‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 22 sur 44 · I.E SÉNKGAL · texte numérisé non relu

I.E SÉNKGAL

de laquelle' ost'siluéc Saint-Louis. Bien que gouverné par une iljTiàsrib prétendue nationale, le Oualo n'était plus qu'une ^ôpeiidàiice des Maures canapés sur la rive droite du lleuve. :\îiCs Maures, en eifct, passaient le fleuve sous le moindre prétexte et venaient razzier les troupeaux et ravager les cultures. La tribu des Azouna s'était tellement habituée à inspirer l'effroi, qu'elle ne supposait même pas qu'on osât lui résister. Le reine du Oualo, très liurablc servante du principal chef des Maures, tremblait devant lui, mais avait assez de courage pour écrire à Faidherlic, dans les premiers jours de 18.'j5, en lui intimant l'ordre d'évaeuer les îles de Roup, de Diomltor et de Thiouq, qui entourent Saint-Lodîs à une portée de canon. Il n'était que temps de punir celle insolence et de montrer aux indigènes que nous savions au besoin faire parler la poudre.

Faidlierbc commença par surprendre les Maures Azouna et Tendra, qui, comptant sur l'inipunité. ne prenaient même plus la précaution de surveiller leur camp. Il leur enleva un buliii considérable (Ki février 18"w), Il espérait que cette oxéculion suffirait pour prouver aux indigÏMies que nous ne voulions que les délivrer de leurs oppresseurs : mais la reine N'dèlé-Yalla, un instant étonnée, prit la fatale résolution de s'associer à ses piri's ennemis, et ouvrit les hostilités en tendant une embuscade h une petite eolonnc française commandée par le capitaine Bllhau (20 février 185."»), Faidberbe entra aussitôt en campagne. Prés de quatre cents volontaires lie Saint-Louis s'étaieni joints à la colonne expéditionnaire. Le 25 février, les Français rencontraient à Dioubouldou Tarmée réunie des Maures et du Oualo. La bataille s'engagea aussitôt. Une charge brillante de nos spaliis la décida en notre faveur. L'ennemi s'enfuit dans toutes les directions. Plusieurs d'entre eux étaient partis avec des cordes pour attacher les nombreux captifs qu'ils devaient faire. Ils revinrent, iipri-s la défaite, saisis d'ellroi. » Ce ne sont )>as des hommes que nous venons de combattre, disaient-ils, mais des démons. » Lu victoire de Dioubouldou eut un ^rand rctenlissemcnl. Tous les villages nous ouvrii-ent leurs portes, et la reine s'enfuit à la hiUe dans le Cayor. Quelques-uns des chefs les

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plus déterminés essayèrent pourtant un simulacre de résistance. Ils se réunirent à Dïugan, village de l'intérieur, près de Mérinaghen, et jurèrent par le nez de leurs mères, serment le plus redoutable, de se faire tuer plutôt que d'abandonner ce dernier refuge. 11 était nécessaire de les attaquer. Une

Feaîmc du Oualo.

colonne fut donc envoyée à Diagan. Elle y arrivait le 18 mars 1855; mais les ennemis, malgré leur serment, étaient déjà en fuite.

Le Oualo se trouvait donc conquis de fait, et les guerriers de ce pays, naguère si pleins de dédain pour les blancs, ne nous avaient opposé qu'une bien faible résistance. Aussi bien une réaction se préparait dans les esprits. A l'exception

des diamgallo, ou caplifs de la couronne, vérilables bandits, habitués au pillage et à l'ivrognerie, et seuls intéressés à défondre, avec les Maures, le gouvernement de la reine, les indigènes, dîambovrd, ou hommes libres, et badolo, ou simples particuliers, pillés indistinctement par les Maures cl par les diamgallo, étaient découragés et n'aspiraient qu'i la paix. Faidherbe aurait voulu reconstituer celle malheureuse con- Iréc, en lui donnant une administration régulière; mais les indigènes auxquels il proposa de les nommer chefs de pays déclinèrent ses offres. Perpétuer l'anarchie, abandonner le Oualo aux razzias des Maures , déconsidérer à tout jamais la France, tel aurait été l'unique résultat de ces succès répétés si Faidherbe avait repris le chemin de Saint-Louis sans régler la question du Oualo. L'annexion pure et simple s'imposait comme une nécessité. La grande masse des indigènes la réclamaient, et c'était en effet l'unique moyen ilo rétablir l'ordre et de ramener la paix dans ce malheureux pays, dévasté par des luttes séculaires. Ce fut en décembre 185.') que Faidherbe proclama l'annexion. Un décret du 1" janvier 185l> organisa la nouvelle possession. Elle fut administrée direcLeincnt par un commandant et par cinq chefs de cercle (Khouma, Ngniangué, N'dor, Foss, Rossl français, sous les ordres desquels les chefs de village, tous indigènes, conlinuèreut à se gouverner d'après les coutumes locales. Les gens du Oualo acceptèrent volontiers noire domination. En deux ans la population doubla. Ils sont aujourd'hui très attachés à leur nouvelle pairie, et c'est surtout parmi eux que se recrutent nos tirailleurs et nos spahis sénégalais..

Nos ennemis les plus délerminés et les plus dangereux étaient les Maures, et surtout les Maures Trarzas. Tant que nous ne les aurions pas réduits au respect des traités, tant que nous ne les aurions pas refoulés sur la rive droite du Sénégal, il n'y aurait pas de sécurité pour notre colonie, et aucun des grands projets du gouvernement ne pourrait être exécuté. Ces Maures nous détestaient à la fois comme chrétiens et comme usurpateurs. Ce n'étaient pas de méprisables adversaires. Armés do fusils à pierre, en général à deux coups, qu'ils achètent à nos comptoirs, v6lus d'une culotte

lOC LE SÉNÉGAL

Le (langer devint sérieux en 18o4. Le chef des Trarzas, Mohammod-el-IIabib, qui depuis vingl-cinq ans élail devenu le vérilablo et sou) niailrc des (ieux rives du Sénégal, et qui d'ailleurs s'était habitué à traiter nos gouverneurs avec une insolence singulière, ne voulut pas laisser passer sans protestation la conquête du Oualo : « J'ai reçu les conditions, écrivait-il à Faidherbe, voici les miennes : augmentation des coutumes des Trarzas, des Braknas et du Oualo ; destruction immédiate de tous les forts b&tis dans le pays par les Français ; défense à tout bâtiment de guerre d'entrer dans le fleuve ; établissement de coutumes nouvelles pour prendre de l'eau et du bois à Guètdnar et à Bop-N'kior; enfm, préalablement à tout pourparlor, le gouverneur Faidberbe sera renvoyé ignominieusement en France. » La question était donc nettement posée : il s'agissait de savoir qui l'emporterait au Sénégal des Français ou des Maures. Profitant du départ de Faidherbe, qui élail allé visiter notre établissement de Ilichard-Toll, Mobammed-el-IIabib, en avril 18o;i, se jeta soudainement sur ses derrières, avec ses rapides cavaliers, annonçant qu'il les conduisait à Saint-Louis, et que sous peu de jours il ferait sa prière, le salam, dans la cathédrale convertie en mosquée. Déjà, en effet, les Ni^gres étaient hésitants. De nombreux volontaires avaient grossi les rangs des envahisseurs. Ils arrivèrent jusqu'au marigot de Leybar et se trouvèrent tout à coup arrêtés par une tour hexagonale en grosse maçonnerie, récemment construite pour défendre cet important passage. Un obusier de campagne, tirant par les fenêtres en guise d'embrasures, avait été installé à l'étage, et le rezde-chaussée était percé de huit créneaux. Le sergent d'infauleric de marine Brunier s'était jeté dans cette tour. li n'avait sous ses ordres que onze hommes de son corps el deux canonniers, mais tous résolus à vendre chèrement leur vie. Le 21 avril 1800 s'engaj^ea un do ces combats extraordinaires dont est remplie notre histoire coloniale, et que nous avons le tort do ne pas suffisamment connaître. De sept heures du malin à midi, Brunier el ses braves compagnons soutinrent le choc de toute l'armée maure. Los cavaliers venaient bouclier les fenèlres du rez-de-chaussée, d'autres cherchaient

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à démolir la maçonnerie aveclcurs poignards. Sans se laisser déconcerter par les cris furieux des ennemis, dont les perles augmentaient la rage, sans s'inquiéter de la fumée et des étincelles qai remplissaient la tour, ils tinrent jusqu'au bout

Mnure Trar/a.

et forcirent Moliammcd-el-Habib à battre en retraite, sous prétexte d'aller chercher des renforts. Il laissait en elfct dans le Oualo son fils favori, le prince lily, avec mission de continuer la lutte ; mais Faîdherbc était accouru et avait déjà commencé une poursuite acharnée, qui se termina à l'avantage de la France. Les Maures furent obligés d'abandonner la

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