LE SÉMINAIRE DES MISSIONS-ÉTRANGÈKES
ils ont les uns pour les autres une affection et une charité de frères, s aidant, s'encourageant, se soutenant avec une tendresse touchante et un empressement qui ne connaît pas d'obstacles.
M. Gazelle, écrivait M. de Chaumont à MM. Descourvières et Boiret, . avait exposé la position de nous trois seulement, parce qu'il ne connaissait pas la vôtre. Il avait eu soin de marquer que M. Blandiu n'avait besoin de rien. Cependant le Séminaire a envoyé collectivement pour nous trois, mais comme M. Blandin est à son aise et que j'ai quelque soulagement, outre les secours accordés par le gouvernement qui sont vraiment très insuffisants, nous aurions à nous reprocher, nous nous déshonorerions, si nous ne vous envoyions pas une partie de ce que nous .• vons reçu, et vous nous affligeriez si vous faisiez la moindre difficuiu» de partager avec nous, ce qui vous aurait été donné préférablement à nous, si votre position eût été connue ; d'ailleui*s, en répondant à M. Giavé qui demandait compte des Missions et des Directeurs du Séminaire, je lui ai fait entrevoir que votre position était à peu près telle qiio vous nous l'avouez enfin. Je vais lui écrire de nouveau en lui envoyant un exemplaire des lettres imprimées à Londres. Je lu'; r\ rquerai les particularités que M. Boiret désire qu'il sache : et };: crois devoir à notre honneur et à notre religion de lui mander qu'inlormés au juste de votre position, nous nous sommes fait un devoir C^ partager avec vous. Ainsi vous ne pouvez nous refuser.* »
A cette offre généreuse, M. Boiret répondit : <« Puisque vous voulez que nous vous parlions sérieusement, nous serions bien fâchés que vous vous missiez dans la gône pour nous soulager. — Si donc les 54 livres sterling qui vous ont été envoyées par MM. les Directeurs de Québec sont pour nous tous et que le tout suit nécessaire, nous vous prions de ne pas vous en priver, si vous pouvez sans gêne nous en envoyer ce que vous jugerez à propos, nous le recevrons avec action de grâces*. »
Ce n'était pas pour eux seulement que les Directeurs élaient heureux de recevoir des secours, ils espéraient pouvoir s'en servir afin de rétablir le Séminaire. Ils n'avaient pas attendu ce moment pour songer à cet œuvre et nous avons vu, dans les premiers jours do la Révolution^ M. Boiret écrire au
» Arch. des M.- , vol. XXXVm, j». 22.
» iil. vol. CCXXl p. '.'03.
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cardinal Antonelli qu'il était question de placer le Séminaire soit en Savoie, soit en Flandre, parler ensuite de le mettre, en Italie, mais l'espoir que Ton gardait au début de la Révolution de voir bientôt la tranquillité renaître en France paralysa toutes les négociations*. Le premier, le cardinal Antonelli demanda au gouvernement espagnol^ s'il permettrait aux Directeurs des Missions-Etrangères de fonder une maison sur son territoire, le gouvernement ayant répondu par un refus formel et absolu, le cardinal nv fit aucune autre démarche. Lorsque le cardinal Gerdil succéda comme préfet de la Propagande au cardinal Antonelli, M. Boirel lui soumit son projet d'établir le Séminaire en Savoie ; cette proposition fut bien accueillie.
€ Le cardinal Gerdil (Vrivait M. Descourvières,apns la chose si à cœur qu'il est déterminé à s'occuper sérieusement et à occuper, dès le Carême, la S. Congrégation, de notre rétablissement; il Ta assuré ainsi à M. Boiret et l'on ne peut pas dire que ce soit de l'eau bénite de cour, car il est l'humilité et la simplicité même ; il a demandé à cette occasion à M. Boiret, s'il y avait actuellement des postulants qu'on put appeler dans ce nouvel établissement, M. Boiret lui ayant répondu qu'il y en avait plusieurs, entre autres trois de Savoie, il a répliqué aussitôt : « Eh bien! avec trois sujets on peut commencer un Séminaire. » D'ailleurs il a parlé avec tant d'éloges de notre Institut et du mémoire que nous lui avons remis là dessus, à un autre prélat savant, pieux et fort estimé du Pape, que le prélat qui à peine nous connaissait, nous a demandé en l^ràee un exemplaire de notre mémoire, nous promettant d'en faire usage à notre avantage.
* Le cardinalAntonelli qui continue à être membre de la Congrégation de la Propagande et qui était présent à celle-là en particulier, où le cardinal Gerdil à parlé du projet de notre rétablissement, a paru reprendre courage, et dans la visite que lui a rendue M. Boiret, après cette congrégation, il lui a témoigné de nouveau la meilleure volonté de nous éti»e utile. Les autres cardinaux qui composent cette Congrégation particulière, chargée des affaires des missions de Chine, connaissent également M. Boiret et paraissent fort affectionnés pour notre cause. ' »
Dans ce mémoire dont parle M. Descourvières, les Directeurs cnuméraientd'abord assez longuement les raisons qui prouvaient Tulililé du rétablissement du Séminaire et les résumaient ainsi :
« Arch. M.-K. CCXX, p. 390.
» Lettre «le M. Desconi-vièivs 1705. Arcli. des M.-K. vol. CCXX. y). 301.
« Demandors'il convient de faire rétablissement proposé,c'est demander s*il convient de pourvoir au salut d'environ trois cent mille chrétiens répandus dans les différentes missions dont il s'agit, ou, s'il faut les laisser périr éternellement sans aucun secours spirituel ! c'est demandera, s'il faut cessertout à fait d'annoncer l'Évangile à plusieurs centain'^s de millions d'infidèles, dont on voit tous les jours un bon nombre se convertir sincèrement. 5>
Passant ensuite àTexamen des moyens propres à assurer ce rétablissement ils ajoutaient:
« Comme il n'y a aucune espérance de le rétablir en France, il faudrait le placer en Italie, dans quelque campagne où les vivres ne fussent pas trop chers, dans un endroit sain et où les chaleurs ne fussent pas trop excessives; il ne conviendrait pas qu'il fût à Rome et dans le voisinage, soit parce que les vivres y sont plus chers, et qu'on y est plus exposé à la dissipation, soit pour d'autres raisons.
« Il ne serait pas difficile de trouver à la campagne,quelque petit couvent que les religieux seraient obligés d'abandonner, n'étant pas en nombre suffisant pour y observer leurs règles. S'il y avait des revenus attachés on pourrait les appliquera l'entretien du Séminaire qu'on y établirait.
« A défaut d'un couvent rente, il y en a un de mineurs observantins à 4 milles de Terni, que les religieux qui en ont un autre dans le voisinage, céderaient volontiers, mais il faudrait y joindre des revenus suffisants ou du moins des pensions pour les ecclésiastiques qu'on y éleverait,en att-endant qu'il se trouve quelque personne zélée pour en faire la fondation. On pourrait aussi pourvoir à une partie de leur subsistance en leur procurant des messes à acquitter. Un des directeurs* du Séminaire de Paris veut bien employer mille écus annuels de son propre bien à cette bonne œuvre en faveur de ses confrères.
« Ces directeurs ont déjà fait plusieurs démarches et feront tout leur possible, pour se procurer des élèves français, par le moyen des prêtres zélés qu'ils connaissent dans les différentes provinces : ils espèrent qu'il se trouvera plusieurs bons sujets appelés aux fonctions apostoliques, qui ne pouvant être ordonnés en France, parce qu'ils n'ont pas les conditions requises par les lois organiques, se détermineront volontiers h se consacrer aux Missions.
« Pour procurer des élèves au Séminaire ot des secours temporels
* M. nniiN.f.
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ta'ît pour ledit séminaire que pour les Missions, on pourrait, si Ja S. Congrégation Tapprouvait, faire imprimer et publier quelqu'écrit, qui en annonçant les progrès de la foi dans les missions, 'ferait connaître en même temps le besoin qu'on a de missionnaires, et les grands biens qu'on peut y procurer par les aumônes. La publication de ces sortes de relations est le moyen le plus ordinaire dont Dieu s'est servi pour inspirer aux ecclésiastiques le zèle de se dévouer aux Missions. Sans cela, cette grande œuvre étant peu connue, personne ou presque personne ne pense à s'y consacrer. Ce même moyen a aussi procuré en France des aumônes considérables et peut également en procurer ailleurs*. »
Le secrétaire de la Propagande était grandenient partisan de cp projet, il s'en occupait avec ardeur et cherchait partout des maisons qui pussent convenir ; il offrit d*abord une maison à Albano. Mais M. Boiret déchira que cette maison « n'avait pas de revenus, pas de jardin, de cour^ de dépendances, qielle élait t)ute dévastée, qu'Albano ét^it une ville débordée^ trop près de Rome, que les vivres y étaient trop chers'. » Il en offrit une antre à une journée de Rome, dans la Sabine , « avec un jardin, une grande étendue de vignes et l'espérance fondée de plusieurs autres ressources*. » Mais renseignements pris, cettf? maison élait située dans un pays malsain et les religieux ne la quittaient que parce qu'ils étaient tous malades. 11 leur en offrit une troisième, à Stroncone, un « ancien couvent de récollets, nomméSaint-Siméon, situé dans un endroit très solitaire, entouré de plusieurs jardins où il y a de grandes treilles, des arbres fruitiers, des oliviers, un bois, une jolie église et de quoi loger passablement une douzaine de personnes avec quelques domestiques, il y a un four pour y cuire le pain, l'air y est excellent, tout le clergé, la bourgeoisie et le peuple du voisinage nous y désirent*. » Tout semblait parfait, lorsque la mort du cardinal Gerdil vint placer le cardinal Borgia à la tête de la Propagande.
Le cardinal Borgia était l'ami de M. Boiret, mais il ne partageai! pas complMomentsos idées sur l'établistement d'un
« Arrh. (lc'8 M.-ïï. vol. rCXXIl,p. 179-18.». » M. vol. CCXXII, p. 51, r.O.
s M. vol. CCXXII, p. r.9.
* Ici. vol. (TXXn,p. 121.
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Séminaire en Italie. Il basait son opinion principalement sur le manque de fonds*, sur l'opposition que les Français mettraient à l'établissement de ce séminaire' et pensait qu'il fallait d'abord s'assurer si on pouvait rétablir le séminaire en France'*. »
Parfois cependant il déclarait qu'il aiderait les Directeurs quand ceux-ci auraient des élèves. — Hic opus, hic labor, %'&criait alors M. Boiret*. Mais bientôt quelques élèves se présentaient et M. Boiret allait vers le cardinal qui faisait de nouvelles objections.
M. de Chaumont consulté sur ce projet, trouvait utile de fonder un séminaire en Italie , sans toutefois y compter beaucoup ; quant à en fonder un en Angleterre, disait-il, la chose est à peu près impossible. M. Bilhère donnait contre le projet de M. Boiret à peu près les mêmes raison s que le cardinal Borgia, il demandait non sans apparence de raison «quelles ressources <^\\ trouverait en Italie soit pour rentrotien, soit pourles sujets, soit pour les voyages* » et faisait observer ensuite que les Français étant tout- puissants en Italie, il serai tdinicile de leur cachercet établissement et plus diflîcile encore de les empêcher de le fermer.
M. Boiret se rendit à ces raisons, mais il chercha ailleurs s'il ne pourrait pas trouver une maison possédant les avantages qu'il désirait, sans les inconvénients que redoutait le cardinal Borgia. Il trouva quelque chose d'approchant en Savoie. Les relations qu'il avait eues avec le cardinal Gerdil, né en ce pays lui avaient fait connaître un saint prêtre dont la Savoie catholique garde encore le souvenir, M. Ducrcy. Né à Sallanches en 1706, M. Ducrey avait été ordonné prêtre pendant la Terreur; arrêté par les pourvoyeurs de la guillotine, il fut conduit au district ; pendant que le commissaire écrivait son nom, son Age, sa profession, sa résidence, le prêtre se précipita vers la porte restée ouverte, la ferma sur lui, fit un tour de clef et s'enfuit à travers champs. Les gendarmes et le commissaire restèrent prisonniers jusqu'à ce qu'un passant eût l'obligeance de les délivrer. Quelques mois plus tard , repris et écroué
« Arch. (les M.-K. vol. CCXXIIl, p. Iu3.
> U\. vol CCXXn, p. 133.
» M. voI.CCXXII, p. 21.
4 I«l. voI.CCXXn, p. 97.
» I.l. vol. XXXIX, p. 6:.l.
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