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CHAPITRE PREMIER

Murs et religion des Romains jusqu'au VE siècle de Rome. — Pénétration au VI siècle de l'in- Jfluence hellénique et des cultes orientaux.

On a beaucoup parlé et non moins écrit sur la gravité des Romains antiques, sur les qualités de ce peuple froid et positif, simple et digne au point que notre esprit l’incarne votontiers dans l’image de ces Pères conscrits qui apparurent aux Gaulois immobiles sur leurs chaises curules, ou d’un Cincinnatus poussant sa charrue.

Qu'on nous pardonne d’effleurer ici ces lieux communs de l’histoire. Dans les derniers siècles de la République, période au début de laquelle se place l’objet de notre étude, des symptômes chaque jour plus sensibles faisaient pronostiquer le déclin de cette ère antique. Divers facteurs d’une puissance irrésistible travaillaient l’état social de Rome. La révolu-

tion intellectuelle et morale qui s’opérait sourdement

es

sous leur influence apparaissait en particulier dans le domaine religieux, le grand point vulnérable entre tous (1).

La religion romaine portait en effet la marque du tempérament romain et contribuait dans une large mesure à lui conserver ses qualités maîtresses. Née de la cité ou avec la cité (2), elle se liait intimement àelle, s’y incorporait en quelque sorte. Rien n’est plus nébuleux que la légendaire origine de Rome, mais il estcertain que de la mêmelégende sortirent la constitution civile et la constitution religieuse de son peuple. Les rois, prêtres de ses dieux, divinisés plus tard euxmêmes prirent leur place dans la métaphysique qu'ils avaient fondée, dans un Olympe qui fut leur œuvre.

Il apparaît que ce sentiment religieux fut exploité de bonne heure comme un moyen d’appuyer le pouvoir civil. L'autorité centralisa entre ses mains la domination des hommes et celle des consciences d'autant plus aisément qu’elle avait inventé l’une et l’autre. L'État y gagna mais la religion y perdit. L'État y gagna un plus grand prestige, une obéissance plus passive à ses ordres, un peuple grave, modéré, aisé à gouverner (3). La religion y perdit

1. Cf. Marquardt, Le culte chez les Romains, traduction Brissaud 1889, I, p. 69.

2. Bouché-Leclercq. Les Pontifes de l'ancienne Rome, 1861, p. 310. — Marquardt. Le culte chez les Romains, I, p.1.

3. Bouché-Leclercq. Manuel des Institutions romaines, p. 459 ets.

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parce que ses lois ressemblèrent de trop près äux lois civiles. Comme celles-ci, elles ne purent consacrer que des rites et non créer un dogme. La religion se fit un tissu de pratiques, d’habitudes que l’on accomplit sans élan comme une partie des devoirs qui incombent à tout bon citoyen (1). Elle perdit ou plutôt manqua d’acquérir une existence propre et se tint sous la dépendance étroite du gouvernement. Cette dépendance s'affirme, ainsi que nous aurons l’occasion de le redire : 1° par la réunion sur les mêmes têtes des insignes du pouvoir civil et du pouvoir religieux (2).Les rois sont en même temps grands pontifes, les sénateurs sont presque tous membres des grands collèges sacerdotaux comme aussi les magistrats de la République; 2° par la dépendance qui survécut à ce cumul d’autorité des premiers âges et dont le trait d’union fut le Sénat. Sans posséder, à proprement parler, de pouvoirs religieux spéciaux, les sénateurs sont rigoureusement indispensables aux collèges des pontifes et des décemvirs dont les

avis ne deviennent des ordres qu'après avoir reçu

1. Cicéron. De Divinatione, I, 47 ; II, 39, 35. — De Republica, I, 2. — De natura deorum, III, 2.

2, Nos aïeux, dit Cicéron, n'ont jamais été plus sages ni mieux inspirés des dieux que lorsqu'ils ont décidé que les mêmes personnes présideraient à la religion et gouverneraient la République. C’est par ce moyen que magistrats et pontifes remplissant leurs charges avec sagesse, s'entendent ensemble pour sauver l'État. (Cicéron. Pro

domo, I.)

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