‹ Le Sénatus Consulte des BacchanalesChapitre 5 sur 83 · Pétrone. Saf · texte numérisé non relu

Pétrone. Saf

2, Boissier. La religion romaine d'Auguste auæ Antonins, 1889, p.12;

civique, ne se lance pas dans la philosophie. Insoucieux de s’agrandir jusqu’à la divinité, de sortir pour aller à elle des réalités concrètes qui l'entourent, il s'efforce au contraire de la mèler à tous les actes de sa vie quotidienne. Une foule de dieux et de déesses enfantés par ce souci accompagnent l’homme depuis le sein de sa mère jusqu'à celui de la mort (1). Fruits d'une analyse abstraite, ils sont sans vie, sans légende, parfois même sans autre nom que l’épithète qui désigne leurs attributions (2).

Tout autre fut en Grèce la marche des idées religieuses. Pour ces hommes enthousiastes, à l’imagination débordante, il fallait autre chose. Ils ne purent concevoir des dieux inertes. Il leur fallut des puissances vivantes, agissantes. Ils lesinventèrent à leur image et en firent des hommes démesurément pourvus des défauts et des qualités humaines, capables de tours de force prodigieux. Et des flots de légendes surgirent du cerveau des poètes et des fidèles, transmises traditionnellement, constamment mobiles au hasard des circonstances et des climats.

A cette forme anthropomorphique de la religion correspond un culte tout différent de celui que les

Romains rendent à leurs divinités. À l'élan de l’es-

1. Bouché-Leclercq. Les Pontifes de l’ancienne Rome, p. 31 et s.— Boissier, op. cit., I, p. 5. — Marquardt. Le culle chez les Roma ins Jp, 13 ets:

2, Boissier. La religion romaine, I, p. 9.

prit correspond l'élan du cœur. Pour honorer chez leurs dieux la transcendance des passions humaines, celles-ci se donnent libre cours s’exaltent en solennités bruyantes, désordonnées où la dévotion dégénère aisément en orgie.

Il va sans dire que la morale ne gagne rien à la piété des fidèles. Le gouvernement ne peut songer à se faire un instrument de la religion pour inspirer aux hommes le respect des lois (1). Aussi, grande était la stupéfaction de Polybe, lorsqu'il considérait le parti que les autorités romaines savaient tirer des institutions religieuses. En indifférent, en incrédule, il oppose l’une à l’autre ces deux formes si contraires du sentiment religieux, proclamant ridicules les croyances qui s’affirment par des pratiques superstitieuses comme celle des Romains, et dangereuses celles qui agitent le peuple par le spectacle d’excitations sensuelles (Adonis), d’expiations sanglantes (Cybèle), ou d’orgies (Bacchus).

Il fallait bien pourtant qu’un jour l'esprit romain s'éveillât de ses préoccupations terre à terre. Tôt ou tard, même sans le ferment étranger qui devait en favoriser l’éclosion, la civilisation intellectuelle devaii porter ses fruits comme la civilisation matérielle. A force d'accomplir par routine les mêmes rites, d’en

constater le vide et la stérilité, les hommes sedeman-

Page 1