LE SÉMINAIRE DES MISSIONS-ÉTRANGI^RES
lions pieuses. Le nombre total des missionnaires de la Société s'élevait alors à cinquante-huit. En France, neuf directeurs, deux anciens missionnaires, et quatre jeunes prêtres partis depuis plusieurs semaines pour les missions. En Chine, deux évoques et cinq missionnaires, neuf missionnaires au Tongking, deux évoques et quatorze missionnaires en Cochinchine, un évoque et deux missionnaires à Siam, un évêque et sept missionnaires à Pondichéry *.
Les sommes dépensées chaque année par le Séminaire de Paris pour le soutien des missions et l'entretien des missionnaires étaient les suivantes :
Au Su-Tchuen, 240 piastres' étaient données au vicaire apostolique, 120 piastres à chaque prêtre français de la même mission , 200 piastres pour être employées aux frais des voyages des courriers envoyés à Macao. Les prêtres indigènes ne recevaient rien du Séminaire, les chrétiens les entretenaient et parfois le vicaire apostolique les aidait de 8 de 12 ou même de 16 piastres, selon la modicité ou labondance dès ressources de leurs paroisses, « car grâce à l'esprit de pauvreté et de sacrifice des missionnaires, ils pouvaient disposer d'une partie de leur viatique, puisque chaque missionnaire ne gardait que 40 piastres: févêque d'ailleurs donnait l'exemple, il n'en conservait que 80, avec le reste il soutenait les séminaires, les écoles, l'imprimerie, les catéchistes et les baptiseurs. »
Au Tongking, en Cochinchine et à Siam, la répartition était différente ; le vicaire apostolique de chacune de ces missions ne recevait que 200 piastres, les missionnaires 100, et la mission 200'.
Passant ensuite aux fondations, M. Boiret en faisait un relevé complet, leur nombre était de 57; tous les donateurs demandaient une ou plusieurs messes pour eux et pour leur famille ; le total des messes demandées était de 2864 dont 985 devaient être célébrées dans les missions et 1879 au séminaire.
* Pour avoir dans ce dernier vicariat le nombre exact des préires que soutenait le Séminaire il faudrait ajouter les treize anciens jésuites restés dans les Indes où ils travaillaient avec les missionnaii'es des Missions-Etrangères sous la direction de Me Brigot.
■ La piastre vaut environ 5 fr. tantôt plus, tantôt moins, selon les variations du cours.
« Arch. M.-^. vol. CCXXXH, pp. 63, 64.
Parmi ces fondateurs, nous distinguons le nom de plusieurs directeurs du Séminaire et de plusieurs missionnaires : M. de Meurs, M. de Mondory, M. Ouyart, M. Tremblay, etc., et le nom de plusieurs personnages célèbres à divers titres : Madame d'Aiguillon, M"" de Bouillon, Madame de Pôntchartrain, née Marie de Maupeou, Madame d'Aligre femme du second président du Parlement de Paris, Fouquet, «conseiller ordinaire du roi» chancelier et intendant des ordres de Sa Majesté » dont la fondation est du 10 mai 1659*, .le duc Louis d'Orléans qui, en 1750, constitue au Séminaire une rente de 2000 livres*.
En môme temps que les directeurs envoyaient ces renseignements à Rome, ils essayaient de détourner le coup dont ils se sentaient menacés en France ; ils composaient un mémoire sous le lilre : « Observations sur rétablissement des Missions- Etrangères adressées à l'Assemblée nationale » le faisaient imprimer, le remettaient d'abord aux membres du comité ecclésiastique, et ensuite à tous les membres de TAssemblée.
Dans ces observations écrites d'un ton modéré, sans flatterie ni récriminations, ne s'appuyant que sur des faits précis et indéniables, ils exposaient la constitution du Séminaire, les différences qui existaient entre la Société des Missions-Etrangères et les congrégations religieuses proprement dites, et terminaient en rappelant les services rendus à la France par les missionnaires et Tcstime qu'avaient pour eux les peuples étrangers.
€ La maison des Missions-Etrangères, disaient-ils, est Tunique établissement d'une Société de prêtres séculiers et toujours Français qui, sans aucune espèce de vœux, sans autres liens que ceux du zèle et de la charité, se destinent à porter les lumières de la foi et à publier la gloire du nom français dans les pays orientaux. Cette association ne peut être comparée à aucun corps ecclésiastique, ni réputée Congrégation. Il n'y a point de supérieur général qui ait autorité sur tous les associés. Le seul point qui les réunit, c'est la possession des biens en commun. Il est vrai que pour autoriser cette possession de biens en commun et pour en fixer l'administration, ils ont eu besoin de lettres patentes du roi.
* Cette fondation avait été faite avant que le Séminaire ne fut établie rue du Bac.
» Arch. des M.-E. vol. XXXV p. p. 387 à 4î)6.
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mais ils ont cela de commun avec des compagnies de négociants réunis pour des manufactures et autres objets, qui sont également autorisés par des lettres patentes*. »
Passant ensuite au Séminaire, à sa nature, à ses fonctions parliculières dans la Société, les auteurs du mémoire s'exprimaient ainsi :
< La maison des Missions-Etrangères établie à Paris n'est autre chose que l'hospice ou la maison de correspondance de toute l'association, le siège do l'administration et la retraite des individus ou associés que des infirmités ou autres raisons légitimes obligent de passer en France.
» C'est très improprement qu'on l'appelle Séminaire. Elle n'est ni pour disposer aux saints ordres, ni pour l'éducation publique, — on n'y reçoit que des prêtres ou des ecclésiastiques qui, ayant fini leurs cours d'études, y restent un ou deux ans pour éprouver leur vocation'... ensuite on les envoie dans quelqu'une des missions de Chine, Cochinchine, Tonquin, de Siam, la côte de Coromandel oii ils travaillent sous la juridiction spirituelle d'un de leurs associés qui est ordinairement évêque. Ils sont libres de quitter les missions dès qu'ils le jugent à propos. *
Ensuite ils énuméraientles services des missionnaires.
€ Sans parler des bienfaits qui résultent de leurs travaux apostoliques à la côte de Coromandel, en Chine, en Indo-Chine où ils comptent près de 300000 chrétiens; ils ne perdent pas de vue les intérêts de leur nation. Les services qu'ils lui ont rendus jusqu'ici et qu'ils peuvent lui rendre dans la suite seraient une raison suffisante pour former cet établissement s'il n'existait pas. »'
> Ils se sont toujours fait et ils se feront toujours un devoir de communiquer toutes les découvertes et connaissances utiles qu'ils acquièrent soit par les sciences, soit par la littérature, soit par le commerce. Ils ont donné lieu au négoce que la France a entrepris dans les pays Orientaux et à la formation de la première compagnie des Indes*.
» Ce sont eux qui ont obtenu du Roi de Siam, vers 1670, que les Français qui allaient fréquemment commercer ou hiverner dans le port de Mergui ne fussent point assujettis aux vexations des officiers Siamois. »
* Arch. M.-E. vol. XXXV. p. 362-364.
* Il n'en est plus ainsi ; au Séminaire des Missions-Etrangères, les élèves font maintenant toutes leurs études philosophiques et théologiques.
» Arch. M.-S. vol. XXXV p. 366.
* id. id. p. 367.
Et pour prouver la vérité de ces affirmations le mémoire citait M. Gouge qui avait sauvé le vaisseau la Galathée, M. Lelondal qui, à plusieurs reprises, avait grandement aidé les équipages des navires le Castrie, la Calypso, la Driade, le Pandour ; Tévêque d'Adran qui, s'il n'avait pu donner une colonie à la France, avait au moins empêché les Anglais de s'établir en Cochinchine :
« Les Anglais, les Suédois, les Danois, etc. continuait le mémoire, paraissent eux-mêmes reconnaître Tutilité de semblables établissements par raflfection qu'ils portent aux missionnaires et les services essentiels qu'ils leur rendent dans Toccasion, comme de les passer gratuitement sur leurs vaisseaux'. »
Les Directeurs n'oubliaient pas que la raison alléguée pour spolier l'Eglise avait été le mauvais état des finances, et ils faisaient remarquer que les richesses enlevées au Séminaire enrichiraient peu le trésor public.
« Nous n'avons que 65000 livres de revenu net y compris les dîmes qui rendaient de 12 à 13000 livres, une gratification du Roi de 15 000 livTes, une du clergé de 13 000 livres et quelques rentes sur des communautés religieuses et quelques maisons à Paris'.
> La nation française, concluaient-ils enfin, si grande dans ses vues, si féconde dans ses ressources, pourrait-elle être forcée pour une somme aussi modique, de détruire un établissement aussi utile et aussi honorable à la religion que glorieux et avantageux. Les prêtres de la Société des Missions-Etrangères ont une ferme confiance que la nation prendra sous sa protection spéciale leur établissement et en conservera la maison et les biens. Ce sera pour tous les membres de cette association un nouveau motif de rendre à la nation et à tous leurs compatriotes, avec plus de zèle que jamais, tous les services dont ils seront capables'. »
Ce mémoire dont le cardinal Antonelli écrivit à ses auteurs, qu'il lui avait paru écrit avec beaucoup de force , une égale prudence et sagesse* (30 juin 1790), eut tout le succès qu'on pouvait espérer en semblables circonstances. Au bout de sept mois, Lanjuinais, secrétaire du comité ecclésiastique répondit au
* Arch. M.-E. vol. XXXV, p. 369.
» id. id. vol. XXXV. p. 373.
» id. id. vol. XXXV, p. 374, 375.
^ id. id. vol. CCXX p. 297.
22 LE SÉMINAIRE DES MISSIONS-ÉTRANCf^IRES
supérieur du Séminaire (30 décembre 1790) : « Le comité ecclésiastique sup Texposé des prêtres des Missions-Étrangères établis à Paris a pensé que leur maison devait être considérée comme appartenant à une congrégation séculière etconséquemment comprise dans rajournement; il ne faut donc pas mettre leurs biens en vente jusqu'à ce que l'Assemblée nationale ait prononcé*. »
Dans l'intervalle un fait d'une gravité exceptionnelle avait eu lieu. « Il faut décatholiciser la France » avait dit Mirabeau, et cette parole, qui ne répondait que trop bien aux aspirations de la majorité de l'Assemblée, était devenus un ordre aussitôt obéi : aux mesures odieuses et vexatoires avaient succédé des mesures sacrilèges ; après la suppression des vœux monastiques et la spoliation du clergé, la conslituiion civile avait été décrétée.
Deux articles de cette constitution atteignaient le Séminaire : l'article XI du 1" titre, des offices ecclésiastiques, qui était ainsi conçu : « Il ne sera conservé qu'un seul Séminaire dans chaque diocèse, tous les autres seront éteints et supprimés. »
Dans l'article XXIV du titre second : de la manière de pourvoir aux offices ecclésiastiques, il était dit : « Le vicaire supérieur et les vicaires directeurs du Séminaire seront nommés dans un synode parla voie du scrutin individuel, et à la pluralité absolue des suffrages. » L'application rigoureuse de ces deux articles était la ruine du Séminaire des Missions-Etrangères.
Une note fut aussitôt rédigée par les Directeurs et remise aux évêques membres de l'Assemblée. Cette note montrait en substance la différence qui existait entre la maison-mère des Missions-Etrangères, et les séminaires diocésains; elle expliquait que les règlements faits pour les directeurs des séminaires ordinaires ne pouvaient être appliqués à ceux du séminaire des Missions :
€ Les Directeurs de ce Séminaire, étiut-li dit, doivent être des prêtres ayant Texpérience des missions, afin de former des missionnaires, de les instruire de ce qu'ils doivent savoir pour travailler avec fruit, de leur donner les connaissances qu'ils doivent avoir sur les pays païens. Or le synode d'un diocèse quelconque de France ne peut connaître les sujets qui ont ces qualités : il ne peut donc être chargé de les nommer.
« Arch. des M.-Tî. vol. XVXX p. 377.
PENDANT LA BÉVOLUTTOX 23
D'ailloiirs la raison pour laquelle les Directeurs et Supérieurs du Séminaire doivent être nommés par le synode diocésain auquel révoque préside, c'est qu'ils sont les vicaires de Tévêque, chargés de former avec lui et sous sa direction des prêtres pour son diocèse, mais les Directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères ne sont point les vicaires du diocèse où ce séminaire est établi, ils seraient plutôt les vicaires des évoques français répandus dans les royaumes de Chine, Tonquin, Cochinchine,. Siam, côte de Coromandel, pour qui ils sont chargés de former des sujets : il n'y a donc aucune raison d'attribuer au synode diocésain de Paris le choix des Directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères, mais il paraît nécessaire, de déclarer que ce Séminaire n'est pas compris sous l'article 24 du titre l et qu'il subsistera, du moins provisoirement, tel qu'il est à présent, ou s'il plaît à Nos Seigneurs d'y faire quelques changements, de déclarer qu'on y conservera toujours autant do Directeurs qu'il y a de missions et que ces Directeurs seront toujours tirés du nombre des missionnaires •. »
Cette note ne reçut aucune réponse officielle, mais les Directeurs furent laissés tranquilles jusqu'au mois de janvier 1791, époque à laquelle on leur demanda de prêter serment à la Constitution civile'.
Le président de la section du quartier s'adressa à M. Boiret « pour le tenter et savoir si quelque membre de la maison serait disposé à prêter cet infernal serment. » M. Boiret répondit négativement 9 avec une espèce d'indignation*. »
« Aucun de ceux qui habitent le Séminaire n'a voulu consentir à faire le serment civique, personne n'avait consenti à faire celui du 4 février 1790, répété le 14 juillet suivant et bien moins encore celui qui fut décrété le 27 novembre de la môme année. »
Ce refus aurait pu amener la fermeture du Séminaire, il n'en fut rien ; les Directeurs profitèrent de cette sorte de tolérance pour demander le passage gratuit de plusieurs missionnaires sur les vaisseaux de l'État. Le jour môme (iO février 1791) où cette
• Arch. M.-E.. vol. XXXV, p. 493, 494, 495.
* Personne n'ignore que cette constitution faisait sans rassentimeui de Rome, une nouvelle distribution des sièges; épiscopaux, ordonnait que les évéques, les abbés et les curés seraient désormais élus, etc , etc.. Le Pape la condamna formellement.
» M. Boiret, au cardinal Antonelli, 18 avril 1791. Arch. M. R., XXXV, p. 473.
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demande avait été adressée, le ministre de la marine el des colonies répondit au Supérieur :
« J'fti reçu la lettre du 10 de ce mois par laquelle vous demandez le passage aux frais de l'Etat, des séminaristes Lolivier et TreUchant, prêtres missionnaires, destinés pour la Chine. J'ai donné ordre au commissaire général k Lorient de profiter des premières occasions qu' se présenteront de les faire passer h, leur destination, mais il est nécessaire que vous vous concertiez avec lui, afin qu'il vous informe du temps précis où 11 faudra que les séminaristes l.olivier etTrenchant se rendent (lane loportoii, sans cette précaution, ils seraient exposés il faire un trop long séjour. « II partira un lifltiment pour la Chine il la fin du mois*. »
Une lettre analogue fut écrite huit jours plus tard pour accorder le passage à MM. Barreau et Lambert*.
Cependant les idées révolutionnaires et anti-calholiques gagnaient tous les jours du terrain, elles passaient dans le domaine des faits. Le 24 février, eut lieu à Paris le sacre [des évoques constitutionnels. Le 27 mars, Gobel fut installé évêque mélropolitaio de la Seine.
Le soir de cette cérémonie, les Directeurs du Séminaire furent •I sommés de vive voix et par écrit, et nifime avec de fortes menaces, de faire sonner la cloche de l'église, ils refus5i'ent constamment. A la fin de la semaine de la Passion, le 10 avril, la section fit fermer l'église haute et basse, de sorte que les prôfres de la maison en furent entièrement privés pendant six mois et obligés de célébrer ia messe dans leurs chambres*. »
Voici un extrait du procî's-verbal dressé à celte occasion el qui fut remis k M. Hody.
* Arch M.-E. ïol. XXXV. p. 379.
> Id. U. — Ji. 381.
» 1.1. la. — f, 473,
i j . 1 Bj m
« Nous avons fait (lemander messieurs les supérieur et procureur de la maison et à l'instant sont comparus M. Martin Hody, prêtre, supérieur d*icollo et M. Denis Boiret, prêtre, missionnaire de la Cochincliine, faisant fonction de procureur de la maison, en Tabsence du procureur, auxquels nous avons notifié Tordre et Farrôté du directoire du dépai't^^ment, du onze du présent mois, et celui du corps municipal, du quartorze, qui ordonne que toute église, autre que les églises paroissiales, sera fermée dans le jour, et à ce que les dits prêtres dos Missions-Etrangères n'en ignorent et aient h fermer leur église, la chapelle basse et une ])etite chapelle, au deuxième étage, et à ne s'en servir à aucun usage, ni public ni même particulier de leur maison, sous les peines portées, tant au décret de l'Assemblée nationale qu'aux susdits arrêtés.
> Et au sortir de l'église haute dont nous avons fait fermer les portes, nous sommes descendus dans la chapelle basse, au dessous do l'église, pour en constater les entrées et issues, et après être ressortis de la dite chapelle basse, nous en avons fait fermer devant nous toutes les portes.
» Enfin nous sommes montés dans une petite chapelle au deuxième étage, de laquelle nous avons également devant nous fait fermer la porte.
» Et avons laissé toutes les clefs des portes des dites églises haute et basse et do la dite petite chapelle à monsieur le Supérieur qui apromis de ne les rouvrir, dans aucun cas, sans une permission expresse ; et tant pour monsieur le Supérieur que pour mon dit sieur le procureur et pour tous les prêtres des Missions-Etrangères, en ce qui les concerne, avons laissé le présent extrait du procès-verbal qu'il a signé ainsi que monsieur susdit Boiret et messieurs susdits président et commissaire*. »
Barbara Secrétaire-greffier.
Ce ne fui pas tout, bienlôi une lellrc du ministre de la marine défendit au Supérieur du Séminaire « d^envoyer el de recevoir dans les colonies françaises, au-delà du cap de Bonne-Espérance, les ecclésiastiques qui n'auraient pas prôléle serment. » Un ordre semblable, si les Directeurs s'y étaient soumis^ ou si les autorités des colonies françaises l'avaient appliqué avec rigueur, aurait causé la ruine d'une partie de la mission de Pondichéry qui comprenait tout le territoire appartenant à la PVance, et peut-être de graves ennuis pour les missionnaires des autres missions, oblig^és de se cacher chaque fois qu'ils
* Extrait du procès-verbal du 10 avril 1701. Archives des Missions-Etrangèrea vol. XXXV, p. 385.
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relâcheraient dans un port français. Heureusement il ne fut pas exécuté. La fin de l'année 1791 et le commencement de 1792 se passèrent plus tranquillement qu'on n'eût pu l'espérer. L'église fut rouverte au mois de septembre, une ordination môme put y être faite; quelques jours plus tard, sept nouveaux prêtres furent envoyés en mission r MM. Langlois, Duval, de la Villegonan, Balthazard, Hébert, Dubois et Maille.
Les Directeurs crurent pouvoir alors essayer d'obtenir le paiement de l'allocation de quinze mille francs, que Louis XIV leur avait assurée et qu'ils n'avaient pas reçue depuis cinq ans ; ils s'adressèrent au ministre de l'intérieur qui leur répondit ;
< Il n'est pas possible de faire acquitter les quinze mille francs que vous réclamoz, pour l'année 1791, de la subsistance des Missions-Etrangères, sans que ce paiement ne soit autorisé par l'Assemliléo nationale. Je viens de mettre l'objet de votre demande sous ses yeux et dès qu'elle aura prononcé à cet égard, je m'empresserai de vous donner avis de sa décision'. »
ie ministre de l'intérieur.
B. C. CAineR.
Cette réponse équivalait à un refus.
Les sentiments de l'Assemblée, en effet, devenaient de plus en plus mauvais, ils se traduisirent, le 5 avril, par un décret qui supprimait les congrégalions régulières ou si^culières d'hommes et de femmes, et prohibail le porldu costume ecclésiastique; M. Boiret l'annonça en ces termes au Cardinal Antonelli'.
« C'est avec ta plus vive douleur, que jo suis obligé d'annoncer à votre Eminence les affreux décrets que l'Assemblée nationale h portés vendredi dernier, pendant qu'on célébrait dans les églises la mort de N. 8. Le premier est la suppression de toutes les congrégations et communautés séculières des deuï sexes, suivant le rapport qui en avait été fuit, et dont j'ai eu l'honneur d'en envoyer un exemplaire à votre Eminence. Lo second est la: défense & tous les religieux, religieuses et ecclésiastiques do porter le costume de leur étal, même dans leurs cloitrcs ; nous voilà, aussi enveloppés dans le désastre commun. Nous nous attendons ji ce que ces joups-cy, on vienne mettre le scellé dans notre maison et que nous soyons obligés de la quitter; ce qui nous embarrasse le plus, dans ces tristes circonstances, est de savoir comment disposer des cinq ecclésiastiques qui se préparent ù aller à nos missions et qui nous donnent de grandes espérances. *
PENDANT LA REVOLUTION 2t
Quoique ces décrets no fussent pas sanctionnés, ils furent cependant mis à exécution On commença par accomplir une partie de ce qu'avait autrefois proposé Treilhard, on mit les scellés sur la bibliothèque. Le jeudi, 3 mai 1792, Antoine-René Boucher, ofûcier municipal, se présenta au Séminaire et « en vertu d'un arrêté de la municipalité de Paris, du 27 avril, rendu, en exécution de celui du Directoire, du 17 avril, il fit appeler M. Hody, supérieur du Séminaire et M. Alary, directeur, chargé de la bibliothèque.
Tous deux, dit-il dans son procès verbal, m*ont conduit au quatrième étage, où ils m'ont ouvert ladita bibliothèque, dont le vaisseau consiste en une première pièce carrée, d'où Ton monte par quelques marches dans une ^ande salle où donnent deux cabinets, Tun à droite, l'autre à gauche, toutes lesquelles pièces nous avons trouvées pleines de livres. Ensuite j'ai fermé la porte à double tour dont j'ai gardé la clef et j'ai mis les scellés en deux bandes, dont chacune traverse d'un battant à l'autre de ladite porte ; et sur chacune des quatre extrémités des dites bandes, j'ai apposé mon cachet dont le fond est de deux dards en travers l'un do l'autre, noués par le milieu et Fécusson surmonté d'une couronne est supporté par deux daims . »
Toutes ces vexations qui se multipliaient et s^aggravaient, causaient aux Directeurs une vive inquiétude. Ils songeaient à s'établir tantôt en Flandre', tantôt en Italie\
Le 11 mai, M. Boiret reçut une lettre du cardinal Antonelli, qui rappelait à Rome, tout en lui laissant la liberté de rester à Paris, s'il le jugeait à propos.
Les Directeurs se réunirent en conseil, le lundi 14 mai, pour délibérer sur ce qu'il était opportun de faire. M. Boiret proposa de partir pour Rome, avec M. Descourvières, déclarant qu'il se chargeait des frais du voyage. Ce poste convenait à M. Boiret plus qu'à aucun des Directeurs; il avait habile Rome pendant plusieurs années, il y avait de nombreux amis, il était connu des membres des congrégations cl estimé des cardinaux : mais
• Extrait du procès-verbal du 3 mai 1792. Arch. M.-ïï. Vol. XXXV, page 487. « Arch. M.-E, vol. CCXIX, p. 607.
Id. XXXV, page 471.