LE SÉMINAIHB UES MISSIONS-ÉTRANGÈRES
dix-huit millo livres do perte, dans l'abandon do mes afTîiires à la campagne, et le prix que m'a ooiité l'objet que J'ai intcntinn de me réserver, n'est pas suffisant pour m'indemniseï' do cette iwrte' j»
M. Salraon, d'ailleurs use do toutes les habiletés d'un marchand rompu au métier, il écrit que si dans deux jours il n'a pas de réponse définitive, il vendra cerlainemcnt ; les deux jours se passent cl il no vend pas, il s'absente, quand Mademoiselle d'Escars doit aller chez lui, il s'excuse en racontant qu'il était à faire visiter le séminaire à diiutrcs acheteurs, que du reste elle n'était pas au bout de la rue quand il est rentré'. Peu à peu cependant, il diminue le prix et propose des conditions plus acceplables : il divisera la propriélé, dit-il, afin d'en pouvoir vendre une partie à Mademoiselle d'Escars; ainsi il se réservera la jouissance « du jardin potager, de l'hôtel Jaucourl, des chambres au-dessus qui dépendent du grand bâtiment, de l'église, du petit bâtiment de Madame de Bruntis, de la cour de l'église et des deux petites boutiques sur la rue du Bac", » Pendant ces pourparlers, M. Bilh^re consulta ses confrères sur son projet ; il en parla d'abord à M. de Ghaumont; la réponse de celui-ci, qui redoutait de nouvelles spoliations, n'ayant été que 1res peu encourageante, il lui écrivit une seconde fois, et le pressa plus vivement en lui disant ■ qu'il se conduit par un conseil ecclésiastique le plus éclairé et le plus prudent de Paris*. ■• Quel était ce conseil? nous ne le savons, mais volontiers nous penserions qu'il s'agit de M. Emery, et notre supposition ne paraîtrait pas absolument téméraire, parce que, outre ces épithètes de « conseil ecclésiastique le plus prudent et le plus éclairé de Paris, «qui semblent si parfaitement convenir au docte supérieur dfe Satnt-Sulpice, nous savons perlincmmeiit qu'avant la Révolution, M. Emery avait avec les Directeui-s des Missions-Etrangères les relations les plus amiciiles. Dans sn seconde réponse, M. de Chaumont ne tit plus aucune objection, il se contenta d'observer que les inconvénients de cet «chai étaient grands, que l'utilité en était assezdouteuse, car, à considérer l'état actuel
■ .Aich. dM M.-E,. vol. XXXVli. p. *93.
' Id. vol. XXXVn, p. 497.
» Id. vol. XXXVJI, p. 407
* W. ïOl. XXXVII, p. 317.
c\^, îa France, on ne pouvait prévoir Tavcnir ; en même temps, il recommanda à M. Bilhère de prendre toutes les précautions possibles pour s'assurer la possession certaine du Séminaire et termina en protestant de la confiance qu'il avait en son confrère, en la pureté de ses intentions, en son zèle pour la Société.
A Rome, MM. Boiret et Descourvières approuvent moins encore cet achat, et s'ils ne disent pas clairement leur pensée à M. Bilhère qu'ils craignent de froisser, ils se dédommagent avec M. de Chaumont.
Celui-ci envoie à Paris le résumé de leurs objections. Le voici : « 1° Cet achat est scandaleux; 2" il est à craindre qu'un gouvernement arbitraire n'augmente le prix de vente; 3** dans l'incertitude si les affaires s'arrangeront, il est téméraire d'exposer le peu qu'on possède à être entièrement perdu ; 4° M. Bilhère^ ilgé de 76 ans, peut venir à mourir et nous ne connaissons pas les personnes sous le nom desquelles il a acheté; 5*» dans l'hypothèse que le roi ne remonte pas sur le trône, de quoi servirait une maison dans un pays ennemi de toute religion ; 6° enfin, si l'ordre se rétablit en France comme il y a lieu d'espérer maintenant, n'aurons-nous pas notre maison sans rien payer.* »
Toutes ces objections n'étaient pas également fondées ; l'achat du Séminaire par M. Bilhère n'avait absolument rien de scandaleux; mais les Directeurs s'étaient demandé si ceux qui verraient M. Bilhère racheter le Séminaire des mains des spoliateurs se rendraient un compte exact de ses raisons et de son but, et si même en s'en rendant compte, ils comprendraient suffisamment que l'on peut profiter du mal sans en être complice et bénéficier d'une loi inique sans l'approuver. C'était pousser la crainte de blesser les consciences jusqu'au scrupule, nous semble-t-il, plus honorable qu'imitable en pareille circonstance.
La seconde objection avait un fondement plus réel et le prix de vente du Séminaire s'éleva, en effet, d'une manière, assez notable par suite « du décret qui obligea les acheteurs qui n'avaient pas encore payé, à payer le quart en numéraire sous peine de tomber en déchéance. »
Quant aux craintes ou aux espérances que faisaient concevoir l'incertitude des affaires, le grand âge de M. Bilhère, le
• Arch. de» M.-E., voL XXXVII, p. 446.
76 LE SÉMfNAlaB DES MI3SI0NS-ÉTIUNGK HES
changement de la situation politique, l'avenir prouva qu'elles ne devitieiit p:is se réaliser. MM. DescourvièresetBoiretétaietil mieux inspirés on donaiiut, quels que fussent leurs (iropres sentimeiils, uarle blanche à leur confrère.
« Mais comme vous ÔLes le plus grand nombn:, disaient-ils nous ne désapprouvona pas ce que vous aurez cru devoir faire ou ce que vous ferez, [iriurvu que vous vous assuriez bien que cela ii'int(!resseracn rien nos consciences.'»
A la demande de M. Billière, Mademoiselle d'Escars conclul donc le marché avec M. Satmon, par acte snus signatures privées, en date du ;î prairial au VI (21 mai 1708) et acheta le Séminaire pour la somme de 60,000 fr., on numéraire. Le lendemain i prairial, Mademoiselle d'Escars fit une dtclaralion de command au profit de Mademoiselle Bocliard de Saron'.
Dans cet achaL, él'aient compris seulement ■ le corps de t)âtiment du Séminaire proprement dit, les maisons où avait été établi l'ancien Séminaire, les maisons qui formaient le coin de la rue du Bac et de la rue de Babylonu, l'ancien hôtel Jaucourt » ; mais M, Salmun réservait la jouissance de ce dernier immeuble pour lui et pour Madame Mario Besselle, veuve Tiercpliii. Les hôtels situés dans la rue du Bac et autrefois loués aux ducs de Clermont-Tonnerre et de San Ix-Ta vannes, avaient été vendus àdes particuliers.
Ce ne fut pas sans peine que M. Bilhëre put trouver l'argent nécessaire au paiement, ainsi qu'en fait foi une lettre écrite pur lui à M. de Chaumont dans ce style obscur qui leur est familier*.
« Venons à notre l" affaire. J'espère tout comme vous, que le sort '•'! nos mineurs pourra être amélioré, mais soyez assuré : t" Que leurs aisons seraient détruites sans la démarche que j'ai fait faire avec le inéraltle mort, tout Paris vous le certifierait ; i" que notre démarche a é approuvée par toutes les personnes les plus l'ospcctables à qui nous I avons parlé; 3" qu'elle ne peut nuire en rien aus mineurs, qu'au intraire tout a été bien entretenu, et la cliapolle vient d'être réparée gros frais : 4* qu'eu tous cas, on a pris les précautions qu'on a cru )s plus sftres ; S" que si un objet ne me réussit pas, je ma vois dans lo
• Arcli. des M -E., vol- CCXX p. 459.
» Aroh. dos M.-E , noo (latsloguéc*. — Titri;» de propri^lt'.
cas de le laisser tomber on déchéance, car pour l'empêcher, il faut compter dans deux mois sept mille livres et qu'ainsi il est à craindre qu'on nereprenne le projet de construction. 6" Que je n'ai jamais été dans aucune espèce d'embarras pour ce qui me re^ai»de personnellement, maïs uniquement pour les mineurs; que j'eus pu au contraire gagner mille louis pendant bien du temps et je pourrais même m'en assurer une partie actuellement, si je voulais permettre à mon soumissionnaire de céder le droit de sa soumission. Nous y avons, il y e^i vrai, mon compagnon et moi mis une partie et une grande partie de nos ressources : car nous avons compté jusqu'à présent tronte mille livres et personne n'a aucun de nos billets, mais si je laisse l'objet, j'espère retirer mes avances au moins en grande partie; vous voyez bien que ce n'est pas pour moi que je vous avais écrit. Depuis quatre ans je ne cesse de m'occuper de la possession des Missions et que n'ai-je pas entrepris pour cela ? Je suis et je serai toujours plus à vous et à vos amis qu'à Hérebil. » *
M. de Chaumont envoya à Paris 11 379 fr., et peu à peu, grâce à quelques dons charitiiblcs et aux fermages payés par les locataires du Séminaire, M. Billière parvint à verser la totalité du prix d'achat.
Ce fut un beau jour pour le vieillard que'celui où il rentra en maître dans cette demeure que six années auparavant il avait quittée en fugitif et en proscrit; il dut laisser son cœur se livrer aux plus douces espérances et goûter la joie profondément suave et pure, plus divine qu'humaine, d avoir rendu à la Société des Missions-Etrangères son berceau, son noviciat, lé centre de son action.
C'était la ruine de l'œuvre révolutionnaire qui commençait, la réédiflcation de Tœuvre de Dieu qui s'annonçait. Il restait à achever ce double travail, à atteindre ce double but.
Une autre période vu maintenant s'ouvrir : la situation politique et religieuse de la France est changée; le Consulat remplace le Directoire, le Concordat inaugure une ère de réparation, les
« I^tti-e de M. Bilhèr«- 1737. — Arch. des M.-E. vol. XXXVIH. p. 189.
temples fermés se rouvrent, les congrégalions dissoutes se reforment, .les proscrits reparaissent, les exilés reviennent, Tordre social si profondément troublé, reprend sa stabilité. En face, de ces événements, les Directeurs vont tenter de rélablir le Séminaire tel qu'il était avant la Révolution, c'est-à-dire d'obtenir la reconnaissance légale du gouvernement français, de trouver des élèves et d'incorporer de nouveaux collaborateurs. Cette question importante devait, en elTet, attirer l'atleniion des Directeurs.
M. Blandin venait de mourir à Londres, au mois de juin 1801, c'était le quatrième Direcicur qui disparaissait depuis le commencement de la Révolution. Ceux qui restaient élaient âgés ou infirmes; M. Billière avait 78 ans, M. Alary 71, M. Boiret 68, M. Descourvières 04 ou 05, M. de Chaumont 53. Il était donc temps de songer à leur donner des aides, et si Dieu les rappelait à lui, des successeurs. On avait d'abord pensé à rappeler un missionnaire, et on avait mis en avant le nom de M. Leroi, missionnaire au Tonkin, que Ton disait doué de toutes les qualités d'un bon professeur. Mais le peu de sujets dont disposait le Tonkin ou les autres missions ne permettaient guère de leur demander un semblable sacrifice, aussi malgré le désir qu'on avait de nommer Directeur un ancien missionnaire, on y renonça, et l'on chercha si parmi les prôtres amis de la Société et dévoués aux Missions, on ne trouverait pas quelqu'un apte à remplir cette fonction, mais ainsi que le disait M. Boiret, € il était difficile d'agréger un Directeur pour un séminaire qui n'existait pas*. » Après quelques hésitations, le choix tomba sur M. Lamothe, frère de M»'' Lamothe, évoque de Castorie, vicaire apostolique du Tonkin Occidental*. Il habitait Rome depuis 179i, à la recommandation de M. Boiret, il avait obtenu l'aumônerie d'une communauté dans le diocèse de Paleslrine, et ensuite un posleàRome; M. Descourvières fait de lui le plus pompeux éloge.
« Bien (les gens perdant à être connus et examinés de près, mais cVst tout le contraire de M. Lamothe. Nous avons vécu familièrement aveo
« Arch. des M.-K., vol. CCXXII, p. 313.
> la. vol. CCXXI, p. 503, 519.
lui pendant trois et près de quatre mois à diverses reprises, et plus nous le voyons, plus nous admirons ses vertus, surtout la douceur inaltérable de son caractère, sa piété, son amour pour la prière et Toraison. Vous connaissez d'ailleurs ses talents et sa capacité. Tout cela joint au zèle qu'il a pour les Missions nous fait penser que si on nous procure un établissement en Italie, comme nous aurions besoin alors do nous associer quelques confrères, nous ne pourrions en trouver do plus apte que lui.^Nous vous prions de nous marquer là-dessus ce que vous en pensez. »*
Il ajoutait qu'il ressemblait beaucoup à M»"" Lamothe pour le visage, qu'il avait le même ton de voix, la même écriture, les mêm'es goûts, les mêmes inclinations, et qu'autrefois il avait eu le désir de partir pour les missions en même temps que son frère.* Consulté sur ce choix, M. de Chaumont répondit :
€ Cette fraternité avec un évéque qui est dans nos missions, dont il a tous les goûts et toutes les manières, en un mot auquel il ressemble en tout, nous promet un vrai zèle, un zèleelFectif pour l'œuvre, qualité essentielle dans un Directeur du Séminaire des Missions-Etrangères. Comment balancer à donner mon consentement? Mais vous ajoutez qu'il est connu et estimé du cardinal Antonelli et de plusieurs autres personnes faisant partie la Propagande, qui désirent qu'il nous soit attaché. Nous ne pouvons trouver rien de plus heureux dans les circonstances présentes. Je donne doncde grand cœur mon consentement».
M. Bilhère consentit moins facilement. Il était à peine sorli des embarras d'argent que lui avait causés le rachat du Séminaire et il voyait une grosse charge dans la présence d'un nouveau Directeur; d'ailleurs avec son caractère vigoureux, porté à la confiance, avec sa santé robuste, M. Bilhère espérait avoir de longues années à vivre. Cependant n'ayant aucune objection contre la personne de M. Lamothe, dont il reconnaissait les qualités, il ne voulut pas s'opposer au désir de ses confrères et son dernier mot fut celui-ci :« Faites pour le mieux. »» M. Lamothe fut donc reçu Directeur le 13 novembre 180L .
« Arch. des M.-E., vol. CCXX, p'. .347.
» Id. vol. XXXVm, p. 300.
> Id. vol.XXXVni, p. 294.
80 LK SKMINAinE DES MISSIONS- ÉTRANGÈRES
Voici Ir tcxle de l'ado de snri agrcgjittoii.
Denis Boîret et Jean Joseph Descourvières» :
Nous soussij,'nés Directeurs du Séminaire des Mis^Jons-EtraiiRères et administrateurs des biens du corps d'association pour les dites Missions <!i-deTantsituées*iParis,rueduBap, faubourg St-Germnin, convaincus de la nécessité de nous associer quelques confrères qui puissent nous aider et nous suppléer tant dans la direction du dit Séminaire dont nous espérons le rétablissement îi Paris, ou ailleurs, que dans le soin d^s alTaires rt l'administration des biens de nos missions, attendu la mort de plusieurs do nos i-onfrères et le grand âge et les intlrmités de presque tous les Directeurs actuels, voyant l'impossibilité de nous réui>ir tous h. présont et l'incertitude du temps oii nous pourrons le faire pour choisir do nouveau» conflrères, suivant les formes ordinaires, nous avons cru devoir proposer par lettres à tous nos conflrères dispersés, l'aRrégation de M. Edme Lamotho, curé déporté de Risni-tr- Ferron, diocèse de Sens, dont la religion, le zèle pour les missions et les autres vertus et talents nécessaires nous sont biens connus ; â qui nos confrères retirés à Londres, savoir : MM. Georpos Alary et Denis de Chaumont ayant donné leur consentement et exprimé leur vueu par leurs lettres du 7 et du 11 septembre 1801, et M. Thomas BiUicre restant ii Paris nous ayant aussi marqué par sa lettre du 5 octobre dernier, de fiiire en cela ce que nous croirons pour le mieui ; nous déclarons par les présentes que le susdit M. Bdmc Lamothe a été légitimement et unanimement choisi et agrégé en la qualité de Directeur dudit Séminaire des Missions-Etrangères et pour plus grande sàreté. et autorisés par les consentements susdits, nous le choisissons et agrégeons par cet écrit en la susdite qualité, afin qiie dès ce moment il jouisse de tous les droits et prt'rogativcs el participe aui charges do Directeur du Séminaire des Missions-Etrangères et administrateur des biens du corps d'association pour les dites Missions, lin foi de quoi nous avons signé le présent acte avec le dit M. Ijimothc et y avons apposé le sceau du dit Séminaire. .V Rome le 13 novembre de l'an 1801.
M. Bilhèro pria alors quelques-uns de ses coiiTières de revenir en France afin de l'aider dans ses démarches. M. Alary
• Acte d'agrégation de M. I^moll»', ti>1. CCX.\1, p. i2a. *Arcti. des M.-B. vol. XXXVm. p. US. 22 juin ISOl.
PENDANT LA UÉVOLUTION 81
acquiesça à celle demande et partit de Londres pour Paris au mois de juin 1802.
€ Vous avons été retardés d'un jour à Calais», dit-il dans la lettre oh il fait le récit de son voyage, ce qui m'a empêché d'arriver à Paris le vendredi, ce n'a été que le lendemain que j'ai pu joindre M. Bilhère. Le voyage s'est très bien passé, nous avons signé chez M. Maingor la promesse de ftiire le serment du Concordat et en attendant la fidélité à la Constitution. Arrivé à Paris, il a fallu la présenter au préfet de police, où l'on m'a demandé une déclaration renfermant l'histoire pour ainsi dire de toute ma vie ; on a fini par me donner la permission de résider à Paris, à condition que dans un mois je ferais renouveler la permission pour être prorogée, à moins que je n'en sois dispensé au moyen d*une pétition que je dois présenter au ministre de la police. Vous voyez qu'on a ici besoin de beaucoup de patience. Je suis logé aux Missions-Etrangères et je dîne avec M. Bilhère qui est en pension chez les religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve. >
Les démarches pour lesquelles M. Bilhère demandait la présence et l'aide d'un de ses confrères concernaient le rétablissement du Séminaire. Dès l'arrivée à Paris du cardinal Gonsalvi, M. Bilhère commença à s'occuper de cette grave aflfaire. Il composa sur la Société des Missions-Etrangères, un mémoire qui reproduisait, en les résumant, les faits et les raisons alléfJTués dans le mémoire présenté à l'Assemblée, en 1790, il commençait par ces mois d'où la phraséologie de l'époque n'est pas absente':
< Quel que soit le rapport sous lequel on considère le rétablissement de la maison des Missions-Etrangères, soit sous des vues religieuses, soit sous des intérêts politiques, les motifs les plus pressants se réunissent à Tenvi pour y déterminer le gouvernement.
« Quelle gloire pour la nation ft^ançaise d'aller éclairer et sanctifier ces vastes empires, ces vastes régions de l'Inde et de la Chine, d'y porter le salut avec la lumière! Quelle grande idée tous ces peuples ne con- «M)ivont-ils pas de l'élévation, de la générosité, de la magnificence du ^'ènie français, à qui ils doivent ces précieux avantages ? Ils ne peuvent ivvcnir de leur admiration, h)rsqu'ils pensent qu'il y a des hommes assez grands, assez généreux, pour quitter leurs biens et leur patrie, pour traverser tant de pays et tant de mers, pour affronter tant de
* Arch. M.-E. toI. XXXIX, p. 427.
périls et tant de morts, par le seul intérêt de venir à grands frais leur faire connaître le Dieu qu'ils adorent et la Religion qu'ils professent ; ils ne savent comment assez admirer, assez célébrer le pays qui engendre de tels hommes.
« Mais perdons de vue tous ces beaux, tous ces ravissants rapports, si honorables, si glorieux pour la France, qu'offre le rétablissement de la maison dos Missions-Etrangères, dans les vues de la Religion. Si cependant, il est possible de n'y pas prendre le plus grand intérêt, et dp n'y pas trouver les plus puissants motifs pour lui assurer la protection du gouvernement. >
Il énumérait ensuite les obligations que la Franco devait a M»"" Fallu, àM«' de Lamothe-Lambert,àM. Gouges, à M^Pigneaux de Béhaine, les services rendus aux lettres et aux sciences par leurs écrits, par l'envoi de livres chinois, annamites et siamois aux bibliothèques de Paris et terminait en expliquant la différ rence qui existait entre le Séminaire des Missions-Etrangères et un séminaire diocésain. Ce mémoire resta dans les bureaux du ministère, et quand M. Bilhère pria les cardinaux Gonsalvi et Gaprard de l'aider, il lui fut répondu que le moment n'était pas encore venu et qu'il fallait avant tout terminer la question du Concordat. Lors du retour de M. Alary en France, une année s'était pn^sque écoulée depuis la conclusion de cet acte impor tant, Napoléon entrait dans les détails de la réorganisation de TEglise de France et s'occupait du rétablissement des congrégations religieuses; il écrivit à l'archevêque de Paris, M«^ du Belloy, qui avait attiré son attention sur les Missions, pour lui demander un mémoire plus étendu :
10 fructidor, an X (28 août 1802).
A Vavi'Jievi^qife de Paris.
« J'ai lu avec la plus grande attention la note que vous m'avez envoyée relative à la mission de Chine, j'en sens l'importance. le désire que vous me fassiez un rapport plus détaillé qui me fasse connaître où en sont nos missionnaires et ce qu'il y aurait à faire pour rendre leur zèle utile à la Religion et à l'Etat. — Vous pouvez assurer tous ceux qui s'adres—
* Voir la livraison de juillet 1888.
seroat à vous que mon intention est d*agir aux Indes et en Chine, comme je viens de le faire dans la Syrie et dans le Levant où j'ai remis sous notre protection spéciale le Saint-Sépulcre et tous les chrétiens de l'Orient'. »
C'est de cette lettre que M. Biihère parle en ces termes le 17 septembre 1802 :
« Le Premier Consul a écrit à Ms*" Tarchevéque de Paris, pour qu'il lui donnât les moyens qu'il croirait les plus efficaces afin d'assurer cette œuvre et en augmenter lé succès : nous sommes bien convaincus que ce n'est pas par amour de la religion que le gouvernement voudra nous rétiiblir, mais par des vues politiques; aussi, les avons nous détaillées au long dans notre premier mémoire ; mais s'ils ont leurs motifs, nous avons les nôtres, et l'impureté des leurs ne nuira pas à la pureté des nôtres : j'ai oublié de vous dire qu'à la vue de la lettre du Consul à Mf .l'archevêque, que le prélat m'envoya, je lui observai que le vrai moyen de bien relever notre œuvre et d'en faciliter le succès c'était de nous rétablir tels que nous étions avant la Révolution, et que le gouvernement continuât à transporter nos missionnaires gi*atis, à nous accorder les quinze mille livres par an, et le recouvrement de tous nos biens, qui ne seraient pas vendus : si on nous rétablit ainsi, nous n'aurons pas lieu de nous plaindre.
M. Biihère adressa à Tarchevêque de Paris un mémoire dans ce sens'.
En môme temps il recommença ses démarches ; ses principaux soutiens étaient avec le cardinal Caprara, Tabbé Bernier. son ancien condisciple, nouvellement nommé à l'évôché d'Orléans, et Portails qu'il appelle « un zélé catholique, un homme politique de grande importance, comprenant mieux que les autres les affaires de la religion. » Ces éloges ne trouvaient pas d'écho à Rome, d'où M. Boiret écrivait que Portails « s'était montré plus impie que jamais dans son discours prononcé au sujet des nouvelles lois concernant le mariage. » M. de Chaumont était plus près de la vérité quand il disait' : « C'est seulement un très honnête homme, très instruit qui n'envisage la
« Correspondance de Napolt^on I^**, vol. VIII, p. 10.
a Lettre de MM. Alary et Biihère, à M. Boiret, 17 sept.'iubre 1802, vol. XXXVIII, p. 520.
» Arch. M.-E., vol. CCXXII, 291.
CONSEIL D'ÏTAT