Emile Ollivier. Séance du 29 mars
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suprême, sa religion, suivant la formule de Delangle ; puis, au moment du vote, chacun cédait, en s’y disant contraint par la mollesse de son voisin, et la réforme était votée presque à l'unanimité. Le président Troplong lui-même donnait l'exemple de cette singulière attitude. Chargé du rapport sur le décret du 24 novembre, il manifestait de vifs scrupules et redoutait que la France ne fût à la veille « de revenir à des institutions dont le pays n’avait que trop connu les faiblesses et les dangers ». Il déplorait que le Corps législatif, « poussé par cette fausse activité que les jurisconsultes romains appelaient nimiam atque miseram diligentiam », demandât le vote du budget par chapitre ; mais toujours concluait en conseillant au Sénat de satisfaire aux vœux du Corps législatif et aux désirs du souverain, le consolait en l’assurant qu'il n’était pas question de faillir aux grands principes et terminait par un éloquent panégyrique de l’empereur. Leverrier jugeait bien ses collègues quand il disait d'eux : « L'empereur s’apercevant qu'il fait fausse route viendrait leur demander de revenir à la Constitution de 1852 et à la politique du lendemain du coup d'Etat qu'il les trouverait tout aussi zélés et même davantage. » En somme, le Sénat se bornait à approuver le fait accompli; mais la spontanéité de son approbation ne trompait personne.
Dans le public on soupçonnait certaines conces-
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sions, mais non un retour si marqué vers les pratiques naguère abolies. « La foule applaudit, fut satisfaite, espéra, dit Emile Ollivier » (1). Les pouvoirs des Chambres sont tellement changés que nous ne nous reconnaissons plus, écrivait Prévost-Paradol dans les Débats ; et estimant que pour une œuvre nouvelle il faut un instrument nouveau, il réclamait la dissolution du Corps législatif. Parmi les serviteurs de l'empire plusieurs se plièrent sincèrement à l’évolution : dans une circulaire aux préfets, Persigny, qui venait de succéder à Billault, comme ministre de l'Intérieur, proclama avec beaucoup de netteté les intentions généreuses du souverain et adressa à tous les hommes de bonne foi. aux hommes des anciens partis eux-mêmes le plus chaleureux appel (2). D’autres soulignèrent leurs réserves, soit par un éloge affecté de la Constitution de 1852 laquelle, disaientils, demeurait hors de toute atteinte, soit par un soin extrême à limiter les conséquences du décret récent.
Le langage des journaux indépendants fut assez curieux à observer. Ce fut une satisfaction modérée, mêlée d’un peu de jalousie. Ils s’étonnaient que dans ce retour à un régime plus libre, la législation sur la presse conservât toutes ses rigueurs.
«€ Un journal vit sous la condition impérieuse de