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LE SÉMINAIRE DES MISSIONS-ÉTIUNGKUES

les évoiiemonls, ni moins atienlifs ù subvenir aux besoins des Missions.

Partis les premiers de Paris, pour se rendre à Rome, comme nous l'avons vu, ils dcmeuraionl à la procure Strada Felico, près le palais du cardinal Albani.

Quekiues jours après leur arrivée, le 4 septembre, ils oblinri^iil une audience du [)a[)e qu'ils racontent ainsi : c'est le récit, en langage ordinaire, de la réception à laquelle M. Boirel avait fait allusion en ce style imagé que nous avons fait connaîlre plus liant. « Sa Sainteté nous a témoigné qu'elle prenait la plus grand(* part à l'état actuel de notre établissem«Mi( et nous a assuré que tout ce qui serait possible Elle le ferait pour le soufien de notre œuvre. Elle s'est informée du nombre de nos missionnaires, de celui des Directeurs et enfin, comme Elle était vivement atrectée du triste état de la France, Elle nous en a \mv\6 pendant (fuelque temps, témoignant son estime pour le clergé de 1^'rance et surtout son admiration au sujet de l'unidU, de la fermeté des évôquc^s, de l'uniformité et de la beaulé de leurs mandemenis'. •»

L(* cardinal Antonelli s'occupait avec la plus grande bienveillanc'.^ de tout ce (|ui les concernait, même des plus petites choses. Il saisissait toutes les occasions de leiu' rendre service. « Il a obtenu gratis du pape^ raconh M. Boiret, une portion d'eau de source qui vient couler dans notre maison, ce qui est une commodité que d'autres auraiinit payée fort chèrement et r|ni était nécessaire pour avoir des locataires'.»

Mais ce n'élait là que de menus détails ; les Direcleurs avaient des préoccupations plus'graves. A la demande du cardinal, ils avaient déposé et remis à la Propagande un mémoire sur la constitution et le règlement du Séminaire des Missions Étrangères, sur les pertes que lui avait causées la Révolution et sur les moyens de les réparer.

Ce mémoire, qui contenait en grande partie ce que nous avons dit du Séminaire au début de ce travail fut jugé excellent, et M«' Zpndodari, secrétaire de la Propagande, parla immédiatement à M. Boirel de fonder un établissement en Itahe, et désigna môme la maison qui pourrait être donnée pour cet usage.

« Airh. d.'^ M.-M vol. XXXVI, p. :.7.

a U\. vol. XXXVI, i>. 57.

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PENDANT L\ llKVOLiniON i7

Bien des fois nous verrons les Directeurs revenir sur cette itlée d'établir un séminaire tantôt en Savoie, tantôt en Autriche, mais surtout en Italie, ils niutiplioront les flcmarches et les sollicitations, formeront plans sur plans, élaboreront projets sur prf»jets, sans pouvoir au milieu des incessants bouleversements de celle époque aboutir au résultat désiré.

Pendant les premiers mois de leur séjour à Rome, leur vie fut u>sez calmî. Autour d'e ix Ci^peadmton s'a^^itait beaucoup. Des nerents français venus à R')me sou lovaient des ambitieux ou des «rcns tarés pour accuser le gouvernement pontifical et môme Iravailler à son renversem;>nt. De son colé, le peuple resté fidèle au Pape montrait ouverlemenl sa haine contre les Français et leurs paï'lisans ; de temps à aulre Tordre public étiil troublé. Apri's II» meurtre de Biss3ville, reffervoscence fnlà son comble; les. Uireclenrs respeciés jusqu'alors, furent insultés et leur maison attaquée.

« Quoique nous soyons sortis plusieurs fois d:> l:i maison ces doux jours-là, dit M. D3Scouvières' en parlant dos troubles qui eurent lieu le 13 et le U janvier 1733, pM\sonn0 n3 nous dit ri?n dans les ra ^s ; mais le mardi soir au moment oii nous venions de rentrer, une troupe de populace s'assembla devant notre porte, faisant beaucoup de bruit, menaçant de la forcer et d'y mettre le feu. Quelques passants et surtout les ;;ons du cardinal Albani s'efTon/aient inutilement d'apaiser cette populace et de rcni4'airer à se retirer. I.e maître maçon qui a fait les réparations de cette maison vint â passer, et voyant qu'il ne pouvait rien obtenir lui-mêm'% il alla avertir le corps de prarde le plus voisin. On envoya tout de suit > une patrouille nombreuse qui dissipa cette troap? tumultueus3, mais il y en eut qui menacèrent de revenir, df sf>rte que nous fûmes oblijrés d'employer le crédit du cardinal Albani, p^ur av«)ir dans la maison, pendant la nuit et le jour suivant, une ^rardc de cinq hommes avec un caporal. Le matin du jour des Cendres, M. Boiret écrivit un mot au cardinal Antonelli pour lui exposer notre situation. Son Emincnco qui partait pour assister au Vatican, avec les autres cardinaux, à la cérémonie des Cendres, en parla au cardinal Albani, qui au sortir delà cérémonie devait avoir une audienc(> du pape et le pria d'en iaire part à Sa Sainteté.

* Ar<-li. .les M.-K., vol. CCXX, p. IM.

1^ l.F. SfiMINAlUK DKS MlS^IONS-KTIUMlliilES

« Le Saiiit-P6re dùjit liion alTIigêdc tout ce qui était nrrivû les jtmi-<i précédents, répandit des larmes quand ou lui raconta ce qui sV-fait passé ù notro porto ; il voulut que pour préserver notre maison d'une seconde insulte, on plaçât sur la porte le tal)leau de ses armes, auquel le cardinal Anton elli fit ajouter une inscription qui indique que c'est un hospice dépendant do la Propagande: nous restâmes quelques jours sans sortir, craignant qu'il n'y eût pas de sûreté pour nous dans les rues ; mais enRn un nouvel édit fit renaître le calme, les auteurs de ces émeutes furent réprimandés et punis, et depnis ce teraps-lii il n'e*t arrivé rion do semblable. »

Les Directeurs profilèrciil de celte Iriinquillilé pour lier connaissance avec plusieurs prôtrcs français ; enfr'autres avec M. La MoHie, !c frère de M'' La Molhe, évoque de Castorie. vicaire apostolique dti Tong-KIng Occidental ; avec l'abbé Maiiry devenu archevêque de Nicée, sur lequel ils portent ce jugement plus vrai alors qu'il ne fut plus t:ird : « Quoi qu'en disent l'envie pi la malveillance, ce prélat que nous voyons souvent fi Rome est plein de zèle et de piélé. »

Ils rendaient visite à Mesdames Adélaïde et Victoire, qui témoignaient à M. Boiret une bienveillance parliculiiire, jusqu'à lui envoyer leur médecin dans une grave maladie dont ît fui alteint, en 1784.

Le calme dont ils jouissaient fui profondément troublé en 179U. Bonaparte avait entrepris colto brillante campagne d'Italie qui 'levait révéler son génie à l'Europe étonnée. Il avait signé avec le xoi Victor Amédée 111 l'armistice de Clierasco, battu Beaulieu h Lodi, fait son entrée triomphale à Milan ; quelques mois plus tai-d, il avait vaincu les Autrichiens d'Alvinzi, à Rivoli, et fi la Favorite, et forcé Wurmser à capituler dans Mantoue.

Ces nouvelles plongèrent les habitants de Rome dans la consternation et l'angoisse. Afin d'apaiser la colère du Ciel et de détourner les maux qui les menaçaient, ils commencèrent par réformer leurs mœurs : comédies, spectacles et jeux furent inlerdits,des retrailes furent prôchées, «les confessionnaux des •> meilleurs confesseurs furent enlourés d'une multitude de " pénitents. En différents quartiers de la ville, on établit des ■- associations pour les hommes, des congrégations pour les » femmes, dirigées par les ecclésiastiques les plus fervents. On " viiyail -: 'opérer de pranflps resl ilnt ions, beaucoup de l'écnnei lia-

PENDANT hX UEVOLL'TION li>

►• lions, cesser quantilé de scandales. On faisait des processions »* dans lesquelles tout se passait avec ordre : les femmes y étaient »» exactement séparées des hommes; les grands, les prélats, les •> cardinaux et parfois même le pape y assistaient, d

En même temps on essaya de mettre le domaine pontifical en Otat de défense, on fît des armements considérables : les princes, les nobles, les particuliers même offrirent au pape des dons considérables afin de pourvoir aux frais des armements*.

Tous les préparatifs furent inutiles. Bonaparte entra dans les Homagnes, défilles troupes pontificales au combat de Paenza el imposa au pape le traité de Tolentino.

Ce traité ne servit qu'à aggraver la situation, legouvcrnemenl ponlifical épuisé par les sacrifices qu'on lui avait imposés, lutta plus péniblement encore contre les difïîcultés de tout genre. « Le »» papier, écrit M. Boiret, la seule monnaie en usage alors pour 9 les paiements considérables, perd la moitié et plus, c'est-à-dire, n cent pour cent. Les cédules qui tiennent lieu de monnaie con- »> rante prennent la route des assignats do France, elles perdent n plus de quarante pour cent*.

» Le peuple de Rome est bien éloigné de désirer la Révolution, ^> il n'y a qu'un petit nombre déjeunes libertins et déjeunes dé- » sœuvrés qui la veulent, mais malgré tous leurs efforts, ils n'ont j» pu gagner presque personne dans le peuple, au contraire, on » a eu bien de la peine à empêcher les gens de ce quartier qu'on ■ avait voulu pervertir, de mettre le feu au palais de l'ambas- » sadeur de France'.»

Cette surrexcitation que les révolutionnaires se plaisaient à provoquer, occasionna, le 28 décembre 1797, l'émeute dans laquelle périt Tadjudant général Duphot. A cette nouvelle, le Directoire après avoir fait arrêter le marquis Massino, ministre du Souverain-Pontife à Paris, ordonna à Berthier de marcher sur Rome et de ne traiter avec le pape que lorsque les troupes françaises seraient arrivées sur la place Saint-Pierre Au mois de février 1798, Tordre était exécuté.

La présence des Français, malgré les proclamât /ons de Berthier qui déclarait que la religion, les propriétés publiques

• Arch. des M.-K. vol. CCXX, p. 47:..

» I(L vol. CCXX, p. 477.

J M. vol. CCW, p. 50:..

\u:v. DKs Mi.-.-ioNS-i-:TnAM;i';iii:s

et parliculii.'1'cs seraient respectées, élait loin d'iilre |ioiip les Directeurs utio garantie de sécurilé. Ils s'empressèreul do prendre quelques mesures de prudence commandées par les circoiislances; leur maison qui uvail été achefOc au nom de la Siiciété des Missions-Elr.mgères lui mise au nom lie AI, Boirct, ils vt'CUi'pnt Iiv'S ruiirés, ne Qreut. pUis i|ue les visites absolument indispensables, prièrent les Directeurs de Londres et iio Paris de changer leurs adresses," parce que les lellres dont l'adresse est en français sont Irès suspectes, et de ne pas indiquer leur résidunee. <• Mêliez celle seule inscription : ùl ciltadino Dionisin Bnrclli, Huma'. « Ces ilei'nières précaulions furent i nul! les. M. Boiret faisait italianiser son nom, les employés de la posti; le francisi'rent, ouvrirent les lettres, tes lurent et les gardi'renl. M. Boiret et M. Descourvières restèrent six mois sans recevoir de nouvelles de Londres, de Paris l'I des Missions', aussi sonp-êrrnl-îls à quilter Rome. « Nous nous proposons d'aller eu quelqn'itulre endroit écrivaienf-iis, le :i aoflt 1798, où nous puissions corres|X)ndre plus aisément avor vous. Il y a longlemps que nous ilifférons, mais nos itffaires et rincertiludc du lieu qui nous serait le plus convenable ne imu3 ont pas permis d'pxéculor plus tôt ce dessein". » Iiii>nlùt en effet, ils se dirigèrent sur Venise oîi s'étaient retirés la plupart des cardinaux, pendiinl que Pic VI était cnuduit à Valence. Ils y l'elrnuvèrenl le grand ami de M. Boiret, le earrlinal Borgia" dont l'aeliviléaexpédierlesafraircsest très grande, ee qui est fort essentiel ol dont la générosité pour les missions est inépuisable'. " Le cardinal Borgia élait alors préfet de la Propagando, mais par suite des eirconstanees le Souverain Pontife avait divisé l'adminislralion des missions, il en avait donné une parlie au cardinal et noc autre partie à M s' Bran cadoru, le secrétaire de la Propagande, ("ette division metlail cpielques-uncs de« missions do notre Société sons l'aiitorilé du cardinal Borgia et les antres sous l'autorité de Me'' lîi'ancudoro. Il y avait à ce plan, J[ulicieu\ par beaucoup de côtés, un certain rmmhro de difrienll6s pratiques qiuîl'on n'avait pasiiper(^ue3 tout

' .Vrcli. d<-sM..R. ïol. CCXXI. p. 11, ' 1(1. vol, xxxvni, p, 3S.

' hl, vol. CCXXI |i. 11.

PENDANT LA UKVOLUTION 51

d abord, mais (jui surgirent sniccessivement ctciiie M. Hoirel se chargea d'exposer au Pape en demandant que toutes les missions de la Société, sans exception, fussent sous la dépendance directe du cardinal.

A toutes les raisons qu allègue M. Boiret et qui assurément ne manquent pas de valeur,peut-elre faudrait-il ajouter la grande amitié qui le liait au cardinal. Le prince de l'Eglise tenait en haute estime l'ancien missionnaire de Cochinchine, plusieurs fois par semaine il l'invitait à dîner, volontiers il lui exposait ses projels et lui demandait conseil. En retour de ces marques de bienveillance, M. Boiret avait voué au cardinal une aiTeclion profonde et un entier dévouement qui éclatent en plusieurs de ses lettres.

Pie VI ne put répondre à celle supplique, il venait de mourir à Valence, accablé par le malheur plus encore que par Tàge. La longue durée du conclave força les Directeurs de s'adresser à M&^ Brancadoro, mais sans que le cardinal Borgia cessât de leur rendre d'importants services. Son aclion s'exerça surtout pour obtenir le passage des missionnaires sur les vaisseaux, soit anglais, soit porlugais.

Envover des missionnaires en Extiôme-Orient élait, en effet, une des principales préoccupations cl des plus graves sollicitudes des Directeurs.

Les nations de l'Europe callioliiiues ou proleslanh»s, avaient presque toujours rendu volontiers service aux missionnaires, soit en leur accordant le passage sur les vaisseaux de l'Etal, soit en transportant les objets nécessaires au culle;niais à cette époque, coalisées contre la France, redoutant ses idées révolutionnaires et plus encore son esprit de conquête, craignant que la présence de nombreux missionnaires n'attirât les Français dans leurs colonies ou dans leurs comptoirs, elles ne montraient plus la même bonne volonté. Quehiues-uncs même, comme le Portugal, jugeaient assez mal tous les Français pour obliger les missionnaires, si, par hasard, elles leur accordaient le passage, à signer une formule condamnant les horreurs de la Révobdion.

">:; I.K :îK.MIN.\lilE llES JIISslUNs-ETIlAMiEHKS

Elle osl iiisti'uulivt) et siinfulitrtiiiiuiil l'aiilivante la liîcturi.' lies lettres que les Direclcm-s écrivent à celte époque, des réponses qu'ils rci;oiveiit, ainsi que le récit des démarches qu'ils font, des moyens qu'ils emploient pour obtenir soit [autorisation dcmbait[ueuicnt, soit des secours pour payer la traversée. Los obstacles politiques s'ajoutent aux difficultés religieuses et aux embarras d'argent pour arrêter le départ des nitstionnaires, mais rieu ne les déconcerte ou les d6coura(j>' : battus sur un point, ils essaient sur un autre, tii l'Anglet-crre refuse, ils s'adressent au Danemarck ; si le Danemarck allèguiquelque raison, il reste l'Espagne, l'Autriche, le Portugal ; si les évoques ne consentent pas à laisser partir leurs pi"êtres ils l'ont intervenir !a Propagande ((ui écrit au nonce de Madrid, à celui de Lisbonne, au chargé d'affaires du pape à Londres.

Les efforts de M. de Ghaumont à Londres s'unissentà ceu\ de M. Boiret à Rome, car de Siam, de la Chine, du Tong-King lit (les Indes arrivaient les cris de détresse de ceux qui tombent sans avoir la suprême espérance de laisser des successeurs pour continuer leur œuvre." Des ouvriers, des ouvriers, je vous en prie Monsieur ! Nous succombons et personne ne vicnl à notre secours, » écrit M. Corre. « Ne pourriez-vous pas bientôt nous envoyer des missionnaires ne fût-ce qu'un seul, nous sommes dans la désolation de voir qu'aprtrs nous nos missions n'auront personne pour les soutenir. «Ainsi parle M. Dnfresse. Dès 1793, M. de Ghaumont s'adressa à la Compagnie des Indes. Il se fit aider par M. Baillie, un banquier, par M. Edgewortli de Firmont « notre célèbre connnensal.» ainsi qu'il l'appelle, qui les recommande à un de ses amis, M. Hussey, le môme qui procura une place de chapelain à M. de Ghaumont, '. aumônier de l'ambassadeur d'Espagne, homme d'un grand crédit, d'un grand esprit et qui joint à cela un grand zèle pour la religion'. »

Il écrivit au ministre de l'intérieur lui envoyant la copie d'un mémoire adressé quelques semaines auparavant à la Compagnie des Indes et le priant de vouloir bien l'appuyer. Il remit copie de ce mémoire à l'évêque de Saint-Pol, M" de Lamarche, ii M"' Douglas, évéïpie de Genluries, vicitîro apostolique di'

PliNDANT LA. UÊVOLLTION 53

Londres, qui essayèrent d'intéresser Burke à leur affaire. Le grand orateur en parla au ministre qui lui répondit ne voir aucun inconvénient à ce que les vaisseaux anglais prissent à leur bord des missionnaires français. La Compagnie fil les plus belles promesses, mais quand vint le moment de partir elle déclara « que cette année on ne pouvait accepter des missionnaires à cause de l'ambassade envoyée à l'empereur do Chine, parce que Ton craignait qu'on ne sût, en Chine, qu'on a porté des missionnaires et que ce ne fût un obstacle au succès de l'ambassade*.» A cette objection, M. de Chaumont répondit que «si la Compagnie voulait accorder le passage, il promettait qu'aucun des missionnaires n'entrerait en Chine , qu'en conséquence la Compagnie ne pourrait être compromise. » a Mais celte observation et cette promesse n'ont produit aucun » effet. Que faire ? Adorer les desseins de Dieu qui ne permet » peut-être cette contrariété que pour le plus grand bien des » missionnaires'. ^>

Une autre lettre de M. de Chaumont prouve clairement irailleurs que les raisons alléguées par la Compagnie étaient de simples prétextes. « Si on eût fait, dit-il, pour l'Angleterre', ce qu'on a fait pour la France, nous serions assurés d'avoir le passage gratis. La Compagnie des Indes semblerait désirer que «quelqu'un de nous pût servir [d'interprète et rendre quelqu'autre service aux vaisseaux anglais qui vont en Chine, et à ce prix, le passage est non-seulement gratis, mais accompagné de quelques g^ratifications. Nous ne pouvons entrer dans ces vues, nous pouvons seulement promettre que si un vaisseau abordait sur les cotes où nous avons des missionnaires, et qu'il fût exposé à des dommages de la part des habitants, nos missionnaires se feraient un plaisir sensible de leur rendre tous les services possibles. >»

La Compagnie, comme on le voit, voulait que les missionnaires acceptassent de servir l'influence anglaise; ceux-ci ne le pouvaient ; Rome, en effet, leur a toujours interdit de se mêler aux questions politiques ; si parfois, ils s'écartent de cette règle

« Ai-rli.des M.-E. vol. XXXVII, p. i5.

> h\. vol. XXXVII, p. 107.

> M. vol. XXXVÏÎ, p. n.

5i LE SÉMINAIUE DES iMISSIONS-ÉTUANGEHES

générale, c'est qu'ils sont forcés par de graves molil's ou uno impérieuse nécessité : dans la circonstance présenle, il nVn était pas ainsi. Le pays dont on leur demandait de seconder les efforts était l'Anglelerre, or, travailler à développer rinflucncc anglaise, c'était aider le protestantisme et nuire à la France, aider le protestantisme, les missionnaires, prêtres catholiques ne le devaient pas; nuire à la France, ils ne le voulaient pus; môme en ces heures de proscriptions, d'exils et de massacres, la France restait toujours leur patrie, ils lui gardaient un inviolable amour.

M. de C4haumont s'adressa alors à un capitaine de vaissMii marchand, en partance pour Chandcrnagor. Celui-ci demanda cent guinées par personne, « mais la Pi'opagandc ne veut et ne l)Cut donner cent guinées, ainsi pas plus de possibilité d'envoyer à Pondichéry qu'en Chine*. •>

Il essaya d'envoyer des missionnaires par l'Espagne. L'ambassadeur d'Espagne à Londres lui répondit qu'il avait ordn» de refuser tous les passeports'. Do son côté, le préfet de lu Propagande averti par M. Boirct envoya une lettre au nonce (lu Pape à Madrid, le priant « d'obtenir de sa Majesté Catholique Tordre d'embarquement et de faire son possible pour obtenir, sur ses vaisseaux, le passage d'un prêtre des Missions-Étrangères de Paris envoyé pnr ses supérieurs'. » Le missionnaire que Ton désirait envoyer était M. Montalanl, docteur en lliéologie, ancien professpur do philosophie ou Petit-Séminaire d'Angers. Il était alors à Ôrense, à 200 lieues de Cadix où il devait s'embarquer. Quand il voulut quitter Orense, on lui déclara qu'il était défendu à tout prêtre fronçais de voyager en Espagne sans avoir un passeport. M. Monlalant en demanda un au capitaine général de la Corogne, le capitaine général répondit qu'il n'avait pas le pouvoir de lui en donner. Il écrivit au Ferrol. puis à Madrid; et finalement il apprit qu'aucun vaisseau ne partirait pour la Chine pendanlTannée. Il fut alors question de l'envoyer par les vaisseaux danois ou suédois, une autre difficulté se présentn. « Pour ce qui est

• Ai-ch. (U-s M -K. vol. XXXVII p. H.7.

a .\rch. des M.-S. vol XXXVI. p. 103.

» AiTh. dos M.-K. vol. rV\X. p. 2..

.nv

du Daneniarck et de la Suède, disaient ^IM. Boirct etDescourvières*, ces pays se comportent de manière à dégoûter tout à fait de penser à profiter de leurs vaisseaux ; comme ils sont connus pour favoriser ouvertement les Français, ils courent les plus grands risques d'ôtre arrôlés par les Anglais, de sorte qu'après de grandes dépenses et de longs voyages, les missionnaires qui auraient obicpu passage sur leurs vaisseaux n'en seraient pas plus avancés. » A la môme demande, la Compagnie suédoise répondit par une raillerie protestante « qu'après avoir échappé au martyre eu France, les prêtres ne devaient point aller le chercher en Chine'. »

Douloureusement affligé de ces insuccès multipliés, M. de Chaumont s'écriait' : « Tout a été complètement inutile, en vérité si Dieu n'a pas pitié de la France, nous aurons bien de la peine à perpétuer les missions. La Compagnie n'avait pas de religion, soit, mais c'était une vieille routine do passer les missionnaires et le roi pouvait ordonner. Que dire à tout cela ? Que le saint nom de Dieu soit béni, prendre patience et attendre des dispositions plus favorables de la Providence. »

Cependant soutenus par l'importance du but qu'ils poursuivaient, par la grandeur de leur ministère, par leur zèle pour le salut des infidèles, les Directeurs ne se découragèrent pas.

Un instant ils eurent l'espoir de réussir du côté de l'Autriche. On disait que l'empereur avait promis sa protection aux Missions-Etrangères, qu'il ne leur donnerait pas de maison et ne lesétablirait pas dans ses Etats, mais qu'il se chargerait de faire passer tous les missionnaires aux Indes. C'étaient assurait-on les propres paroles du nonce du Pape à Vieiine*. Interrogé à ce sujet par M. Boiret, le Préfet de la Propagande répondit « que rempereur avait l'intention de faire ce que faisait le roi de France pour les missions établies dans le Levant, en Turquie et en Egypte, mais que pour les autres il ne les aiderait pas. » L'empereur raisonnait et agissait comme beaucoup de souverains

• Arch. lies M.-K. vol. CCXX, p. 214.

> id. vol. CCXXL p. 250,

» id. vol. XXXVI, p. 180.

♦ id. vol. CCXX, p. 129.

56 LE SBMINAIHE DES MISSIONS-ÉTRANUÈIIES

comme beaucoup de gouvernements : il avait un iiilérôt politique à protéger les missionnaii-es cutrioliqucs dans des pays voisins de ses états, peuplés d'un grand nombre de ses sujets, il les prulégeait, il n'en avait pas à aider ceux qui allaient en Chine, il ne s'en occupait pas.

Enfin les Directeurs purent faire partirMM. Germain, Lesiradc et Souviron, le 7 février 1795. Le passage coûtait pour cliacun d'eux 50 livres sterling.

On leur rcmellait 10 livrer sterling pour les relâches, on les fournissait de linge de corps, on leur donnait des ornements et les objets néi'essaires au culte', quelques bouteilles de vin ou d'eau-de-vie pour les cas do besoin' parce que dans les vaisseaux anglais on n'en donne point, et ne boire que de l'eau pendant tou|e la traversée serait fatiguant'.

On comptait que le passage d'un missionnaire d'Angleterre à Macao coûtait 75 livres sterling avec les dépenses de fourniture et d'habillement qui étaient de 15 livres sterling.

L'année suivante MM. Gaillard, Barrault, Monlalant et Coessain, s'embarquèrent sur un navire marchand, mais en traversant le golfe de Gascogne le navire fut capturé par un corsaire français et conduit à Bordeaux. Les missionnaires bien traités par le commandant furent volés par les matelots ; à peine descendus à terre, ils furent enfermés dans une maison de réclusion où se trouvaient déjà douze prôlres ûgés et infirmes.

« La nation, écrivaientrits, ne nous donne que du pain noir el de l'eau, mais les fidèles ne nous laissent manquer de rien'. Nous sommes bien logés, en très bonne compagnie, sous la surveillance d'un concierge très honnôte homme, enfin jouissant de toutes les douceurs, hormis celle de se promener dans la ville*. » Malheureusement ce contre-temps les fitre venir sur leur résolution de partir pour les missions. Déjà à cette] époque les prêtres jouissaient, en France, d'une certaine liberté, le bien à faire était immense, les fidèles s'empressaient autour d'eux et

* Arch. des M.-E., vol, XXXVII, p. 303.

» Td, ïol.XXXVUl, p. lî.

I Id. \ol, Id. p. 21.

k Id. ïol. XXXVil, [,. 1S9

' lil. *ul. XXXVll, p. 101.

PENDANT LA UÉVOLUTION 57

les conjuraient de ne pas s'éloigner. Les missionnaires se laissèrent toucher, ils résolurent de rester.

M. de Chaumont essaya d'ébranler cette tardive et regrettable décision, il leur exposa les besoins des missions, plus grands que ceux de la France, il leur rappela que leur vocation avait été sérieusement et longuement étudiée, que ce contre-temps était loin d'être, comme ils le pensaient, une preuve que Dieu les voulait empêcher d'aller en Chine.

« Nous avons reçu, ehers confrères, vos lettres du 3 novembre, 31 décembre et 6 février, leur écrivait-il*, celle du 25 janvier ne nous est pas parvenue. Vous ne doutez pas que nous ne ressentions la peine la plus vive deTaccident qui vous est arrivé. La résolution que vous avez prise nous aftiige encore davantage, nous vous écrivîmes, vers le 20 février, afin de vous engager à suivre la carrière que vous aviez commencée. Je crains que cette lettre ne vous soit pas arrivée. Le besoin est extrême, vous le savez, la mort de M. La voué que nous avons aj)prise en février, l'infirmité de M. Liot, Taugmentation des néoph^i-es le rendent encore plus pressant. Votre vocation était jugée, le contretemps survenu no doit pas vous la faire manquer. Combien d'autres y ont été confirmés péir des événements à peu près semblables. Vous auriez pu demander un passeport pour prendre la route de quelquesuns de vos compagnons do voyage et d'infortune. Comme votre projet était connu de tout le monde, on ne vous l'aurait pas refusé, je pense. Vous sentez bien tout ce que je voudrais vous dire. Votre religion, votre zèle vous parlent encore plus éloquemment que je ne pourrais faire. Suivez-en l'impulsion. Pour moi, je m'en tiens à ce peu de mots. »

Cette lettre n'eut aucun résultat; les quatre prêtres demeurèrent en France, mais ils eurent soin de renvoyer à Londres l'argent et les objets qu'on leur avait donnés et qu'ils avaient pu sauver du pillage. Le départ de M. Escodéca de la Boissonnade ne fut pas plus, facile à obtenir. Parti d'Agen pour aller retrouver MM. Boiret ot Descourvièresqui étaient alors à Venise, M. Escodéca dut attendre pendant près d'une année le bon vouloir du consul de Portugal, et encore ne put-il s'embarquer que grâce aux lettres de recommandation du cardinal Borgia et de M»' Brancadoro*.

' Lettre de M. de Chuumont. Arch. des M.-E., vol, XXXVII, p., 208. a Arch. des M.-E. vol. CCXXI, p. IGT, \ij2, 278.

Ô8 LE SÈMINAIHE DES MISSIONS-ÉTHANGÈRES

Des obstacles d'un autre genre sajoutèrent à ceux que suscitait la question politique. Lorsque les évoques réfugiés à Londres purent prévoir que des jours meilleurs allaient se lever sur la France , que les exilés auraient bientôt le droit de rentrer dans leurs diocèses ou dans leurs paroisses, ils ne voulurent plus accorder à aucun prôtrc Tautorisation de partir. En vain leur répétait-on que la Chine était plus pauvre de prêtres que la France, que les besoins y étaient plus considérables , que les âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ s'y perdaient en plus grand nombre; en vain, suivant le conseil de M. de Chaumont , faisait-on appuyer les demandes par quelques cardinaux amis de M. Boiret* ; ils refusaient opiniâtrement. Ils acceptaient difficilement d'ailleurs l'ingérence de la Propagande et même du Souverain Pontife en semblable matière : « Nous sommes fort étonnés, écrivaient MM. Boiret et Descourvières , de la réponse de j'évêque de Saint-Pol-de-Léon à M. Rabeau, elle est une preuve de plus, que les plus grands hommes et les plus saints se trompent quelquefois dans les choses où les hommes ordinaires ne se tromperaient pas. N'est-il pas évident que le pape ayant juridiction sur toute l'Eglise et étant chargé spécialement de pourvoir aux missions, il a le droit de prendre ceux que le Bon Dieu y appelle, où qu'ils soient, et leur évoque n'a pas sur eux un droit qui exclut celui du Pape*. » Pareille lettre ne s'écrirait plus aujourd'hui, et ce sera l'éternel honneur de l'épiscopat français du dix-neuvième siècle, d'avoir reconnu en droit et en fait, dans les grandes choses et dans les petites la souveraine puissance du Chef de l'Eglise.

Sans doute la Propagande avait déclaré qu'il était hors de doute « que la permission des évoques n'était nullement nécessaire et pour lever tout scrupule à ce sujet, elle avait fait expédier des lettres de missionnaires pour ceux qui étaient prêts à partir'. » Mais cette façon de procéder soulevait la question des passeports, qui, à plusieurs reprises, avait arrêté les missionnaires. Aucun prêtre français ne pouvait quitter

« Arch. des M.-E. vol. XXXVII, p. 363.

• M. vol. XXCC, p. 404.

« la. vol. CCXX, p. 125.

rAngletef*re sans avoir un passeport ; or, pour l'obtenir, il fallait Tautorisation de l'évêque de Saint-Pol-de-Léon qui ne voulant pas contrarier ses collègues, la refusait aux missionnaires.

Les Directeurs essayèrent de tourner la difficulté. « Peut-être, écrivait M. de Chaumont le 21 niai 1799, serait-il plus aisé > d'éluder le refus des évoques par M. Erskine. Voici comment : Le cardinal-préfet donneraitdes lettres des Missions et il prierait M. Erskine de demander pour eux le passeport sans Tintervention des évoques français et même à leur insu.* » A la requête de M. Boiret, le cardinal Borgia écrivit au chargé d'affaires du pape qui put en effet obtenir des passeports pour MM. Rabeau, Foulon et Jourdain.

Les Directeurs continuaient ainsi, à Londres, à Rome ou à Venise, de travailler par tous les moyens et de toute leur ardeur au soutien des Missions. Parfois, au milieu des récits des déboires et des inquiétudes que l'indifférence et la mauvaise volonté leur fout éprouver, on trouve la trace des événements qui agitent l'Europe et fixent Tattention des catholiques, mais, en général, ces nouvelles sont racontées en quelques mots, sans réflexion ni observation d'aucuile sorte, il faut que les faits soient très graves, et que les hommes occupent une haute position pour qu'ils en parlent avec quelques détails. Lors de l'élection de Pie VII, ils dérogent à leurs habitudes de concision. « Les cardinaux viennent enfin de nommer un Pape : c'est le cardinal Chiaramonti, bénédictin, évêque d'Imola. Il s'est toujours très bien comporté à l'égard des prêtres français réfugiés dans son diocèse*». « Il est d'une grande douceur accompagnée de beaucoup de fermeté : tout le monde rend témoignage à sa grande piété, il n'est pas moins rocommandable par ses

« Arch. dfsM.-K., vol. XXXVII. p. 4IG.

> M. vol. (TXXI. 1». '^Oô.

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GO LE SÉMINAIRE DES MfSSlOÎCS-ÉTRANGÈRES

lumiores et son érudition, ayant enseigné dans son ordre avant d'êlre fait évêque et cardinal, il gouverne son diocèse avec beaucoup de zèle, il honore de sa confiance particulière ceux des cardinaux qui en sont le plus dignes à tous égards, tels que les cardinaux Gerdil et Anlonelli, il paraît qu*il eslime aussi beaucoup le cardinal Borgia*. » Après l'éleclion du pape Pie VII (1800), MM. Boiret et Descourvières se retirèrent à Padoue, où ils ne restèrent que quelques semaines, puis ils s'acheminèrent vers Rome. Leur pauvreté était extrême, ils n'avaient pour vivre que leurs honoraires de messe qui étaient des plus minimes : « Pour cent messes, on donnait dix écus en cédules qui ne produisaient que cinq à six piastres'. »

La miison de procure n'avait pas été déclarée propriété nationale, ni vendue, grâce à la précaution prise par M. Boiret de la faire mettre en son nom, « mais on n'en retire presque rien. >» Les locataires qui y sont et qui payaient ci-devant en monnaie de papier et ensuite en mauvaise monnaie de cuivre, ne paient plus du tout, et on va ôlre obligé de les mettre dehors, si Ton peut, et on verra si Ton en trouvera d'autres meilleurs, il y a cependant toujours des réparations à faire, et depuis peu il a fallu refaire les canaux qui conduisent l'eau et (fui avaient été volés, parce qu'ils étaient en plomb\ »

M. Boiret possédait « une rente sur la chambre de l'Annona au capital de 27 900 écus romains, qui, à raison de 3.00 pour cent produisaient annuellement lOOi écus 40. » Mais celte rente n'était point payée*.

Aussi dans leur nourriture, dans leurs vêtements, dans toutes leurs dépenses, les Directeurs visaient-ils plus que jamais à l'économie, et trouvaient-ils très cher le port des nombreuses lettres qui leur arrivaient de Londres, quand ils devaient payer l',50, ou l',75. M. Boiret s'en plaint vivement et recommande h M. de Chaumont de ne mettre qu'une seule feuille de papier «afin de payer moins. » Ils ne peuvent visiter autant do cardinaux et aussi souvent qu'ils le désirenl, car « on ne peut fréquenter la

« Arch. des M.-E. vol. CCXXI, p, 287.

> Ici. vol. CCW, p. 418.

5 Id. vol. CCXXI, p. "286, -

* ' M. vol. O'XXII, p. 40:,.

HB* -«. a..

maison d'un cardinal sans donner h ses gens an moins la valeur d'un pelUécu par an. C'est assez que M. Boiret ait à débourser cette somme pour quatre ou cinq maisons.* »

Voulant les aider autant qu'il était en son pouvoir, le cardinal Borgia leur donna un logement au collège de la Propagande où «< on leur désigna quatre chambres des plus commodes, avec une aulre pour le domestique et une pour servir de cuisine.' »

A cette époque ils reçurent un secours inespéré. II y avait audelà de rOcéan, en un pays que la France avait ouvert à la civilisation, arrosé de son sang, peuplé de ses enfants, une Eglise dont le premier pasteur avait été un des fondateurs de notre œuvre, un diocèse qui s'était développé et organisé, en partie du moins, grâce aux Missions - Etrangères , un séminaire qui avait été fondé et pendant plus d'un siècle dirigé par des missionnaires des Missions Etrangères, jusqu'au jour où Montcalm avait perdu la bataille et la vie sous les murs de Québec. Alors le Canada avait passé sous la domination anglaise. D'après le traité de 1763, le Séminaire des Missions- Etrangères de Paris n'eut plus ledroit ni d'envoyer des missionnaires, ni do nommer le Supérieur et les Directeurs du Séminaire de Québec. Mais les Canadiens conservèrent le souvenir de leurs anciens services, de leur aiïection, ils gardèrent vivante en leur cœur cette union qu'on les obligeait à briser. M. Gravé parti de France au mois de mai 1755, et alors supérieur, apprit par M. Gazelle, coadjuteur du recteur du collège de Navarre, la détresse des Directeurs, il s'empressade leur envoyer 54 livres sterling en rappelant gracieusement « qu'il avait été élève de la maison de Paris» et en annonçant que les prêtres du séminaire de Québec « étaient convenus de leur envoyer autant de messes et autant do secours qu'ils pourraient.' »

Aussitôt que M. de Chaumont eût reçu cet argent, il en fit part à M. Boiret. Les Sociétés religieuses ne portent pas en vain le nom de familles, elles le sont réellement, leurs membres mettent en commun leurs joies, leurs peines, leurs travaux et leurs ressources, ils sont les fils d'un même père,

* Arch, dPR M.-E., vol. CCXXII, p. 313.

> la. vol. CCXXI, p. 451.

> hU vol. XXXVIII, p. «2.

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