LE DÉPARTEMENT DE LA GUERRE
Imperiîim militiae.
§ 1. LA RÉPARTITION DES COMMANDEMENTS MILITAIRES OD LES SENATUSCONSULTA DE PROVINCIIS.
Article 1. La répartition des provinces
depuis le commencement de îa République jusquà la
seconde guerre samnitique. 510-326.
L'histoire de la République s'ouvre par les guerres que Rome eut à soutenir contre Porsenna et les Latins qui voulaient rétablir Tarquin le Superbe sur le trône. Le renouvellement de l'alliance latino-romaine (493), à laquelle vinrent s'adjoindre les Herniques en 486, fut suivi d'un siècle de guerres pour ainsi dire ininterrompues entre les alliés d'une part, les Eques, les Volsques, les Sabins d'autre part. A la prise de Veji en Etrurie par les Romains en 396 succéda bientôt la prise de Rome par les Gaulois (390). Les incursions des Gaulois dans le Latium durèrent environ quarante ans, et forcèrent les Latins à renouer l'alliance avec Rome (358), qu'ils avaient d'abord abandonnée.
Les Campaniens, menacés par leurs puissants voisins de l'Est, les Samnites, demandèrent du secours à Rome. Ce fut l'origine de la première guerre samnitique (343-341), suivie bientôt de la défection des Latins. Rome fit la guerre au Latium et le soumit (338). La conquête du Latium fut le premier agrandissement important de l'Etat romain, le point de départ des conquêtes ultérieures.
Pendant cette période qui embrasse les deux premiers siècles de la République, c'est dans le Latium vêtus et les régions limitrophes que la guerre est localisée. Le commandement militaire est exercé uniquement par les magistrats cum imperio, les consuls ou les magistrats extraordinaires qui les remplacent, le dictateur, les Xviri leç. scrib., les tribuni militum cons. pot.
Quelle fut, pendant cette période, la part d'influence reconnue au Sénat sur l'exercice et la répartition du commandement militaire?.
Distinguons à ce sujet selon que ce commandement est exercé par les deux consuls ou par les magistrats extraordinaires CU77Î imperio.
Dès l'origine de la République, chacun des deux consuls a eu droit au commandement d'un corps d'armée de deux légions (eœercitus consularis) , qu'il pouvait, en vertu de son imperium, recruter parmi les citoyens (indicere dilectum) (i). L'armée romaine se composait donc de deux divisions, chacune de deux légions (2). Il va sans dire que les consuls ne pouvaient conduire leurs armées en campagne, que si l'Etat romain était en guerre avec un peuple voisin ; et toute déclaration de guerre était précédée d'un sénatusconsulte et d'un jiissus populi^ ratifiant le sénatusconsulte (3),
Supposons que l'état de guerre existe. Les deux armées consulaires opéreront-elles ensemble, en ne formant qu'une seule «rmée dont le commandement en chef alterne de jour en jour parmi les consuls? Ou bien les deux corps d'armées opéreront-elles séparément, en deux régions diff'érentes? Et, en ce dernier cas, à qui appartient-il de déterminer les deux centres d'opérations (provinciae), et d'assigner sa région à chaque •consul?
Bien que nous n'ayons aucune donnée bien précise pour cette première époque de la République, il semble cependant ■que dès l'origine la décision en cette matière appartenait au
(1) Liv., V, 19 § 4. — Mommsen, Staatsr., II, 284, n« 1.
(2) Cf. Polyb., VI, 19. — Mommsen, Staatsr., I, 117, n« 4.
(3) Voyez plus haut, p. 466.
Sénat. D'abord, il décidait si les deux corps d'armées consulaires opéreraient ensemble ou séparément, el, dans cette dernière alternative, il fixait deux centres ou directions des opérations militaires (provinciae) (i).
Mais là s'arrêtait le droit du Sénat. Il n'avait certainement pas le pouvoir d'attribuer le commandement militaire exclusivement à un seul des deux consuls, et d'obliger l'autre à rester à Rome (2).
Que si le Sénat arrête deux provinces consulaires différentes, c'est aux deux consuls à se répartir ces provinces, soit à l'amiable (comparare) (8), soit par le tirage au sort (sortiri, par tir i) (4).
Le Sénat n'a pas le droit de faire ce partage. Il peut recommander aux consuls la répartition qu'il préfère (extra sortem, extra ordinem) (5). Il ne peut pas l'imposer (e). Même, dans les siècles suivants, alors que l'influence du Sénat sur les commandements militaires s'était fort développée, et que le Sénat répartissait les provinces en consulaires et en prétoriennes, il n'a jamais eu le droit d'attribuer extra sortem une province consulaire. C'est donc une inexactitude ou une concision d'expression, lorsque Tite-Live (7) et Denys (s) attribuent parfois la répartition des provinces consulaires à une décision du Sénat.
La répartition du commandement militaire parmi un plus grand nombre de magistrats augmenta naturellement l'influence du Sénat sur ce département. Nous ne nous arrêterons pas au
(1) Cf. Liv., III, 10 § 9. Dionys., IX, 36, etc.
(2) Quoiqu'en dise Dionys., V, 52, 59, etc. — Il peut se faire cependant que l'un des deux consuls reste aux portes de Rome, â la tête de son corps d'armée, pour la défense de la ville. Liv., III, 22 § 3, VII, 38. — Voyez aussi Mommsen, Staatsr., I, 35, n* I.
(3) Liv., II, 40 § 14, cf. VI, 30 § 3, VIII, 20, 22.
(4) Liv., III, 10 § 9, 22 § 3, 57 § 9, IV, 37 § 6, 43 § I, V, 24 § 2, VI. 30 § 3, VII, 6, 19, 38. Dionys., VI, 91, IX, 36, etc.
(5) Liv., VIII, 16: '^Petitum a consulibus ut extra sortem Corvt ea provincia esset. "
(6) Cf. Liv., IV, 45^7-8.
(7) II. 60 § 3, III, 2 § 2, VII, 23, 25-26, etc.
décemvirat législatif. Cette magistrature extraordinaire fut essentiellement créée dans un but civil, et elle ne fut pas maintenue assez longtemps pour que l'on puisse caractériser l'influence que le Sénat exerça sur le département de la guerre pendant le décemvirat (i).
Mais au décemvirat succéda après peu d'années le tribunat consulaire qui comprenait de trois à six collègues. Quand l'Etat est administré par des tribuns consulaires, il y en a généralement un (2), parfois deux (3), qui restent à Rome pour présider le gouvernement central. Les autres (de deux à cinq) exercent les commandements militaires. Cependant, comme l'armée annuelle ne dépassait pas, ce semble, le nombre de quatre légions (4), elle était répartie, comme antérieurement, en deux armées consulaires; et celles-ci étaient ou bien réunies pour opérer dans une seule provincia (5), ou bien séparées pour opérer dans deux provinciae distinctes (e). En ce dernier cas chaque armée est commandée tantôt par un (7), tantôt par deux (s) ou plusieurs (9) tribuns militaires. Il s'ensuit que sous le tribunat consulaire la répartition des com-
(1) Pendant l'histoire des deux premières années du décemvirat (451-450), il n'est question d'aucune guerre extérieure ni chez Tite-Live, ni chez Denys. Dans la troisième année, au rapport de Tite-Live (III, 41 § 10), une province fut assignée à trois, l'autre à cinq décemvirs, tandis que deux restaient à Rome.
(2) Liv., IV, 31, 36, 45 § 7, 59, V, 3, VI, 6, etc.
(3) Cela résulte de ce que sur six tribuns consulaires il n'y en a parfois que quatre qui reçoivent des commandements militaires. Liv., V, 24, 32, VI, 31, etc.
(4) Voyez plus loin, § 4.
(5) Liv., IV, 31, 36, 45, 59, 61, V, 3, 8.
(6) Liv., IV, 61 § 3, V, 24, 26, 32, VI, 4, 6, 31. — Ce qui prouve qu'on ne désignait pas plus de deux provinces ou corps d'armée, c'est que précisément pendant cette époque (en 421) on créa les questeurs militaires au nombre de deux (Liv., IV, 43). — La contradiction que l'on pourrait trouver dans certains passages de Tite-Live, n'est qu'apparente. Ainsi, quand (V, 12), en 401, M' Aemilius et K. Fabius opèrent sur le territoire de Veji, M. Furius dans Vager Faliscus, et Cn. Cornélius dans Vager Capenas, ces quatre tribuns ont une seule province, la province d'Etrurie, dans laquelle ils commandent une seule et même armée consulaire, tandis que la seconde province, les Volsci, est échue à Valerius Potitas.
(7) Liv., V, 12, 24.
(8) Liv., V, 24, 26, 32, VI, 6, 22, 31.
(9) Cf. Liv., V, 12 (n« 6), VI, 6, 22.
mandements militaires était plus compliquée, qu'elle se prêtait moins facilement à la comparatio ou à la sortitio, sans l'intervention préalable du Sénat. Il appartenait sans aucun doute au Sénat de désigner les provinces, de déterminer l'importance de chacune d'elles par le nombre des tribuns consulaires auxquels elle devait échoir, de décider si un ou deux tribuns consulaires resteraient à Rome, etc. (i). A la suite du sénatusconsulte sur la matière les tribuns procédaient au tirage au sort (2).
Nous sommes disposé à admettre que le sénatusconsulte annuel qui décidait si pour l'année suivante le peuple élirait des consuls ou des tribuns consulaires (3), déterminait en ce dernier cas le nombre des tribuns consulaires qui seraient élus pour l'année suivante, et qu'il fixait ce chifi're selon l'importance des provinces qu'il désignait ou prévoyait pour l'année suivante.
Quoi qu'il en soit, nous ne doutons en aucune manière que la période du tribunat consulaire n'ait contribué à développer considérablement l'influence du Sénat sur le département de la guerre.
D'autre part, le Sénat avait la faculté de suspendre le commandement militaire des consuls ou des tribuns consulaires en ordonnant la nomination d'un dictateur (4). Le dictateur en effet est commandant en chef de toute l'armée (5).
Vers la fin de cette période, en 367, fut instituée la préture. Il n'y eut d'abord qu'un seul préteur, créé spécialement pour
(1) Dans le récit de Tite-Live, c'est en effet le Sénat qui décide de tous ces points, cf. IV, 36, 45, 49, 59, VI, 22 § 6, 25 § 5, 30 § 3. 31, 32.
(2) Liv., V, 12. Tite-Live mentionne aussi des provinces accordées extra ordinem à un ou à deux tribuns consulaires (IV, 49 § 8, VI, 22 § 6, 30 § 3). Mais cela même prouve que la sortitio était la voie ordinaire, et on ne peut pas en conclure que le Sénat eût le droit de donner les provinces eœtra sortent, sans le consentement des autres tribuns consulaires.
(3) Voyez p. 262, n« 1.
(4) Voyez p. 240.
(5) Voyez mon Droit public rom., p. 260.
exercer la juridiction civile et pour administrer la ville de Rome en l'absence des consuls. Avant 326, il n'est question que deux fois de la délégation d'un commandement militaire au préteur. Ce fut en 350 et en 349. En 350, le préteur sur l'ordre du consul remplaça l'autre consul malade (i). En 349, l'un des deux consuls étant mort, l'autre consul choisit une des deux provinces et assigna la seconde au préteur (2). Dans les deux cas, bien que le Sénat ait été probablement consulté, le consul avait le droit d'en agir ainsi en vertu de son imperium majus.
Article 2. La répartition des provinces
depuis la seconde guerre samnitique jusqu'à la seconde
guerre punique. 326-218. Prorogatio imperii.
Pendant cette période Rome soutint d'abord la guerre contre les Samnites, et ensuite contre le roi Pyrrhus, allié de Tarente. Victorieuse, elle étendit sa domination sur l'Italie entière. S'immisçant dans les affaires de Sicile, elle entra en lutte avec les Carthaginois. L'issue heureuse de la première guerre punique lui permit de soumettre la Sicile, la Sardaigne et la Corse, et enfin la Gaule Cisalpine. Telle était l'étendue de l'Etat romain lorsque la seconde guerre punique éclata.
Le commandement militaire était exercé par les deux consuls, ou extraordinairement par le dictateur. On créa, il est vrai, en 242 une deuxième place de préteur; mais cette seconde place fut instituée, comme la première, pour administrer la juridiction civile à Rome (3).
Cependant les nécessités de la guerre exigeaient assez souvent que le commandement militaire fût délégué à plus de deux généraux. Les mesures auxquelles on avait recours dans ces circonstances, étaient au nombre de trois.
(1) Liv., VII, 23.
(2) Liv., VII, 25 : « (Camillus consul) Gallicum sibi hélium extra sortent sumit, praetorem maritimam oram tutari Graecosque arcere litoribus jussit. y
(3) Liv., Ep. XIX.
I. Le commandement militaire est délégué au préteur. Dans le principe, le préteur n'était guère distrait de sa juridiction que pour remplacer, en suite d'une décision du Sénat, un consul qui est mort ou fait prisonnier de guerre (i). Dans la suite, le Sénat charge parfois le préteur ou depuis 242 l'un des deux préteurs de conduire des troupes supplémentaires au secours d'un consul (2), ou même d'exercer, dans une province consulaire, le commandement en second (3). Enfin, le cas se présente que le préteur obtient un commandement propre (4). Ce fut spécialement pour faire la guerre en Sicile et en Sar- (laigne que le préteur était investi du commandement militaire.
Aussi, peu de temps après la soumission définitive de la Sicile et de la Sardaigne, en 227, le nombre des préteurs fut porté à quatre (5). Par cette mesure, outre les deux préleurs judiciaires de Rome, deux autres restaient disponibles pour le commandement militaire ou l'administration des provinces (e).
II. La seconde mesure, ce fut la prorogatio imperii, innovation importante, et qui par son développement ultérieur de-
(1) En 295, pour remplacer le consul tué (Liv., X, 31) ; en 260, en remplacement du consul fait prisonnier de guerre. Zonar., VIII, 10 (Dind. II, 203). — Le préteur L. Caecilius (Liv., Ep. XII, L. Caecilius praetor, Polyb., II, 19, Aîuxtou ToO arpocTïiyov) qui fut tué en 283 (Oros., hist., III, 22, S. Aug., de civ. dei, III, 17) dans la bataille d'Arretium, remplaçait sans doute aussi un consul empêché. Le préteur en question est L. Caecilius Denter qui avait été consul en 284, et qui, d'après un usage assez ordinaire à cette époque (T. I, p. 92, n® 2), avait été élu à la préture pour 283. Nous ne voyons pas de motif pour prétendre avec Mommsen (Rom. Forsch., II, 367, 369, 375) que le fait en question serait arrivé pendant le consulat de Caecilius.
(2) En 271, au secours des consuls à Regium (Dionys., XX, 5, où se trouve erronément tôv heoov t«wv xarà Trô^tv azpoi.T:YiyMv : il n'y avait encore qu'un prêteur). En 248, en Sicile. Zonar., VIII, 16 (Dind. II, 219).
(3) En 242, en Sicile (Zonar., VIII, 17, Dind. II, 221, où il faut lire iak-n, au lieu de <ï»^âtxoç, voyez plus loin, p. 529, n® 5).
(4) En 234, en Sardaigne (Zonar., VIII, 18. Dind. II, 226). — Atilius Calatinus qui en 257, étant préteur, triompha ex Sicilia de Poenis (Act. triumph.), avait commandé en Sicile en 258, étant consul (Zonar., VIII, 11. Dind. II, 205).
(5) Liv., Ep. XX.
(6) Il n'est pas vrai de dire que les deux prétures nouvelles fussent assignées par la loi aux provinces de Sicile et de Sardaigne. Car, pour ainsi dire immédiatement après, en 225, un préteur commande en Etrurie, tandis que la Sardaigne est province consulaire. Polyb., II, 23.
vint, aux mains du Sénat, un instrument d'influence fort puissant.
En 327, Q. Publilius Philo, ancien dictateur et ancien censeur, et qui en cette année gérait le consulat pour la seconde fois (i), dirigeait les opérations militaires contre les cités grecques en Campanie. Vers la fin de l'année, le Sénat jugea qu'il serait utile de maintenir à Philon son commandement militaire, et il invita les tribuns de la plèbe à soumettre au concilium plebis la rogatio suivante : <^Uty cum Q. Publilius Philo consulatu abissety pro consule rem gereret^ quoad debellatum cum Graecis essei (2). » La rogatio fut votée. Publilius Philo fut le premier proconsul : « Prorogatio imperii non ante in ullo fada (3). »
La prorogatio imperii fut donc accordée à l'origine par un plebiscitum, voté ex patrum auctoritate.
Elle devint peu à peu la règle pour les consuls sortants de charge. Parmi ceux dont Vimperium fut prorogé, on mentionne Fabius après son second consulat de 310 (4), et après son troisième consulat de 308, in insequentem annurn (5), les deux consuls de 297 (in sex menses) (e), le consul Volumnius de 296 (in annum) (7), le consul Fabius de 292 (s), des consuls de 259, 256, 255, 254, 251, 242 et 229 (9).
La prorogatio imperii fut également étendue à la préture.
(1) Voyez le T. I, p. 104.
(2) Liv., VIII, 23.
(3) Liv., VIII, 26, cf. Act. triumph. ad a. U. 427. — En présence de ce renseignement formel, il n'y a lieu d'attacher aucune valeur au récit de Denys (IX, 63) et de Tite-Live (111, 4), qui mentionnent déjà en 464 un proconsul nommé par le Sénat. Ce n'est d'ailleurs pas le seul prochronisme qui se trouve dans ce passage de Tite-Live (p. 248, n^ 2). Au reste, Denys mentionne déjà antérieurement des àvGÛTraToi (IX, 16). Il s'agit probablement de legati du général dans ce passage.
(4) Act. triumph. ad a. U. 445.
(5) Liv., IX, 42.
(6) Liv., X, 16, 20.
(7) Liv., X, 22.
(8) Dionys., XVII, 4. Zonar., VIII, 1 (D. II, 173). Act. triumph. ad h. a.
(9) Voyez les Acta triumphorum. Cf. Polyb.. II, 12, Liv., Ep. XVIII.
Tite-Live (i) donne, il est vrai, déjà en 295 le titre de propraetore à trois sénateurs consulaires qui commandaient sous les ordres des consuls : L. Cornélius Scipio, Cn. Fulvius et L. Postumius Megellus. Mais ce titre y est certainement mal employé. Aucun de ces trois sénateurs n'avait été ni préteur (2), ni consul (3) en 296. Partant, ils ne pouvaient être en 295 ni propraetore ni proconsuîe. Ces prétendus propréteurs étaient sans doute des le^ati des consuls, comme cela est confirmé par leur subordination aux consuls (4).
Le premier préteur dont la prorogatio imperii soit positivement attestée, ce fut Q. Valerius Q. f. P. n. Faite. En 241, il célébra un triomphe naval sur la Sicile, étant propr(aetore) (5).
Généralement, nos sources ne parlent pas. de la procédure suivie pour la prorogatio imperii dans ces différents exemples. Si dans certains passages les historiens ne font ressortir que l'intervention du Sénat (e), ailleurs ils mentionnent expressément, outre le sénatusconsulte, le plébiscite (ex sénat usconsuUo et acito plehis) (7). Ces exemples et le terme même de prorogatio nous autorisent à conclure que pendant la période dont nous nous occupons, le plébiscite était une condition obligatoire pour l'octroi de la prorogatio (s). Ce plébiscite déterminait
(2) Le préteur de 296 fut P. Sempronius. Liv., X, 21.
(3) Scipion et Fulvius avaient géré le consulat en 298, Postumius en 305.
(4) Liv., X, 25-27. Voyez plus loin, § 3. — Denys (IX, 11-12), appliquant à la première période de la République des titres qui ne datent que du déclin de la République , parle dans l'histoire de 480 avant J . C . de rpea^eural xax dvrtarpâxrjyoi^ c'est-â-dire de legati pro praetore. Voyez plus loin, § 3.
(5) Act. triumph, ad a. U. 413. C. L, I, 458. — Il arriva au consulat en 239. Voyez, au sujet de son triomphe, Val. Max., II, 8 § 2.
(6) Liv., IX, 42. Dionys., XVII, 4.
(7) Liv., X, 22.
(8) Cf. Mommsen, Staatsr., I, 620. — Mais la prorogatio imperii n'exigeait point le vote de la lex curiata de imperio. Il n'est jamais question de celle-ci pour les promagistrats, qu'ils soient nommés par prorogatio ou par élection directe du peuple. La lex curiata dont il est question chez Cicéron (ad fam.^ I, 9 § 25, cf. ad Q. fr., III, 2 § 3, ad Att., IV, 16 § 12, 18 § 2) à propos du consul Ap. Claudius de 54, est celle qui en droit strict eut été requise pour légitimer ses pouvoirs consulaires. Mais elle ne se rapporte pas directement à son proconsulat. Voyez plus haut, p. 420, n* 1 .
la provincia ou le centre d'opérations qui était assigné au proconsul ou au propréteur (i).
III. La troisième mesure, c'est la création en 31 1, en vertu d'un plebiscitum Decium, de II viri navales^ nommés par le peuple (2) pour le commandement des flottes (3).
Ils furent remplacés, ce semble, en 267 par des quaestores classici (4).
Les consuls exercent de droit le commandement militaire dans les centres d'opérations dont il n'a pas été disposé par plébiscite en faveur d'un promagistrat (5). Tantôt ils ont la même provincia et le même quartier général, par exemple, la guerre contre les Carthaginois en Sicile, en 263 et années suivantes (e), en 255 et années suivantes (7), dans la suite, la guerre contre les Ligures dans la Gaule Cisalpine, par exemple, en 236, 235 (s), etc. Tantôt ils ont deux provinciae distinctes, qu'ils se partagent par le sort(9) ou à l'amiable (10), par exemple, la guerre en Etrurie et la guerre dans le Samnium, en 310 et années suivantes (u), la guerre en Sicile et la guerre en Sar-
(1) Liv., VIII, 23.
(2) Liv., IX, 30 (cité p. 416, n" 1). On pourrait déduire de ce texte que ces II viri furent institués uniquement pour l'équipement des flottes (p. 415-416) ; mais les passages cités â la n* 3 prouvent qu'ils en avaient également le commandement.
(3) En 310, Tite-Live (IX, 38) parle de P. Cornélius « quem senatus maritimae orae 'praefecerat. » C'était sans doute, comme Mommsen (Staatsr., II, 565, n* 3) le veut, un Ilvir navalis auquel le Sénat avait assigné sa province. — En 282, « cum a Tarentinis classis Romana direpta esset, duumviro qui praeerat classi occiso. " Liv., Ep. XII, cf. Dion. Cass., fr. 39 § 4 : (( Aoûxto; Oùa^Épto; vauapp^wv ts 'Pwpatoi;. )) Zonar., VIII, 2. Dind. II, 174.
(4) Voyez le § 2.
(5) Si la même province est assignée à un consul et à un promagistrat, le promagistrat est subordonné au consul. Voyez Dionys., XVII, 4, et plus loin, art. 3, IV.
(6) Polyb., I, 16, 17, 20.
(7) Polyb., I, 36,38, 39 § 1, §8. Zonar., VIII, 14 (Dind. II, 213 et 217), etc.
(8) Zonar., VIII, 18 (Dind. II, 224, 11. 18 et 26).
(9) Liv., VIII, 29, IX, 31, 41, X, 12, cf. 24, 45.
(10) Dionys., XVII, 4. Cf. Liv., IX, 12 : « Consuîes inter se partiti provincias. »
(11) Diod. Sic, XX, 35. Zonar., VIII, 1 (D. II, 172), 3-4 (ib., p. 181). Dionys., XIX, 13.
daigne, en 259 et 258 (i), la guerre en Ligurie et la guerre en Corse,, en 234 (2), etc.
C'est au Sénat qu'appartenait sans doute le droit de décider s'il y aurait une ou deux provinces consulaires et lesquelles (3). Le Sénat n'avait cependant pas le droit de répartir les deux provinces consulaires extra ordinem.
Tite-Live (4) rapporte, il est vrai, qu'en 295, sous le consulat de Q. Fabius (V) et de P. Decius (IV), le Sénat, où le parti patricien dominait encore, décréta extra ordinem au consul patricien Fabius le conamandement le plus important, celui de TEtrurie. Decius protesta, dit-il, contre cette usurpation du Sénat, et l'affaire fut portée devant l'assemblée tribute qui confirma la décision du Sénat.
Cependant, ajoute l'historien, il existe sur les événements de cette année une autre version, d'après laquelle les deux consuls dirigèrent ensemble la guerre en Etrurie, sans avoir eu le moindre différend (5).
Cette seconde version nous paraît la plus probable.
Néanmoins l'influence du Sénat sur la répartition des commandements militaires s'augmenta par la création des provinces militaires prétoriennes. Comment ces provinces étaient-elles désignées et conférées, aussi longtemps qu'elles furent extraordinaires, c'est-à-dire avant la loi de 227 qui augmenta le nombre des préteurs? C'est ce que nous ne savons pas.
Mais, depuis le début de la seconde guerre punique jusqu'à la fin de la République (e), le Sénat a possédé sans conteste
(1) Zonar., VIII, 11 (D. 11,205).
(2) Zonar., VIII, 18 (D. II, 226).
(3) Cf. Liv., X, 32 (294) : ^^ Samnium amltobiis consulibics décréta provincia est. -
(5) X, 26 : « Invenio apud quosdam extemplo consulatu inito profectos in Etruriam Fabium Deciumque sine ulla mentione sortis provinciarum certaminwnque inter collegas. »
(6) Voici â ce sujet l'opinion de Cicéron (in Vat., 15 § 36) : " Eripueras senatui provinciae decet^nendae potestatem,... quae nunquam sibi popidus Romanus appetivitr* (ad fam., XVI, 11 § 2) : >* Et erat adhuc inpudens qui... provinciam invito senatu teneret. » Pour peindre l'anarchie qui régnait
deux droits fort importants : celui de faire la division annuelle des provinces en consulaires et en prétoriennes, et celui de proroger, sans l'intervention de la plèbe, Vimperium des consuls et des préteurs. Ces droits, pour être incontestés, ont dû être reconnus au Sénat régulièrement, c'est-à-dire, par une loi ; et tout nous porte à croire que c'est la loi de 227, sur le contenu de laquelle nous ne sommes d'ailleurs pas renseignés, qui a conféré au Sénat cet accroissement de pouvoirs.
Article 3. La répartition des provinces
depuis la seconde guerre punique jusquà la lex Sempronia
de provinciis. 218-123.
Les départements ordinaires qui, au début de la seconde guerre punique, devaient être administrés par des citoyens revêtus de Vimperium ( provinciae) , étaient, outre la juridiction urbaine et la juridiction pérégrine, la Sicile (Sicilia vêtus) (i), la Sardaigne y compris la Corse (2), la Gaule Cisalpine ou Ariminum (3), et l'Italie. Mais, aussi longtemps qu'Hannibal a guerroyé en Italie même (218-202), le Sénat a été obligé d'occuper par des armées pour ainsi dire permanentes les différentes régions de la péninsule et d'y créer plusieurs commandements militaires f^rore^cmej extraordinaires. Ce furent spécialement, au Nord, la province d'Etrurie (4), et transitoirement le Picenum (5), au Midi, la province de Campanie (Suessula (e),
à Rome, en 58, sous le tribunat de Clodius, l'orateur s'écrie : « Quis provinciam... ah senatu petebat. « (p. Sest., 30 § 66).
(1) Liv., XXIV, 44, cf. 10-11, XXV, 3, XXVI, 1, 28, XXVII, 22, XXVIII, 10, 38, XXIX, 13, XXX, 1, 27, 40, XXXI, 6, XXXII, 1, 8, 28, XXXIII, 25, 43, XXXIV, 43, 53, XXXV, 20, 41. XXXVII, 2, 50, etc.
(2) Liv., XXIV, 10-11, 44, XXV, 3, XXVI, 1, 28, XXVII, 7, 22, 35, XXVIII, 10, 38, XXIX, 13, XXX, 1, 40, XXXI, 6, XXXII, 1, 8, 28, XXXIII, 25, 43, XXXIV, 43, 53, XXXV, 20, 41, XXXVII, 2, 50, etc.
(3) Liv., XXIV, 10-11, 44, XXV, 3, XXVI, 1, 28, XXVII, 7, 22, 35, XXVIII, 10, 38, XXIX, 13, XXX, 1, 27, XXXII, 1, 8, 28, XXXIII, 43, XXXIV, 43, 55, XXXV, 20, XXXVII, 2, etc.
(4) Liv., XXV, 3, XXVI, 1, 28, XXVII, 7, 22, 36, XXVIII, 10, XXIX, 13, XXX, 41.
(5) Liv., XXIV, 10-11, 44.
(6) Liv., XXIV, 44, XXV, 3.
Capua) (i), la province de Lncanie et du Bruttiura (2), et la province d'Apulie (Luceria, Tarentum) (3). De plus, les nécessités de la guerre exigeaient tantôt la création de départements maritimes (navales provinciae), c'est-à-dire de commandements spéciaux des forces navales (4), tantôt l'envoi d'armées avec des commandants en chefs dans les pays ennemis ou occupés par les ennemis, en Espagne (5), en Grèce et Macédoine (e) ou en Afrique (7).
Après la fin de la seconde guerre punique les commandements extraordinaires en Italie furent supprimés, et ils n'y furent rétablis en certaines régions qu'exceptiounellement , quand des circonstances spéciales l'exigeaient (s).
Mais aux départements ordinaires étaient venues s'ajouter d'abord, en 213, la nouvelle province de Sicile ou le royaume de Hiéron (Sicilia nova) (9) et, peu après, l'Espagne, qui, en 197, fut définitivement divisée en deux provinces (10). Ensuite, pendant le ti^ siècle avant J. C. jusqu'à l'époque des Gracques, Rome a étendu successivement son empire : de là l'envoi d'armées hors de l'Italie ou la création de provinces extraordinaires
(1) Liv., XXVI, 1, 28, XXVII, 7, 22, 35, XXVIII, 10, XXIX, 13.
(2) Liv., XXV, 3, XXVII, 7, 35, XXVIII, 10, 38, XXIX, 13, XXX, 1, 27. 40, XXXI, 6, XXXII, 1 .
(3) Liv., XXIII, 25, XXIV, 10-11, 44, XXV, 3, XXVI, 21-22, 28, XXVII, 7, 22, 36, XXVIII, 10, XXIX, 13.
(4) Liv., XXIV, 10-11, 44, XXV, 3, XXVI, 1, 28, XXVII, 22, XXIX, 13, 27, XXXV, 41, XXXVII, 2, 50.
(5) Liv., XXIII, 26, XXV, 3, XXVI, 18, XXVII, 22, XXX, 1, 27, 41.
(6) Liv., XXIV, 44, XXV, 3, XXVI, 22, XXXI, 6, XXXII, 1, 8, 28.
(7) Liv., XXX, 27.
(8) L'Iîtrurie, en 195 (Liv., XXXIII, 43), en 190 (XXXVII, 2), en 189 (ib., 50), en 177 (XLI, 12), le Bruttium, de 192 à 188 (Liv., XXXV, 20, 41, XXXVII, 2, 50, XXXVIII, 35), Tarente et l'Apulie, de 187 à 181 (Liv., XXXVIII, 42, XXXIX, 41, 45, XL, 18).
(9) Liv., XXIV, 44 : « Sicilia finibus eis quibus regnum Hieronis fuisset. - Cf. 11, XXV, 3, XXVI, 1, 28, etc.
(10) Liv., XXXII, 28 : « Terminare jitssi (les deux gouverneurs) qua tUterior citeriorve provincia servareiur, » XXXIII, 25., 43, XXXIV, 43, 53, XXXV, 20, 41. XXXVII, 2, 50. etc.
en Macédoine (i), en Grèce (2), en Asie (3), en Delmatie (4), en Afrique (5) et, après la soumission définitive de ces pays, leur transformation en départements administratifs ou provinces ordinaires. C'est ainsi que l'Etat organisa en 146 la province de Macédoine et d'Achaïe et celle d'Afrique, en 133, la province d'Asie (e), tandis qne l'Illyricum ou la Delmatie n'obtint point de gouverneur spécial, mais était adjoint à une province voisine, d'ordinaire à la Gaule Cisalpine (7).
Annuellement le Sénat arrête le nombre des provinces ordinaires et extraordinaires. Il détermine celles qui seront attribuées à des promagistrats et répartit les autres en consulaires et en prétoriennes (s).