que jamais ; c'est pourquoi je remercie le P. Noirot afin qu'il active ce qu'il à commencé.” (2)
Le Père Noirot venait en effet d'arriver à Québec avec le Père Paul de Noïüe, le Frère Gaufestre et vingt hommes de travail. C'était un précieux renfort et pour le spirituel et pour le temporel.
(1) Voyages de Uhamplain.
(2) Relation de 1626, p. 7.
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Mais comme il fallait des vivres pour alimenter tout ce monde, et comme il était urgent de faire cesser les vexations de de Caën et de ses créatures vis-à-vis des religieux et des catholiques, il fut décidé que le Père Noirot, homme d'action, repasserait immédiatement en France. L’Allouctte, petit batiment de soixante tonneaux qu'il avait frété en France, reprit bientôt la mer, et les Jésuites attendirent jusqu'au printemps suivant pour connaître le résultat de ses démarches. Guillaume de Caën et son neveu Emery étaient mal disposés. Leur influence à la Cour était telle que le P. Noirot ne put, obtenir aucune des réformes qu'il avait deinandées au nom de sa Compagnie. Champlain n'avait pas été plus heureux dans son voyage précédent, Les marchands de Québec restaient encore les maîtres.
Le Père Noirot ne se découragea point. Il fit charger l'Allouette de provisions, et déposer plusieurs ballots dans un des navires des de Caën en partance pour Québec. Pour comble d’infortune, le petit vaisseau des Jésuites ne put se rendre à destination, et Emery de Caën fit enlever du sien et déposer sur le quai les ballots du Père Noirot. Quand cette nouvelle parvint aux oreilles des Jésuites, ils résolurent aussitôt de renvoyeren France leurs vingt ouvriers, eë de ne garder avec eux que cinq personnes et un frère, afin que la résidence de Notre-Dame-des-Anges ne restât pas dans un complet abandon. Les Pères Massé et de Noïüe restèrent seuls à Québec, tandis que le Père de Brébeuf recevait l’ordre de quitter les Hurons chez qui il s'était rendu l'année précédente, et que le Père Lalemant accommodant ses frères du mieux
retournerait, dans son pays.
qu'il put.”
Quelque temps après son arrivée à Québec, en 1625, le Père de Brébeuf, qui brûlait de se livrer au plus tôt aux missions huronnes, obtint la permission de suivre un parti d'Algonquins dans leur chasse d'hiver, Il passa cinq mois au milieu d'eux, étudiant leur langue, et partageant leurs fatigues et souvent leurs privations. Quand il revint à Québec le 8 avril 1626, mercredi de la semaine sainte, ses confrères étaient entrés depuis deux jours dans leur nouvelle demeure.
“ La maison n'était pas grande, écrit le Père Martin ; elle ne mesurait que treize mètres sur neuf. On y avait ménagé une petite chapelle dédiée à Notre-Dame-des-Anges à l’occasion du tablenu qui la décorait, et qui représentait la sainte Vierge saluée par les chœurs des Anges. Ce nom franchit l'enceiste sacrée, et s'étendit bientôt.
PAROOE VENU
à tout le terrain concédé aux Jésuites ; après deux sièeles et demi il le porte encore.” (1)
Nous avons vu que les Récollets avaient affecté à leur couvent de la rivière Saint-Charles le nom de Notre-Dame-des-Anges. Ils avaient dédié leur chapelle à saint Charles en l'honneur de M. Charles de Bouës, grand-vicaire de Pontoise, et insigne bienfaiteur de leur communauté canadienne. Le Père Jérôme Lalemant avait de France, conseillé à son frère de mettre la nouvelle résidence des Jésuites sous la protection de la Vierge aux Anges, et l’on constate dans la Felation de 1626, écrite de la main du Père Charles Lalemant, que les deux frères étaient unanimes à s'entendre sur ce choix. Ce nom fut donné au monastère et à la seigneurie, et il est resté pour désiyner encore une fraction de l’ancien domaine.
Les diverses résidences des Jésuites au Canada et dans le golfe Saint-Laurent étaient primitivement entretenues aux frais de la Compaguie de Ja Nouvelle-France. Il n’y. eut que celle de Notre-Damedes-Anges, inaugurée avant la création de cette Compagnie, qui s’'appuyait, pour subsister, sur la libéralité du marquis de Gamache. Réné Rohault, gentilhomme de Picardie, se sentant une vocation éprouvée pour l'état religieux, voulut, avant d'entrer chez les Jésuites, consacrer son patrimoine au salut des âmes. Le marquis de Gamache, son père, fit offrir aux Jésuites, en 1626, une somme de seize mille écus d’or pour fonder un collège à Québec. Le Père Vitelleschi, général de l'Ordre des Jésuites, accepta au nom de la Compagnie ce cadeau qui venait en temps opportun. Si les Pères de la mission du Canada ne commencèrent pas ce collège dès les années suivantes, ce fut à cause des malheurs qui vinrent assaillir l'habitation de Québec, et forcer les religieux à repasser en France.
La colonie commençait déjà, en 1626, à ressentir les aiguillons de la famine, qui devinrent encore plus douloureux durant les trois années qui suivirent. “Il y avait dans l'habitation, écrit le Frère Sagard, quatre-vingts bouchesdontles dents croissaient comme l'herbe en bonne terre, faute d'avoir de quoi les employer.” La Compagnic des Cent-Associés avait tenté de sauver Québec en envoyant M. de Roquemont avec des provisions et des hommes. La flotte qu'il
(1) Le Père J. de Brébeuf, sa vie, ses travaux, son martyre parle R P. Martin, pages 38 et 39.
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commandait portait six missionnaires, dont trois Pères Jésuites : C. Lalemant, François Ragueneau et Philibert Noirot, deux frères Récollets, Daniel Boursier et François Girard, et un Frère Jésuite, Louis Malot. Quatre des vaisseaux de l’escadre tombèrent entre les mains des Kertk ; le cinquième où était le Père Noirot put seul échapper. Aussitôt remis en liberté, le P. Charles Lalemant se mit de nouveau en frais d'aller secourir ses frères du Canada dans la détresse. Il réussit à équiper un navire, et partit pour Québec avec les Pères Noirot et du Vieux-Pont et le Frère Malot. Le malheur voulut que ce vaisseau se perdit corps et biens près de Canseau ; le P. Noirot et le Frère Malot furent engloutis dans l'abime, Ce secours serait, en tous cas, arrivé trop tard, car Champlain venait de signer l'acte de capitulation de Québec, et les clefs du fort Saint- Louis étaient devenues la possession des frères Kertk. Les Récollets et les Jésuites durent reprendre le chemin de leur pays, et attendre que les négociations entre l'Angleterre et la France décidassent du sort de la colonie.
Le traité de Saint-Germain-en-Laye du 29 mars 1632 rendit le Canada à ses premiers maîtres. Les Jésuites, toujours anxieux de reprendre le cours de leurs travaux évangéliques interrompus d’une manière aussi cruelle, apprirent avec le plus grand bonheur la nouvelle de cette restitution. Les Capucins à qui le cardinal Richelieu avait tout d'abord confié la direction religieuse du Canada, ne voulurent point l'accepter, et provoquèrent eux-mêmes le retour des Jésuites dans leur ancienne mission (1). Le Père Paul le Jeune, nommé supérieur, s'er.barqua pour le Canada en même temps que le Père Paul de Noüe et le Frère Gilbert Burel Dans le même temps les Pères Daniel st Davost allaient se fixer au poste de Sainte-Anne du Cap-Breto. Quant âu Père de Prébauf, il ne put revenir au milieu de ses chères ouailles du pays des Hurons que l’année suivante (1633). Il remplit dans l'intervalle les fonctions de procureur dans le petit collège de la ville d'Eu, qui avait été fondé par le dne de Guise le Balafré.
Les Pères Le Jeune et de Noïüe trouverent leur couvent de Notre- Dame-des-Anges presque en ruines : les fenêtres et les portes avaient été enlevées durant le séjour des Anglais à Québec. Cepen: dant tout avait été laissé dans le plus parfait ordre, et les Kertk s'étaient engagés à ne pas laisser détruire cette maison que les
(1) Archives de Québec.
Jésuites croyaient pouvoir utiliser un jour. Le Père Le Jeune, qui
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la visiti én arrivant, en a laissé une description telle qu'elle était avant qu'elle fût abandonnée :
“Lai maison, dit-il, est à deux cents pas du rivage.
quatre chambres basses. La première est la chapelle ; la seconde le
Elle forme
réfectoire, et, dans ce réfectoire, sont nos chambres, deux petites pas-
sables, de la grandeur d’un homme en carré; deux autres qui ont
chacune sept à huit pieds, mais deux lits en chacune. six personnes étroitement.
Voilà pour Les autres, quand nous étions tous
ensemble, couchaient au grenier ; la troisième sert de cuisine ; la
quatrième de chambre à nos gens.
à-vis, mais il a été à moitié brûlé par les Anglais. vrir la maison, car il pleut et neige partout.”
Il y avait même grandeur vis- Il faut recou-
Voilà, ajoute Parkman, le berceau des grandes missions du
Canada !
Les nouveaux arrivants se mirent aussitôt en frais de réparer
les désastres de leur maison, afin de la rendre habitable sous le plus
court délai.
Au mois d'août qui suivit leur arrivée à Québec (16:32),
ils étaient assez bien installés pour recevoir à diner le sieur Emery
de Caën, chargé per interim du gouvernement de la colonie fran-
çaise. L'autocrate huguenot était revenu à de meilleurs sentiments,
et le roi lui avait accordé cette faveur de revenir à Québec pour
qu'il refit ses finances.
Au mois de juin de l’année suivante, Champlain arrivait à Québec
et prenait les rênes du pouvoir. Il avait amené avec lui deux Pères
Jésuites,
inemont Massé et Jean de Brébeuf. Ce
renfort était
précieux, car les deux religieux venus l’année précédente avaient
eu tout le fardeau à supporter.
Bien qu'il ny eût à Québec
qu'un petit nombre d'habitants, leur présence au milieu d'eux
était presque indispensable.
Ils célébraient la messe du diman-
che à la haute-ville, et la semaine ils faisaient les offices à leur
couvent
de Notre-Dame-des-Anges.
Les pauvres . colons qui
avaient été privés de secours religieux pendant près de trois années, se félicitaient hautement de se voir desservis d’une manière aussi Les Pères léur tenaïent lieu à li fois de pères spirituels et d’aviseurs temporéls.
L'arrivée des déux nouveaux ouvriers évangéliques fut le comtiencement d’une ère de progrès dans l'œuvre des missions sauva-
régulière,
ges. Les jésuites fondèrent, cette année-là (1633), la résidence de
la Conception aux Trois-Rivières, et celle de Saint-Joseph à Fhona-
qui ele
‘me e le )A5ont our ous a visou-
du
1rer lus 32), LETYy "AN n5is, Jour
‘bec res tait ient bec eux anleur qui ces,
1els )n-
de
PME" | es
tiria, dans le pays des Hurons. Les résidences de Saint-Charles de Miscou et de Sainte-Anne du Cap-Breton venaient aussi de s'ouvrir. Mais elles relevaient toutes directement de la Compagnie de la Nouvelle-France.