Gravier, Voijaf/c de Soleillet à Ségou, p. 3Ï
2, Ces guerres iuressnnies ont été raconlées par \: général Faîdherbc daua le beau livro qull écrivit sur le Sénégal en 1889, p. 200-2.30.
KT LK SOUDAN FRANÇAIS 13o
<lîne, et Boubakar-Saada, almamy du Bondoii, nous rendirent en cette circonstance de réels services. Non seulement ils combattirent à nos côtés, mais, pour faciliter Tccuvre de pacîiication entreprise par la France, ils nous cédèrent le district aurifère de Kenieba, Sénoudébou, et tout le territoire entre Bakel et la Falémé. Ils consentirent même à la construction de nouveaux forts h Matam dans le Fouta et à Saldé. Enfin ils nous aidèrent h chasser les derniers partisans d'Omar, qui «'étaient réunis à (iuemou, non loin de Bakel, et avaient organisé dans cette citadelle un centre de résistance.
Un nrveu du prophète, un certain Siré-Adama, avait réuni autour de lui près de six cents ïoucouleurs, soldats d'élite, vétérans des campagnes passées, et, h leur tète, exécutait jusque dans le Bondou d'incessantes razzias. Protégé par une longue impunité, non seulement il avait intercepté les relations de Bakel avec les provinces de Tintériour, mais encore maltraitait et ruinait les traitants du haut Sénégal. Guemou était un danger pour le présent, et pouvait devenir une menace pour Tavenir. La chambre de commerce de Saint-Louis, composée pourtant de négociants pacifiques, fit savoir à Faidherbe que Bakel et le haut fleuve seraient délaissés si Guemon n'était pas détruit. L'hésitation n'était plus possible. Faidherbe se décida aussitôt à envoyer contre la citadelle toucouleur une colonne expéditionnaire.
Le 18 octobre I8.')îj, la llottille, commandée par le capitaine de frégate Gaston Desmarais, quittait Saint-Louis, avec quatre cent cinquante tirailleurs sénégalais, deux cent cinquante soldats d'infanterie de marine, une batterie d'obusiers de campagne, une demi-compagnie de fuséens, vingt-cinq sj^ahis et deux cent cinquante laptots, en tout douze cents hommes, sous la direction du chef de bataillon Faron. Les auxiliaires de Bakel et de Bondou, avec Talmamy Boubakar-Saada, devaient rejoindre en route. Tous les soldats paraissaient pleins d'ardeur. Malgré l'ennui et les lenteurs de la navigation en remontant le Sénégal, ils passaient assez gaiement leurs journées à s'exercer à la cible contre les caïmans, les aigrettes et les aigles pécheurs du fleuve. En cinq jours on arriva à Bakel. A chaque village, les indigènes accouraient
j|:i0 LE SÉNÉGAL
« en foule, lis se répandaient en protestations, mais bon nombre d'entre eux formaient des vœux secrets contre la réussite de rentreprise. De Bakel les vaisseaux remontèrent encore le Sénégal pendant une quarantaine de kilomètres, jusqu*aux ruines du village de Dioungou-Touré. Lç débarquement fut aussitôt exécuté, et la petite armée s'apprêta à franchir vivement les quatorze kilomètres qui la séparaient encore de Guemou.
La marche fut pénible. On avait sonné la diane à deux heures du matin, afin d'éviter les fortes chaleurs. On traversa d'abord une grande plaine, en partie inondée : aussi nos soldats furent-ils longtemps arrêtés et par l'obscurité et par les fonds vaseux. Ils n'arrivèrent qu*à quatre heures aux premières hauteurs, que couronnait une splendide forêt. Des arbres énormes, d'où pendaient des lianes flexibles, s'élevaient au-dessus d'un véritable tapis de gazon diapré de fleurs. Des herbes gigantesques , propices , aux embuscades , car elles étaient plus hautes qu'un homme à cheval, formaient parfois d'épais bouquets. Aucun sentier n'était tracé. Aussi n'avan- (»ait-on qu'avec la plus grande prudence, et se ralliait-on aux sonneries répétées des clairons. Enfin on arriva devant Guemou, et le commandant Faron prit aussitôt ses dispositions d'attaque. L'artillerie battrait en brèche, deux colonnes d'assaut attaqueraient de deux côtés à la fois, et les auxiliaires indigènes tourneraient la place, afin d'arrêter la fuite de ses défenseurs.
Guemou présentait un amas confus de maisons au-dessus desquelles s'élevaient deux constructions assez hautes, sans doute la maison de Siré-Adama et la mosquée. Une muraille crénelée, en forme de trapèze, l'entourait comme d'une ceinture. Chaque quartier était fortifié, afin de prolonger la défense. En avant de la façade principale s'étendaient de larges mares d'eau, u Le silence le plus j)rofpnd régnait dans la plaine, lisons-nous dans la relation d'un dos assiégeants, le futur amiral Aube *, et nul être vivant, nulle figure humaine ne troublait la solitude du paysage. On eut dit une ville endormie ou abandonnée la veille par tous ses habitants. » A la