Moniteur du 6 décembre
ne pas ennuyer son public : sera-t-il obligé de l’ennuyer en publiant toul le compte rendu, ou, s’il n’en publie rien, de ne pasinstruirc ses lecteurs de ce qui se fait dans les Chambres ? » interrogeait anxieusement Saint-Marc Girardin. Quant aux journaux officieux, ils s’aperçurent soudain que l’action des grands corps de l'Etat ne s’était pas jusqu'ici manifestée suffisamment aux yeux du pays et que le gouvernement lui-même souffrait d’une crise à laquelle fort heureusement, disait le Constitutionnel, l’'empereur venait de porter remède. Dans les groupes divers de l’opposition, on dédaigna d'approuver : les démocrates jugeaient la restitution incomplète et tardive; quant aux légitimistes, orléanistes, catholiques libéraux, constitutionnels de toute sorte, ils étaient trop irrités par les affaires d'Italie pour apprécier favorablement une mesure même répondant à leurs vœux. Cependant les plus prévoyants estimaient que l’empereur, une fois engagé dans la voie où il venait de marquer le premier pas, ne pourrait demeurer stationnaire et que tôt ou tard ilserait contraint soit de rétrograder violemment jusqu’à son point de départ, soit de franchir toutes les étapes qui le séparaient de la pleine liberté. Morny ayant demandé à Emile Ollivier s’il était content, — « oui, sans doute, répondit le célèbre député de la gauche ; seulement permettez-moi d'ajouter ceci : si c’est une fin, vous êtes perdus, mais si c’est un commencement
vous êtes fondés (1). » De son côté Carnot déclarait : « Le décret du 24 novembre est l'arrêt de mort de
l’Empire. Un gouvernement qui abandonne son principe se suicide ».