‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 23 sur 44 · S LE SÉNÉGAL · texte numérisé non relu

S LE SÉNÉGAL

province et de se retirer sur )a rive droite du Sénégal (mai à décembre tSoS).

Faidhcrbe n'hésita pas à les suivre au delà du fleuve. Ayant reçu quelques renforts de France, il partit de Podor à la tête d'environ mille soldats européens et deux fois autant de volontaires nègres, très iicrs de servir à nos cOtés et heureux à la pensée de solder un long arriéré de vengeances. Nos moyens de transport faisaient défaut. Nous n'avions que six chameaux et quarante chevaux ou mulets. 0» devait cher- ■cher à atteindre le lac Cayar, autour duquel se rencontrent les Trarzas quand ils ne peuvent s'approcher du fleuve. Le 17 février au matin, on se mit en marche. Les sentiers avaient été défoncés par dos troupes d'hippopotames, au moment oii le sol était détrempé par la pluie, et la colonie n'avançait qu'avec peine. Un se crut un instant égaré dans le désert, car les guides ne reconnaissaient plus leur chemin ; et comme nos hommes avaient soif et que quelques-uns d'entre eux ne pouvaient déjà plus avancer, la situation devenait critique. Par bonheur, nos cavaliers trouvèrent un marigot d'eau <louco, qui les conduisit bientôt au lac Cayar (10 février}. Les Maures n'avaient nulle part essayé de résister. L'expédition du lac Cayar n'avait donc été qu'une promenade mihtairc, mais dont l'efl'et moral fut consiilérable. Nos ennemis se découragèrent en voyant qu'ils ne se trouvaient plus à l'abri dans leurs retraites jadis inexpugnables, et les Nègres, qui se sentaient protégés, s'habituèrent k la pensée de revendiquer leurs anciens domaines et de se soustraire aune tyrannie et à ■des outrages quotidiens.

Les Nègres se crurent même trop vite assez forts pour entrer en campagne sans le concours de la France contre leurs oppresseurs séculaires. Un de nos alUés du Oualo, Fara- Penda, voulut aller attaquer une tribu de Trarzas, les Mradins, au nord du lac Cayar. Moliammed-cUlIabib le laissa s'aventurer au delà du Sénégal, le battit sans peine, repassa le fleuve à sa poursuite et se vengea de son humiliation de Leybar en mettant le Oualo ù fou et à sang. Les prisonniers furent impitoyablement massacrés. Les Maures s'amusèrentàcncou- {icr quelques-uns par morceaux dans leurs festins {avril 1857).

Faidhcrbe ne voulut pas rester sous le coup de cet échec indirect. Il courut au secours des alliés de la France, franchit à son tour le Sénégal et, le 43 mai 1837, grâce à Timpétuosité" de nos soldats, remporta une victoire décisive près du marigot de Tékélé. Pour mieux marquer sa supériorité, il fit opérer îi petites journées la reconnaissance du lac Cayar, qui passait pour inaccessible à tout autre peuple qu'aux Maures. Ceux-ci n'essayèrent même pas de troubler Topéralion. Elle fut conduite avec tant de prudence que le chef du génie, Fulcrand, put lever la carte de la région et que Tarmée rentra ii Saint- Louis sans^tre inquiétée. A vrai dire, elle n'avait soulîert que de la chaleur. Le jour de la bataille de Tékélé, le thermomètre s'était maintenu, jusqu'à six heures du soir, à cinquante-sept degrés centigrades.

Mohammed-el-IIabib, battu, mais non découragé, opérait au même moment une diversion très hardie. 11 traversait le fleuve à Mékinack, razziait le village de Gandou, et semait l'épouvante dans tout le Oualo; mais il fut arrêté, comme il l'avait été naguère à Leybar, devant le blockhaus à demiruiné de N'der. 11 n'était défendu que par le caporal blanc Valette, un soldat blanc et sept soldats nègres. Ces braves essayèrent à deux reprises de se servir de leur espingole ; mais deux fois tous les madriers d'une des faces du blockhaus leur tombèrent sur le dos. Ils le reconstruisirent sous le feu de l'ennemi, et finirent par le mettre eu fuile, après avoir tué les plus audacieux des assaillants (23 mai 1837). Les Français les poursuivirent à outrance, finirent par les atteindre à Langobé, près de Dialmalh, et les exterminèrent (31 mai).

Le roi des Trarzas, découragé cette fois, comprenant que la fureur de ses sujets se briserait toujours contre la discipline française, se décida h s'avouer vaincu. Des négociations furent entamées. Elles aboutirent promplement à un traité par lequel il s'interdisait à lui et aux siens de passer en armes sur la rive gauche du Sénégal, renonçait aux coutumes, remplacées par un droit fixe perçu par des agents français, et donnait toute liberté au commerce de la gomme* (20 mai 1838).

i. Ce traité est insère dan? les Annales sénifijalahes, p. 396.

Ce traité fut loyalement eiLéculé par le chef lics Trarzas. Ses sujets, dont les intérêts se trouvaient lésés, surtout par la suppression des coutumes, ne lui pardonnèrent pas ce qu'ils appelaient sa trahison. Un complot se forma. Le I"» septembre 1860 notre ancien adversaire était assassiné. Son lils le prince Sidi se trouvait alors dans le Oualo. Aussitôt prévenu, il accourait, surprenait et immolait neuf des assassins, et prenait le commandement. Il le garda jusqu'en 1871, époque à laquelle il fut assassiné à son tour : il n'avait pas un instant cessé d'exécuter la convention de 18S8. Son successeur fut un autre lîls de Mohammed-eUlIabib, le prince Ë]f . Bien que Nègre par sa mëre, la princesse Guimbotte du Oualo, et par conséquent méprisé par les Maures, très tiers de la pureté de leur race, Ely était néanmoins reconnu comme chef légitime par la majorité des Trarzas. Il s'empressait de faire parvenir à Faidberbe l'assurance de ses sentiments d'amitié pour la France, et, en ctTet, il est toujours resté fidèle au\ clauses du traité de ISilH' . Il a constamment reçu avec honneur nos envoyés, il a protégé nos négociants, il a tenu, en un mot, fi prouver qu'il était devenu notre allié sincère et dévoué. En IS^S, notre héroïque explorateur Soleillet était admirablement accueilli par lui, lors de son voyage à l'Adrar. Ely 1^ chargeait de tous ses compliments pour notre gouverneur, et il se considérait, disait-il, comme l'enfant de la France, « Tu vois que je suis un véritable chef français, lui disait-il encore au moment des adieux. Je ferai ce que voudront les Français, et je pense que vous ne m'abandonneriez pas si j'avais besoin de vous. — Je ne suis qu'un simple taleb, répondit Soleillet, je ne m'occupe pas de politique ; maisjc dirai partout combien ton accueil a été cordial. »

Les Maures Itraknas étaient, de môme que les Trarzas, (ont disposés à continuer, aux dépens de nos alliés et de nos nationaux de la rive gauche du Séné gai, leur fructueuses razzias. La politique ferme et prudente du gouverneur préserva la colonie de ce nouveau danger. Profitant habilement de la rivalité de doux princes qui se partageaient le pouvoir, Moham-

■,e Elï, conûrinaut le traité prAcC-dont,

med-el-Sitli etSi3i-Eli, Faidlicrbc leur vendit sa neutralilé on leur faisant signer à tous df^ux un Iraité analogue à celui que venait de signer Mohammed-cl-IIabib' (10 juin f8î>8). Six mois plus tard, lorsque Sidi-Eli eut tué son rivai, Faidlicrbe le somma d'exécuter le traité. Ce dernier ne lit aucune résistance, et c'est ainsi que non seulement la sécurité fut assurée sur la rive droite du fleuve, mais que le Dualo fut délivré, et

que la France, désormais rassurée contre les incursions des Maures, put tourner son activité d'un autre côté.

Le refoulement des Maures sur la rive droite du Sénégal et l'annexion du Oualo avaient compl élément dégagé notre capitale Saint-Louis, mais (ïoréc, noire autre possession, restait toujours exposée aux attaques <îe ses voisins, les petits rois de Baol, du Sine, du Saloum, Refaire à Corée ce qui avait si bien réussi à Saint-Louis, c'est-à-dire renoncer à la défensive, et non seulement soumettre ou réduire les voisins.

; p. lin. Cf. acte adji-

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