I. La désignation des provinces consulaires
Le Sénat est tenu de choisir (nominare, decernere) les provinces consulaires (9) parmi les provinces importantes, c'est-àdire, parmi celles dont le commandement militaire exige une armée importante (10).
On peut résumer ces provinces dans les trois catégories suivantes :
P Le commandement général de l'Italie. Celui-ci ne peut être conféré ni à un préteur ni à un promagistrat (11). Aussi,
(1) Liv., XXXV, 20, XLII. 31, XLIII. 12, XLIV, 17, XLV, 16.
(2) Liv., XXXVII, 1, 50.
(3) Liv., XXXVII, 50.
(4) Liv., XLIV. 21, XLV, 16, Ep. XLVII. App., III., 11.
(5) Liv., Ep. XLIX, 41. Polyb., XXXVI, 5. Diod. Sic, XXXII, 18.
(6) Voyez le Ch. VII, § 4.
(7) Voyez p. 536, n® 2, et aux Art. 4 et 5.
(8) Cf. Liv., XXIV, 10-11.
(9) Liv., XXI, 17, XXVIII, 38, XXXIX, 38, etc.
(10) Liv., XXXIX, 38 : » Consulibus Ligures, quia hélium nusquam alibi erat, decreti. " XL, 1 : « Consulibus nulla praeter Ligures quae decemerelur erat. « Cf. XXXIX, 45.
(11) Momrasen (Staatsr., II, 630, n^ 2) prétend le contraire, et il cite à l'appui lexemple de Ti. Claudius Nero, qui fut préteur en 178 et obtint, dit-il, en 177, le commandement de l'Italie avec le titre de proconsul. C'est une erreur. En 178
lorsque les deux consuls ont des provinces extra-italiques, le coffimandement général de l'Italie est-il suspendu de fait.
2° Le coraraanderaent en chef d'une armée faisant la guerre hors de l'Italie, soit sur terre (i), soit sur mer {2), excepté dans les cas où ce commandement est délégué à un promagistrnt par le Sénat ou par le peuple.
S"* Les provinces extra-italiques ordinaires, mais seulement lorsque, se trouvant en état de guerre, elles exigeaient l'envoi de forces militaires extraordinaires (3). Cependant, quand il n'y avait pas de guerre en Italie même, la province consulaire d'Italie était généralement combinée avec les provinces de
le préteur Ti. Claudius Nero avait été envoyé par le Sénat pour commander à Pise une armée d'une légion et d'alliés (Liv., XLI, 5). En d'autres termes, il avait obtenu la province extraordinaire d'Etrurie. En 177 il fut prorogé dans ce commandement. « Ti. Claudius proconsul, qui praetor priore anno fuerat, cum praesidio legionis unius Pisis praeerat. » (Liv., XLI, 12). Le commandement général d'Italie en 177 était sans aucun doute combiné avec la guerre d'Istrie qui était échue au consul C. Claudius Pulcher (Liv., XLI, 8). Sur le titre de proconsul donné par Tite-Live à Ti. Claudius, voyez plus loin, VI s. f.
(1) Voyez plus loin, p. 537-538.
* (2) Par ex., en 201 : » Uti consules provincias inter se compararent sortirenturve uter Italiam, uter classem navium quinquaginta haberet. . . consul mari... rem gei^eret. » Liv., XXX, 40, cf. 43 : » Consul cui classis provincia erat. » De même en 149. Cf. App., Pun., 75.
(3) La Sicile, en 218 (Liv., XXI, 17), en 210 (ib., XXVI, 28), en 205 (ib., XXVIII, 38), en 134 et années suivantes, à cause de la guerre servile (Liv., Ep. LVI, LIX, Gros., V, 9, Val. Max., VI, 9 § 8). — L'une ou l'autre province d'Espagne, en 195 (« cutn in Hispania tantum glisceret bellum ut jam consulari et duce et exercitu opus esset, placere consules Hispaniam citeriorem Italiamque provincias... « Liv., XXXIII, 43, Nep., Cat., 2), en 153 (App., Hisp., 45, Polyb., XXXV, 4), en 152 et 151 (Liv., Ep. XLVIII, App., Hisp., 49), de 143 à 134 (consularis dux et exercitus, â cause de la guerre contre Viriathus, Liv., Ep. LU, LUI, LIV, LV, LVI, Dio Cass., fr. § 77, 78, App., Hisp., 78, 79, 80, 84, Val. Max.. IX, 3 § 7, 6 § 4, III, 7 § 5, Diod. Sic, XXXIII, 26, etc.), et en 123 (les îles Baléares qui faisaient partie de l'Espagne citérieure. Liv., Ep. LX. Flor., III, 8. Gros., V, 12. Cf. Marquardt, Staatsverw., I, 103). — La Sardaigne, en 177 (Propter belli magnitudinem provincia comularis facta, Liv., XLI, 8), en 163 (Val. Max., IX, 12 § 3) et 162 (Val. Max., I, 1 § 3). et en 126 (Plut , C. Gracch., 1, Liv., Ep. LX). — L'Asie, lie 131 à 129, â la cause de la guerre contre Aristonicus (,Liv., Ep. LIX, Vell. Pat., II. 4 § 1, Flor., II, 20. Ju.st., XXXVI, 4).
Gaule Cisalpine (i) et cVIllyricum (2). C'est, depuis la fin de la seconde guerre punique (3), la règle pendant toute la période qui nous occupe (4).
Lorsqu'il n'y a pas de guerre extra-italique, le Sénat décrète aux deux consuls l'Italie (5), y compris généralement la Gaule Cisalpine et l'IUyricum, tantôt comme une seule province (e),
(1) Cf. Liv., XXXII, 28(197) : « Consulibus ambobus Italia... eiutbellum cum Gallis Cisalpinis gérèrent. « — Chaque fois qu'un consul guerroie dans la Gaule Cisalpine, on peut en conclure qu'il a aussi la province d'Italie, bien que cela ne soit pas mentionné toujours expressément. Ainsi, en 143, le consul Ap. Claudius, qui fait la guerre aux Gaulois Salassions (Liv., Ep. LUI), avait tiré au sort le département d'Italie (Iv t-^ ^Izalia. Icc^ôiv ao^^îtv, Dio Cass., fr. § 74). Voyez aussi Liv., XXXII, 8, comparé à 26, 28," XXXV, 20-21. — A. G. Zumpt, De Gallia Romanorum provincia, dans ses Studia romana, Berlin, 1859, p. 6-16.
(2) On ne mentionne nulle part, avant la dictature de César, un gouverneur spécial de cette province, qui remonte cependant au 11*^ siècle avant J. C. (Marquardt, Staatsverw., I, 297-298). Elle devait donc être réunie soit à la province de Macédoine, soit à la Gaule Cisalpine. Or, en 135, la Macédoine (Thracia) est gouvernée par un préteur, tandis qu'un consul guerroie dans l'IUyricum (Liv., Ep. LVI). Ce consul a sans aucun doute la province d'Italie et de Gaule Cisalpine. Il en est de même, croyons-nous, des consuls qui font la guerre aux Delrnates ou aux Illyriens en 156 et 155 (Liv., Ep. XLVII), et en 129 (Liv., Ep^ LIX, Act. triumph. cap. ad h. a. Cf. App., 111., 10-11).
(3) Pendant que Hannibal fut en Italie, la Gaule Cisalpine était généralement gouvernée par un préteur ou un promagistrat (voyez p. 543, n«2, et plus loin, III).
(4) Par ex., en 197 (n^ 1), 193 (Liv., XXXIV, 53), 192 (Liv., XXXV, 20), 188 (ib., XXXVIII, 35), 187 (ib., XXXVIII, 42), 186 (ib., XXXIX, 20), 185 (ib., XXXIX, 32), 184 (ib , XXXIX, 38), 183 (ib., 45), 182 (XL, 1), 181 (ib.. 18), 180 (ib., 35), 179 (ib., 44), 178 (XLI, 5), 177 (ib., 8), 176 (ib., 14), 175 (ib., 19), 173 (XLII, 1), 172 (ib., 10), 170 (XLIII, 9), 167 (XLV, 16), 162 (Val. Max.. L 1 § 3), 159 (cf. act. tr. cap.), 156 (n« 2), 155 (n^ 2), 154 (Liv., Ep. XLVII, Polyb.,' XXXIII, 8, 10), 143 (n« 1), 136 (cf. C. L, I, n''549), 135 (n« 2), 129 (n« 2), 125 (Liv., Ep. LX). 124 (Diod. Sic, XXXIV, 23).
(5) Assez fréquemment, au lieu de mentionner l'Italie d'une manière générale, Tite-Live cite la région où les nécessités de la guerre obligent les consuls à établir leur centre d'opérations, cf. XXVI, 2 (l'Apulie), XXVIII, 10 (206) : " Bruttii a^nbobus ut cum Hannibale bellum gérèrent, provincia décréta, " cf. 38, XXX, 27 (202) : la même province consulaire y est appelée tantôt l'Italie, tantôt l'Etrurie.
(6) Bellum cum Hannibale en Italie, en 213 (Liv., XXIV, 44), en 212 (XXV, 3), en 208 : « Utrisque consulibus Italia décréta provincia est - (XXVII, 22). en 197 (n« 1), 196 (XXXIII, 25), 194 (XXXIV, 43), 192 (n« 4), 187
que les deux consuls commandent ensemble, tantôt divisée en deux provinces, dont le Sénat détermine les sièges ou les quartiers généraux, soit en deux régions différentes de l'Italie (i), soit en Italie et Gaule (2), soit enfin, en deux régions de la Gaule (3).
Quand l'Etat est en guerre avec une nation extra-italique indépendante, ou qu'une province extra-italique ordinaire est en état de guerre, et que le Sénat ne réserve pas le commandement militaire de la guerre à un proraagistrat (4), il désigne comme provinces consulaires d'une part l'Italie et d'autre part la guerre (5) ou la province extra-italique (e). Il est extrêmement rare qu'une guerre extra-italique soit décrétée province commune des deux consuls (7).
{uutrùque Ligures, XXXVIII, 42), en 186, 184, 183, 182, 181, 180, 179, 173, 172 (p. 536, n" 4), etc.
(1) En 209 : « Italia ambobus provincia décréta, regionibus iamen partitiim imperium : Fabius ad Tarentum, Fulvius in Lucanis ac Bruttiis remgerei^et. » (Liv., XXVII, 7). En 204 et 203, l'Etrurie et le Bruttium (ib., XXIX, 13, XXX, 1).
(2) Pour 207 : « Provinciae iis non permixtae regionibus, siciU superioribus annis, sed divei^sis extremae Italiae finibus, alteri advet^sus Hannibaleyn Biv^tiii Lucani, alte'ri Gallia adversus Hasdrubalem... décréta. » Liv., XXVII, 35. — En 176, Pise (Etrurie) et les Ligures (XLI, 14), en 167, Pise et la Gaule (XLV, 16).
(3) En 193, 188, 178 et 175 : « Gallia et Ligures (Liv., XXXIV, 53. XXXVIII, 35, XLI, 5, 19), etc.
(4) Cf. Liv., XXXII, 28, XXXIII, 25, XXXVIII, 35.
(5) En 202, l'Italie et la guerre en Afrique (Liv., XXX, 27, voyez p. 540), en 201, l'Italie et la guerre sur mer (XXX, 40), de 200 à 198, lltalie et la guerre en Macédoine (XXXI, 6, XXXII, 1, 8), en 191 et 190, l'Italie et la guerre contre Antiochus (XXXVI, 1, XXXVII, 1), en 171, 169 et 168, l'Italie et la guerre contre Persée de Macédoine (XLII, 31, XLIII, 12, XLIV, 17), en 146 la guerre en Achaïe (Liv., Ep. LU, Polyb., XXXIX, 14).
(6) En 210 : « f/U alteri constdum Italia bellumque cum Hannibale provincia esset, alter classent.. . Siciliamque provinciam obtineret. » Liv., XXVI, 28. De même en 205 (ib., XXVIII, 38, 45). — L'Italie et l'Espagne citérieure en 196 (ib., XXXIII, 43), l'Italie (Gaule) et la Sardaigne en 177 (Liv., XLI, 8), et en 162 (Val. Max., I, 1 § 3), l'Italie et une province d'Espagne, en 143 (Liv., Ep. LUI), en 136 (Val. Max., III, 7 § 5, C. I., I, n° 549), en 135 (App., Hisp., 84, Liv., Ep. LVI), lltalie et l'Asie, en 129 (Flor., II, 20 § 7. Liv., Ep. LIX).
(7) En 149, les deux consuls sont chargés de la guerre contre les Carthaginois. Liv., Ep., XLIX, Polyb., XXXVI, 5. App., Pun., 75.
Mais, quand il y a deux guerres à diriger dans des pays ou provinces extra-italiques différentes, il arrive que le Sénat désigne comme provinces consulaires les deux commandements en chef que les deux guerres nécessitent (i).
La province consulaire d'Italie peut en outre être combinée par le Sénat avec une mission spéciale de l'ordre judiciaire ou financier, à exécuter par les titulaires avant leur départ pour le quartier général de leur commandement militaire (2).
Dans les limites que nous venons d'indiquer, le Sénat décide librement de la désignation des provinces consulaires (3).
Quand il détermine deux provinces consulaires, il invite les consuls à se les répartir à l'amiable (comparare) ou par la voie du sort (sortiri) (4).
Si, au commencement de l'année, une guerre extra-italique est en perspective, le Sénat peut, en décrétant l'Italie aux deux consuls, les inviter à décider par le sort ou à l'amiable lequel des deux sera chargé du commandement, si la guerre éclate (5).
(1) Eil 218, la guerre contre les Carthaginois, d'une part, en Sicile et en Afrique, d'autre part, en Espagne (Liv., XXI, 17, Polyb., III, 40), — en 189, les guerres d'Etolie et d'Asie (Liv., XXXVII, 50), — en 134, une province d'Espagne et la province de Sicile (Liv., Ep. LVI).
(2) Ainsi en 186 : « Consulihus ambobus quaestio de clandestinis conjurationibùs (les Baccanalia) décréta est. « (Liv., XXXIX, 8). Après avoir achevé cette mission, ils se rendent à leurs quartiers généraux en Ligurie (ib., 20, 32 : « /w Ligures 'provinciam exercitum duœerunt. » ) — En 173, le consul Postumius, avant de partir pour la Ligurie, est chargé de se rendre en Campanie ad agrum publicum... terminandum (Liv., XLII, 1, cf. 9, voyez plus haut, p. 345). — Cf. Liv., XXX, 27 (202) : » In eadem provincia (l'Etrurie, quartier général du consul d'Italie en cette année) et C. Sei^ilio prorogatum imperium, si consulem manere ad urbem senatui placuisset. » — En 160, « Pomptinae paludes a Cornelio Cethego consule, eut ea provincia evenei^at, sieeatae. » Liv., Ep. XLVI (plus haut, p. 400).
(3) Liv., XLII, 10(172) : t^ Macedonia negata consulibus. '^ Cf. Polyb., XVIIl, 11. Liv., XXXIV, 43, XXXVIII, 42, et les différends entre le Sénat et les consuls, exposés plus loin, p. 540-542. Voyez aussi Nepos, Cat., 2, et Val. Max., VI, 4 § 2 (144).
(4) Liv., XXX, l : ^ Ut consules inter se compararent sortirenturve uter... r, Cf. XXI, 17, XXVI, 29, XXVII, 36, XXX, 40, XXXII, 1, 8, XXXIll, 43, XXXVIII, 35, XLII, 31, XLIII, 12, etc.
(5) Cf. Liv., XXXV, 20 (192) : « Si quo extra Italiam opus esset ducere legiones. "
Après la répartition des provinces consulaires, le Sénat ne peut pas enlever à un consul la province qui lui est échue (i), ni ordonner une permutation (2), sans le consentement du consul intéressé.
Le Sénat n'a pas non plus le droit d'attribuer à l'un des consuls une province extra sortent (3). Il ne le peut que du consentement de l'autre consul. Ainsi, en 190, sous le consulat de Laelius et de L. Scipion, frère de l'Africain, le Sénat décréta à Laelius l'Italie, et à Scipion la Grèce, pour faire la guerre à Antiochns qui s'était emparé d'une partie de ce pays. Mais cette répartition eut lieu sur le désir de Scipion et du consentement de Laelius (4).
Néanmoins une province peut être assignée à un consul extra sortem par une loi ou un plébiscite (5). En 147, le com-
(1) Ainsi, en 211, les deux consuls avaient reçu la province d'Italie, avec mission spéciale de combattre les Carthaginois en Apulie ; mais, après que l'on fut rassuré de ce côté, le Sénat leur proposa de tirer au sort l'Apulie et la Macédoine. Liv., XXVI, 22. De même en 214, les consuls ayant d'abord eu tous deux la province d'Italie (XXIV, 14, 17), Marcellus est envoyé ensuite en Sicile pour pacifier le royaume de Hiéron (ib., 20. Polyb.. VIII, 5).
(2) En 210, après le tirage au sort des provinces consulaires, »■ postulatum a consulibus est ut de perwutandis 'provindis senatum consulerent. " Le consul Marcellus répond : «♦ Si collegœ nihil intet^sit, mutare se provinciam paratum esse. » Mais, ajoute-t-il, il n'y est nullement obligé. Liv., XXVI, 29. Cf. Val. Max., IV, 1 § 7 : - Siciliam sortitus eam provinciam collegae cessit. »
(3) Les historiens s'expriment parfois comme si les provinces consulaire avaient été décrétées nominatim, quand en réalité elles ont été réparties pa sortitio. Ainsi Polybe, parlant des consuls de l'an 218, dit (III, 40) : « Hjiogj^gioica-jZQ TikuLKSiv fisrà ffTcaTOTrétfwv nÔTrXiov ^Èv KopvjjXiov si; 'lêspia*, Tiêîpio» J -gfijrp-ôviov eî; Aiê'Jïjv, )) tandis que Tite-Live affirme expressément, â deux re prises (XXI, 17, 32), que la répartition de ces deux provinces a été faite par le sort.
(4) Liv., XXXVIL 1. Cf. XXXVIII, 58. Les faits sont présentés un peu dif féremment par Cic, Phil., XI, 7 § 17. — De même en 205 : » Sicilia Scipioni extra sortem, concedente collega. » Liv., XXVIII, 38. Cf. Dion. Cass., fr. 57 §52. Plut., Fab. Max., 25.
(5) Cf. Liv., XXVIII, 45 (205) : - Vulgatum erat, si apud senatum non ohtinuisset (Scipio consul), ut provincia Africa sibi decemeretur. ad popu^ lum extemplo latuintm. «
mandement de la guerre en Afrique fut accordé, malgré l'autre consul, au consul Scipion Emilien par un plébiscite (i), voté eos patrum auctoritate (2), de même qu'en 131 une loi décréta au consul P. Crassus le commandement de la guerre contre Aristonicus (3). Au contraire, quand Plutarque et Justin (4) prétendent que Paul-Emile, consul pour la seconde fois en 168, fut chargé de la guerre contre Persée extra, ordinem par une loi, ils sont dans l'erreur. Tite-Live et Valère-Maxime (5) mentionnent expressément le tirage au sort des provinces consulaires en cette année.
Qu'arrivait-il quand des différends s'élevaient entre le Sénat et les consuls au sujet de cette répartition?
Quelques exemples historiques feront connaître la procédure suivie en de telles conjonctures.
En 202, les deux consuls, Ti. Claudius Nero et M. Servilius Geminus, désiraient succéder au proconsul Scipion, qui dirigeait en Afrique la guerre contre Carthage, et dont Ximperium avait été prorogé l'année précédente par le Sénat donec debellatum in Africa foret (e). Ils demandèrent donc au Sénat de désigner comme provinces consulaires l'Italie et l'Afrique. Le Sénat tourna la difficulté, dit Tite-Live : « Consules jussi cum
(1) App., Pun., 112 : « Kat avrôv d ama^yjaz, Apoûdo; Trept AiSûïjç Trpô; aùrôv lxé).eu£ <?iax^r36oO<T9at. pîjjpt tiç twv §ï}Y.â.py/,)v slîij^ïjcaTO ^i^çSs t;Çç (rrpar/jyîaç tvîv xptfftv ToO <y>i{jtou •ygvéffOai. xal ô (f«fio; eD.eTo tôv SxtTrtwva. )) Cf. Liv., Ep. LI : « a Scipione consule, eut extra sortent Africa provincia data erat. « Cic, Phil., XI, 7 § 17.
(2) Valère-Maxime (VIII, 15 § 4) ne mentionne que le sénatusconsulte : « Eidem senatus bis sine sorte provinciam, prius Africam (147), deinde Hispaniam (134) dédit. » Nous ne connaissons pas le détail de la procédure suivie en 134.
(3) Cic, Phil., XI, 8 § 18.
(4) Plut., Aem. Paul., 10 : « Oûx iiaavreç x>«pov '/evécôat, xaOâTrep glwQet Trep- Twv znctûyjLÛv^ alV gvGù; Ixeîvw i|;>3çpt<Tâpievoi to-j MaxsiJovtxoO Tro^épiou Tr,-j v-yspiovîav. »
Justin,, XXXIII, 1 § 6 : « Eique extra ordinem Macedonicum hélium decernunt. »
(5) Liv.,XLIV, 17 : ^ Itaque desiffnatos exteniplo sortiri placuit provincias... Consulum Aemilio Macedoma, Licinio Italia evenit . " Val. Max., I, 5 § 3 : « Cum ei sorte evenisset ut bellum cum rege Perse gereret. »
(6) Liv., XXX, 1.
tribunis plebis agere^ ut, si Us vider etur, populum rogarent, quem veîlent in Africn hélium gérer e (i). « Les tribus votèrent à TuDanimité pour le proconsul Scipion. Néanmoins, continue l'historien, les consuls tirèrent au sort l'Afrique; car le Sénat l'avait décrété ainsi. Elle échut au consul Nero, à telle condition qu'il aurait un imper ium égal à celui de Scipion.
Ce récit de Tite-Live n'est pas absolument correct. D'abord, l'historien se contredit, en niant d'abord et en affirmant ensuite la nomination de l'Afrique comme province consulaire. Ensuite, lorsqu'un consul et un proconsul commandent ensemble la même province, Ximperium du consul est constitutionnellement supérieur à celui du proconsul (2), à moins qu'un vote du peuple n'en ait décidé autrement. Aussi pensons-nous que le but du plébiscite ne fut pas précisément de charger Scipion seul de la guerre en Afrique, mais de lui conférer dans ce commandement un imperium égal à celui du consul qui tirerait au sort la province d'Afrique.
Il semble en effet que Néron fut fort contrarié de cette décision. Il ne se hâta nullement de gagner sa province. Il mit une grande lenteur à préparer la flotte avec laquelle il devait partir pour l'Afrique, mécontent, dit Tite-Live (3), de ce que le Sénat avait chargé Scipion d'arrêter les conditions provisoires de paix avec les Carthaginois. Enfin, il part de Rome. De fortes tempêtes qu'il essuya, l'obligèrent de s'arrêter à l'île d'Elbe, en Corse, et en Sardaigne. De la sorte l'année de son consulat se passa, et comme son imperium ne fut pas prorogé, il dut reconduire sa flotte à Rome, sans avoir abordé l'Afrique (4).
De même, en 201, le consul Cn. Cornélius Lentulus désirait obtenir la province d'Afrique, que son collègue, d'ailleurs, ne lui disputait pas. Cependant le Sénat était peu disposé à la lui accorder. Le consul, de son côté, menaça d'arrêter toutes les affaires publiques, aussi longtemps que la province d'Afrique ne lui aurait pas été décrétée. Après de vives discussions