‹ Le Sénatus Consulte des BacchanalesChapitre 7 sur 83 · Marquardt. Le culte chez les Romains, I, p. 78 ets · texte numérisé non relu

Marquardt. Le culte chez les Romains, I, p. 78 ets

id

les fut la raison première de cette pénétration, au sein de la société romaine, des habitudes, des mœurs, de toute la pensée hellénique.

Au point de vue qui nous occupe, le contact de l'Orient amena la déformation de l’ancien culte national. Il substitua à la pratique calme et pondérée des . anciens rites, la dévotion troublante des mystères. Les mystères correspondent à cet état du sentiment religieux qui fait de la divinité, un être infini, redoutable— à la conception plus ou moins panthéiste des dieux comme forces naturelles. C’est cette forme du culte que Polybe signalait comme funeste à la morale et à la dignité humaine.

Les mystères ne sont pas un accident mais une forme générale et nécessaire de la vie religieuse (1). Les peuples y viennent tous plus ou moins vite suivant les aptitudes de leur tempérament. L'Inde entra dans cette voie dès le temps les plus reculés. Les peuples d’Asie mineure ou du continent hellénique l’y suivirent de bonne heure: Thraces, Lydiens, Phrygiens ne connaissent guère d'autre culte que le culte mystique. Ce fut leur influence qui accéléra l’évolution vers le mème point du sentiment religieux romain notablement en retard sur ce sujet.

Les bons esprits de Rome, et le Sénat, quien comp-

tait alors un grand nombre dans son sein, n'étaient

1. Dictionnaire des antiquités romaines. Daremberget Saglio, v° Mys

teria — Preller, v° Mysteria dans Pauly, Real Encyclopédie, V, p. 334.

pas sans s’alarmer des conséquences, faciles à prévoir, de cette invasion hellénique. Plusieurs la dénonçaient à haute voix. Caton, voyant le prodigieux succès de l’atnbassadeur d’Athènes,Carnéade (1),disait au Sénat : « Il faut au plus tôt connaître de leur affaire et ordonner ce qui sera juste, afin que, retournant dans leurs écoles, ils instruisent tant qu’ils voudront les enfants des Grecset que les enfants des Romains n’écoutent ici que les lois et les magistrats comme ils faisaient avant leur arrivée.» «Que les Romains perdraient la république dès qu’ils se seraient remplis de l'esprit de ces lettres grecques (2). »

Malheureusement, c’est en vain qu’on eût cherché à entraver le mouvement. La politique conservatrice du Sénat s’affirma par des mesures de police religieuse à l'égard des propagateurs des religions orientales, des corporations qui se formèrent autour d'eux.Nous verrons plus tard de quelles armes il crut pouvoir se servir contre les fauteurs de désordres.

Mais, pour arriver à un résultat, il aurait fallu bannir de Rome les innombrables étrangers qu’elle accueillait chaque jour. Et la prospérité économique,

commerciale de Rome ne le permettait pas (3). Ca-

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