‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 19 sur 44 · S8 LE SÉNÉGAL · texte numérisé non relu

S8 LE SÉNÉGAL

on vi'g-le et dûment collalionné, dans lequel figuraient ces clauses étranges : u Le gouvernement payera au brack de Oualo dix bouteilles d'eau-de-vie, etc., à son domestique deux bouteilles d'eau-de-vie et une barre de fer, à la princesse Guimbotte une petite malle, une pièce de mousseline, quatre bouteilles d'eau-de-vie, dix tètes de tabac, et cinq cents grammes de clous de girolle, plus, pour sa ration de vivres, une dame-jeanne d'eau-de-vie. » On ne sait vraiment ce qu'il faut admirer le plus, ou l'outrecuidance de ces fantocbes royau x, ou l'inexplicable longanimité du gouvernement français *.

Malgré ces déboires, malgré cette attitude humiliante, quelques progrès s'accomplirent pourtant dans la période qui s'étend de ISiTi k 1854. Le Sénégal ne fut plus exclusivement un marché d'esclaves. Le bois d'ébène, ainsi que les traitants appelaient leurs esclaves, avait été jusqu'alors à peu près l'unique production locale, et nos forts n'étaient que des comptoirs destinés à protéger les trafiquants de chair humaine; mais, après les décrets de la Constituante, après l'abolition solennelle, et proclamée par les traités, de la vente dos nègres, les négociants durent renoncer à ce honteux commerce. Quelques-uns d'entre eux le continuèrent, il est vrai, mais en cachette : car les profits en étaient considérables, — il suffisait de sauver une cargaison sur deux pour gagner cent quarante pour cent — si les risques étaient grands. Lorsque l'Angleterre et la France se décidèrent à pourchasser résolument les négriers, les croisières furent conduites avec tant d'habileté et de vigueur, que peu à peu disparurent ces honteux vestiges d'un passé regrettable. Le Sénégal cessa d'alimenter d'esclaves les marchés américains; mais les négociants sénégalais furent ruinés, et l'avenir de la compagnie sembla compromis à tout jamais.

Ce fut alors que le gouvernement songea à faire du Séné-

1. En 1838, la dépense occasionnée par les coutumes, soit eu argent, soit en marchandises, s'élevait à la somme de 41,000 francs, ainsi répartie : Saint- Louis, 1,0;U fr. 45 ; — banlieue de Saint-Louis, 316 fr. 77 ; — Oualo, 9,470 fr. 57 ; — Cayor, 1,558 fr. 98; — Trarzas, i0,:;i5 fr. 81; — Darmankour, 30G fr. 10; — Brakuas, 2,83.". fr. 12; — Fouta, 3,260 fr. 76; — Galam, l,;')n fr. 18; — Bondou, 608 fr. 18; — Tuabo, 814 fr. OG; — Douaichs, 1,257 fr. 59; — Barr en Gambie, 643 fr. 69; — Dakar, 658 fr. 20; — Casamance, 156 francs; — Vivres délivrés aux chefs venant recevoir leurs coutumes, 3,646 fr. 40.

gai un vaste champ d'expériences agricoles. II aurait voulu y acclimater en mêmfc temps le coton, l'indigo, le café et toutes les plantes tropicales. Des terrains furent achetés sur la rive gauche du Sénégal, et le fort de Dagana fut construit pour protéger les nouveaux colons. A Dagana, à Richard -Toll, à Faf et à Lampsar, une quarantaine de plantations modèles

furent créées, et on espéra que les nouveaux possesseurs du sol, encouragés par de fortes primes, réussiraient à convenir en champs fertiles les mornes solitudes qui entouraient Saint- Louis. Aucun de ces essais ne réussit, et plusieurs millions furent gaspillés bien inutilement. Oneut tout d'abord à lutter contre les indigènes. Maures ou Nègres, qui envahirent les plantations et les ravagèrent à diverses reprises. Il fallut ensuite lutter contre le découragement des colons, décimés parla maladie, et traités avec dédain par certains fonctionnaires. Il fut enfin nécessaire de réprimer la fraude, car le gouverneniont fut parfois servi d'une façon singulière par ses

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