février
par le droit de recevoir, d'examiner les pétitions et de les faire suivre d’un avis motivé ressemblant à un ordre du jour, l'assemblée inamovible pouvait engager une sorte de colloque avec les rares Français qui avaient conservé le goût de la politique et le souci des droits individuels. De ce colloque pouvaient naître des circonstances qui à un moment donné ouvriraient une issue à l’esprit de liberté. si bien que l’on s'est demandé comment l’empereur, si vigilant à se garder vis-à-vis du Corps législatif, s'était vis-à-vis de la Haute-Chambre relâché de son habituelle défiance. Il n’est pas aisé de tenter une explication sur cepoint. Peut-être dans la précipitation des choses ne mesurait-il pas toute la portée possible de l'instrument qu'il créait ? Peut-être s’était-il rassuré par le souvenir du Sénat du premier Empire servile au point de fatiguer Napoléon lui-même. Peut-être aussi ne répugnait-il pas à jeter les germes d'une sorte de liberté oligarchique qui se développerait peu à peu dans une aimosphère tempérée, presque secrète, loin des bruits de la foule et des agitations passionnées ? Comme on le voit, les attributions du Sénat prises dans leur ensemble étaient à la fois vagues et éten” dues, multiples et compliquées. Presque aucune d'elles n'était d’un accomplissement obligatoire ; c’étaient des pouvoirs pour ainsi dire facultatifs qui, suivant l’inertie ou l’activité des tempéraments, demeureraient à l'état de lettre morte ou autoriseraient
une immixtion permanente dans les affaires publiques. Malheureusement la haute Assemblée se composait presque uniquement d'hommes âgés, accoutumés à la soumission, plus disposés à s'enfermer dans une dignité lucrative qu’à troubler par de vains soucis la paix de leur vieillesse. Ce grand corps, le premier par le rang, ne serait pas passé presque inaperçu dans le mouvement général de la politique si le choix du souverain s'était étendu à des personnages plus jeunes, plus actifs, moins résignés et ne croyant pas leur carrière finie.