AuDK, Entre deux campa f/}ies, p. G
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première décharge, des vautours à col chauve tourbillonnèrent au-dessus de Guemou, mais personne ne riposta. Déjà les fusées et les obus avaient allumé quelques incendies, et aucun cri n'avait encore été proféré. Faron donne alors ses ordres pour Tassant ; mais h peine la première colonne s'est-elle élancée que cinq cents fusils partent à la fois et que des faces noires se montrent à tous les créneaux. La seconde colonne est également arrêtée par des feux habilement dirigés ; mais le comniandant Faron accourt avec une réserve. Les soldats pénètrent dans les deux brèches. Ils opèrent bientôt leur jonction. Guemou est pris.
Restait au milieu de la ville le tata de Siré-Adama, grosse tour en terre, casematée, adossée à un énorme baobab. Un puits avait été creusé à l'intérieur. Des vivres et des munitions avaient été accumulés; une muraille en terre percée de meurtrières et une palissade en branches de gonaké, aussi dures que du fer, complétaient la défense. On ne soupçonnait pas l'importance de ce réduit. Au moment où Faron donnait ses derniers ordres, il fut grièvcmenl blessé à la tète et renversé de cheval. Aussitôt éclatèrent les cris de joie des femmes renfermées dans le lata, et les noies graves et prolongées du tam-tam appelèrent à la résistance les derniers défenseurs de Guemou. Il fallut ouvrir la brèche à quinze pas seulement de la palissade et ensevelir sous les ruines du tata les soldats de Siré-Adama, pour triompher de leur obstination. Presque tous, et à leur tèle le neveu du prophète, se firent bravement tuer, non sans avoir mis le feu à des amas de poudre qui firent de nombreuses victimes.
Le soir était venu. Vainqueurs et vaincus s'étendirent au hasard dans les ruines du village. Seuls nos auxiliaires, fidèles aux habitudes de la guerre africaine, profitèrent de la victoire pour ramasser du butin et faire des prisonniers. C'était un grand succès, mais il avait été chèrement payé par la mort de soixante-sept de nos soldats. En outre, cent quatre-vingts Français ou auxiliaires avaient reçu des blessures. Le lendemain, de grand matin, on rendit les derniers honneurs à ceux qui avaient payé leur dette à la patrie. Chaque soldat avait apporté deux grosses pierres et les jetait en passant sur
la tombe do ses caniarados. C'est ainsi que fut improvisé un lumiilus; il existe encore à Hirure actuelle, comme au temps des guerres préliisloriqu(îs de nos ancAtres. Aussitôt après cette cérémonie douloureuse, les murs du tata, minés il Tavance, sautaient en Tair, et c'est au bruit de ces sourdes détonations que Tannée reprenait le chemin du fleuve. L(» 2 novembre la colonne expéditionnaire était de retour à Saint- Louis. En moins de doux semaines la campagne avait été décidée, exécutée et terminée.
Ces foudroyants succès eurent un retentissement extraordinaire. Ils nous valurent la prépondérance dans toute TAfriquc occidentale. Faidherbeput dès lors nbordor la seconde partie <le son programme, lo développement des ressources de la i-olonio, et sa réorganisation adniinistrutivo.
U1':F0RMES ADMIMSTRATIVES DU C.KNÉUAL FAIDHERBE
Comprenant que la Krance no prêterait au Sénégal qu*une attention pour ainsi dire intermittente, et qu'il était nécessaire que la colonie pût se suffire à elle-même, le gouverneur avait tout d'abord résolu de créer un corps de troupes indigènes, qui combatlraient h côté de nos soldats réguliers et combleraient les vides trop fréquents ouverts dans les rangs de l'armée, soit par la maladie ou le feu de Tennemi, soit par la faiblesse du recrutement. C'étaient d'abord des volontaires, auxquels le butin servait do solde, qui s'étaient associés à nos hommes ot les avaient suivis dans leurs campagnes; mais leur concours n'était que temporaire, et, en cas de revers, CCS prétendus auxiliain;s seraient vite devenus des ennemis. Kaidlierbe proféra organiser un corps de troupes recevant un(^ solde fixe, enrégimentés ot soumis h la discipline française. Los tirailleurs sénégalais, ainsi qu'on les nomma, se recrutèrent facilement et devinrent vite d'excellents soldats. Les noirs, en effet, sont braves. Ils s'attachent à leurs chefs, si
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on les traite avec douceur. Ces nouveaux soldats, fiers de leur uniforme et de leurs armes perfectionnées, heureux d'être traités par les nôtres comme des égaux, très satisfaits des avantages matériels qu'on leur assurait, nous ont rendu dans toutes les campagnes du Sénégal et du Soudan d'inappréciables services. Leur création remonte à l'année 1837. Bon nombre d'entre eul se sont signalés par des actes dliéroïsme ou de dévouement, et le ruban rouge qui orne leur poitrine a été bien mérité.
Un. des prédécesseurs de Faidherbe, Bouët-Vuillaumez, avait déjà créé le corps des spahis indigènes. Faidherbe le conserva et même en augmenta les cadres. Les spahis, dans sa pensée, devaient servir non seulement de cavaliers pendant la guerre, mais aussi de gendarmes en temps de paix. En effet, le manteau rouge do ces hommes d'élite est aujourd'hui respecté dans toute l'Afrique occidentale à l'égal du tricorne et du baudrier jaune de nos gendarmes. Ce sont d'utiles serviteurs, belliqueux et dévoués.
Les laptots ou marins du fleuve, bien qu'ils n'aient pas été enrégimentés, ont souvent combattu à côté des tirailleurs et des spahis, et peuvent être considérés comme des soldats de la France. Les laptots aiment les eaux tranquilles; ce sont des rameurs infatigables, mais ils ne s'aventurent pas volontiers sur la mer. S'agit-il au contraire de remonter le fleuve, ils marcheront à la cordclle le long de ses berges ou rameront pendant des journées entières ; on les emploie également comme porteurs de bagages ou convoyeurs, et, en cas de besoin, ils font volontiers le coup de fusil.
Une autre création de Faidherbe, délaissée bien à tort, car elle a donné d'excellents résultats, fut l'Ecole des otages installée à Saint-Louis. Le gouverneur avait demandé leurs fils aux principaux chefs africains, promettant de les instruire et espérant qu'ils deviendraient les partisans et les propagateurs de la civilisation française. Sans doute, quelques-uns de ces élèves se sont montres rebelles à tout enseignement, et se sont considérés comme de vrais otages, c'est-à-dire comme des victimes à l'avance désignées aux vengeances françaises ; d'autres ont abusé de nos leçons, comme ce Lat-Dior qui
pendant si longtemps lutta contre nous dans le Cayor; mais la plupart d'entre eux se sont montrés reconnaissants, Ely, par exemple, le roi. des Maures Trarzas, qui s'est toujours déclaré Tenfant de la France. On a depuis renoncé, sous prétexte d'insuffisance de crédits, à cette École des otages. Nous ne pouvons que regretter la disparition de cet excellent instrument d'influence et de domination.
Aussi bien, le gouverneur du Sénégal était tellement persuadé de la nécessité d'étendre à tout prix l'instruction, que, bien avant qu'on eût décrété en France l'instruction gratuite et obligatoire, il en avait doté le Sénégal. Il est vrai que cette universalité de l'instruction devait n'ekister qu'à l'état de lettre morte, car les instituteurs, si les élèves ne manquaient pas, faisaient absolument défaut. Mais le principe était posé. Et n'était-ce pas déjà un progrès singulier dans ce pays encore barbare et qui s'ouvrait à peine à la civilisation française?
C'est encore le général Faidherbe qui fonda à Saint-Louis (1857) une imprimerie et un journal, Moniteur du Sénégal; lui qui commença en 1854 la série de ces Annuaires du Sénégal où l'on trouve de si précieux renseignements sur la colonie; lui enfin qui consacra ses rares moments de loisir à réunir les éléments d'ouvrages qui ont renouvelé l'histoire, la linguistique et l'économie politique de l'Afrique occidentale. La première de ces notices parut en février 1854, dans \e Bulletin de la Société de tjéographie de Paris, Elle est intitulée les Berbers et les Arabes des bords du Sénégal, En 1856, Faidherbe reprit le même sujet avec plus d'étendue , et s'occupa non seulement de tous les peuples de race blanche , Arabes et Kerbères, répandus dans les oasis jusqu'au Sénégal, mais encore dos nègres qui depuis le Sénégal occupent le reste de l'Afrique tropicale. Son livre Considératiom sur les populations de l'Afrique septentrionale peut être discuté sur certains points, mais il est en quelque sorte resté classique et fait autorité dans la matière. 11 y a encore beaucoup à glaner dans une Notice sur la colonie du Sénégal, qui fut publiée dans V Annuaire du Séiiégalde 1 858 ; dans le mémoire intitulé : Benseigneme/ils géographiques sur la partie du Sénégal comprise entre l'Oued-Noun et le Sénégal [Annales des voyages, 1859),
i|ui forme comme le complémcnl du Mémoitr de 1834 sur /es lîerôers et Arabes. Citons encore un Mémoire sur les populations Hoires des bassins du Sénc'jal et du haut Niger {Société de géographie de Paris, 18j(i), une Solice historique sur le Cayor[iA., 1883), et surtout toute une série d'études philologiques' et de vocabulaires des tribus sénégalaises, coulribu- Lion de la plus haute importance à la grammaire gcnérate.
Ces travaux do l'éminent gouvenietir ne sont pas des études purement spéculatives : ce ipii leur donne, au contraire, un caractère tout spécial, c'est qu'ils ont un côté pratique qui ne peut qu'être utile à nos négociants, à nos soldats et ù nos administrateurs. C'est ainsi qu'en améliorant le présent, Faidliorbf ne négligeait pas le passé et se préoccupait de l'avenir. La meilleure preuve que ces recherches ne détournaient nullement le gouverneur de travaux plus pratiques, et que le
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théoricien ne passait pas avant Tadministrateur, c'est que Faidherbe ne négligea pas pour autant les intérêts matériels; C'est ainsi qu'il s'appliqua à transformer Saint-Louis, et qu'il essaya de construire une ville à la place d'une agglomération de huttes en paille. Des quais furent partout bâtis qui prévinrent les inondations et facilitèrent les transactions commerciales. Deux ponts furent jetés sur le fleuve : celui de Saint-Louis à Guetdnar, sur la pointe de Barbarie, et le pont Faidherbe, sur le grand bras du fleuve, dans la direction du Cayor. Ces utiles constructions non seulement reliaient Saint-Louis à la terre ferme, mais encore permettaient à nos soldats de déboucher rapidement dans les provinces voisines. Des travaux furent également commencés pour donner à la ville l'eau potable qui lui manquait. Un essai de puits artésien ne réussit pas. Il fallut construire un barrage au marigot de Lampsar, à seize kilomètres en amont, et commencer un canal, qui n'est pas encore achevé. Des routes et des lignes télégraphiques relièrent la capitale aux postes les plus voisins. Le magniflque port de Dakar fut aménagé (1863) et doté de trois phares. De toutes parts une vie nouvelle circula, et, sous la féconde impulsion du gouvernement, la colonie prit un essor inattendu.
Malgré les essais infructueux à la suite desquels s'était répandu le préjugé que le Sénégal ne pourrait devenir colonie agricole, Faidherbe s'efl^orça de développer des cultures nouvelles. Celle du coton et celle de l'indigo ne réussirent que médiocrement, mais celle des arachides prit un développement considérable, et à l'heure actuelle le Sénégal est un des centres les plus importants de la production oléagineuse. Le gouverneur se préoccupa également de la question industrielle, et par son ordre les gisements aurifères du Bambouck furent recherchés avec soin. A cette œuvre multiple, et sans se soucier de sa santé, Faidherbe consacrait tout son temps. Le Sénégal renaissait sous cette direction vigoureuse. Peu à peu se créait une France nouvelle dans l'Afrique occidentale.
A partir de 1859, tout étant relativement tranquille, le gouverneur résolut de reprendre l'œuvre ébauchée par André
Bruc et envoya dans toutes les directions quelques-uns des plus dévoués et des plus Vaillants de ses collaborateurs pour •explorer les régions encore inconnues; et compléter les notions encore peu étendues que nous possédions sur cette partie de TAfrique. Nous citerons parmi ces ouvriers de la première heure le capitaine d'état-major Vincent* , envoyé dans TAdrar, c'est-àrdire dans la grande oasis de l'extrémité occidentale -du Sahara, entre le Sénégal et le Maroc. Vincent ne reçut pas un accueil très empressé. Le chef du pays, Ould-Aïda, ne l'admit à son audience qu'après plusieurs jours d'attente, et lui prodigua tout d'abord les humiliations et même les insultes.. Notre envoyé courut de grands dangers, car on essaya à diverses reprises d'empoisonner sa nourriture avec des têtes de vipère. Les renseignements qu'il rapporta sont nombreux et iiïiportants. On sait grâce à lui que les indigènes de l'Adrar, bien qu'ils se vantent d'être Maures, appartiennent plutôt à la race berbère et se rapprochent des Touaregs. On retrouve <^hez eux les trois classes des Touaregs : les hàsoiin ou guerriers, qui n'ont d'intelligence que pour le mal et se signalent par line rapacité inouïe; les tolbas ou marabouts, assez peu considérés, et les azoïniourjs ou serfs. Ces derniers sont encore appelés lahmésy ou morceaux de viande à manger : ils constituent, en effet, vis-à-vis des deux premières classes, un véritable troupeau taillable et corvéable à merci.
Presque au même moment, Faidherbe envoyait deux autres officiers. Mage- et BourreP, chez les Maures Douaichs <'t Braknas. Lç premier s'avançait jusqu'à l'oasis de Tagant, très avant dans l'intérieur du pays, et renouvelait en partii» la carte de cette région africaine. Enfin un indigène, Bou-el- Moghdad *, était dirigé de Saint-Louis à Mogador, et exécutait son difficile voyage. En envoyant ainsi ces intelUgenLs auxiliaires au nord de notre colonie, ce n'était pas tant l'alliance
!. Vc5CE?îT, Vo'jaif.; danx VAdmr lifvu/s lÊtari finie *f( colonial^, 1800, t. III. p. 445-494; — Tour du mon/te, 18»;l, p. «9,.
2. Mage, Voyafje au Tagant Afrique cutrale}, ^/ec^m^y/r /ff -7 9, janvier fSoo '{Bévue algérienne et coloniale, t. III, 1800 .
3. BoL'RREL, l'of/ag^ dam le pfvjs deff Maures Hrnkuaff, rive droite du H^:iij.g'H, juin-octobre 1800 Htvoe marithne et eoUm'alej ft'.'pt*ruibrc ISOI,.
4. Boc*EL-MoGHD.%D. Voyage entre U; Sèn*fgal et le Mar^/C [Souvelles Annalef ''".jr voyages, 1861 ; RecHe mm-in"*- et coloniale f ISOl,.
OU le protectorat de la France que Faidherbe voulait imposer à ces barbares : il cherchait plus encore à consolider de bons rapports réciproques, et surtout à reconnaître le pays, dans lequel pourraient un jour ou l'autre aller nos soldats et nos négociants,
Tel fut également le but des missions confiées au capitaine du génie Fulcrand^, qui, en octobre 1860, étudia les parages du cap Blanc et de la baie d'Arguin ; au capitaine de frégate Vallon^ qui explora les fleuves au sud do la Gambie; au capitaine Azan', qui étudia avec le plus grand soin le Oualo, et au lieutenant de vaisseau Magc\ qui, à peine de retour de Tagant, visita les rivières de Sine et de Saloum.
Dans les vastes projets d'avenir formés par Faidherbe, ce n'étaient pas seulement les pays directement soumis à l'influence française qui devaient être ainsi étudiés. Le gouverneur s'élançait dans son imagination bien au delà des limites actuefles delà colonie. Toute la vallée du haut Sénégal, encore fermée à notre commerce et à nos armes ; le Fouta- Djallon, ce mystérieux pâté, de montagnes, cette Suisse africaine, d'où s'écoulent dans toutes les directions des rivières considérables, et surtout le Niger, cette magnifique voie de pénétration vers l'Afrique centrale, tels étaient les pays qui l'attiraient, telles étaient les régions où il aurait voulu que flottât le pavillon national. De là de nouvelles missions, plus importantes que les précédentes, car elles ont préparé l'avenir.
Le lieutenant d'infanterie de marine Pascal^, envoyé dans le Dambouck, partit de Bakel, remonta la Falémé jusqu'à Koloba, et se rendît à Médine, après avoir visité la cataracte de Gouina. La région qu'il visita présentait toutes les apparences de la richesse et de la fécondité : forêts luxuriantes, vallées gracieuses, j)rairies à perte de vue; mais Tinvasion d'Al-IladJi-Omar avait couvert le pays de ruines. Il n'y avait
i. FcLCHA.ND, E.rploralion de la bain d'Arr/uin (Heinie marilnite et coloniale, mai ISOl'.
'2. A, Vallon, In Cote occidentale d'Afrique Reloue maritime et coloniale, novembre et tU''ccuibre 18G3 .
.'». AzA>, yolice sur Ir Oualo 'Rrvue niaritiinn et coloniale, 180 i;.
». E. .Mage, les lUvit^rns de Sina et de Saloum [lieuue maritime et coloniale, avril 18G:]'.
o. Pascal, Voyage au Bambouck {Tour du momh\ 18C1).
pas un seul village qui ne portât les traces des dévastations systématiques ordonnées par le prophète. Aussi les habitants attendaient-ils avec impatience la venue des Français, et ne cachaient pas leurs espérances à Tenvoyé du gouverneur.
Le lieutenant Lambert*, chargé de nouer des relations d'amitié aivec un des plus puissants souverains africains, Talmamy de Fouta-Djallon, fut également heureux dans sa mission. Nous aurons à la raconter plus tard.
Dans la direction du Niger, ce fut un traitant indigène, de Médine, dont Faidherbe avait deviné les rares aptitudes et au courage duquel il aimait à rendre justice, un certain Alioun-Sal, qui fraya la voie ; mais il fut obligé de s'arrêter à quarante kilomètres au nord de Tombouctou, à Araouan, et tomba, premier martyr nègre de la géographie. Faidherbe ne se laissa pas décourager par ce premier insuccès, car il était intimement convaincu de la nécessité de relier le Sénégal au Niger, et confia à un de ses auxiliaires les plus éprouvés, au lieutenant de vaisseau Mage% auquel fut adjoint le docteur Quintin, la délicate mission de pénétrer jusqu'à Ségou, sur le Niger, près du sultan Ahmadou, le fils de notre ancien ennemi Omar, et de signer avec lui un traité. Cette mission réussit au gré de ses désirs : nous aurons occasion de revenir sur ' celte importante question.
A l'écho de ces lointains succès, Topinion publique se modifiait peu peu dans la métropole. On commença à se rendre compte en haut lieu de Timportance des résultats acquis, et on ne marchanda plus au gouverneur les renforts et les subsides qu'il réclamait. La presse ne dédaigna plus les informations du Sénégal. De jour en jour se formait un courant favorable. Le gouverneur n'avait plus qu'à profi^ter de ces dispositions nouvelles, et le Sénégal allait prendre son essor; mais dix ans de séjour à peu près sans interruption dans la colonie, des campagnes, des voyages, des études sans cesse renouvelées, avaient usé la santé de Faidherbe. Il avait
1. Lambert^ Vot/af/c dans le Fonla-Ujallon {Tour du mondcy 18G1>.
2. Maoe, Relation d'un vof^at/e d*e.rp'oration nu Soudan {lievue marilimft et coloniale, 1806-07 ; — Société de jJcéojL^raphie de Paris, 18G8 ; — Tour du inonde, 1868).
gagné le droit tic demander son rappel. Grâce à lui nous étions, non plus tolérés, mais solidement assis, et sur un terrain qui nous appartenait. Les entraves commerciales avaient disparu ; les souverains indigènes acceptaient notre prépondérance; en un mot, la base d'opérations était créée, et nous pouvions marcher à la conquête du Soudan. Lorsque Faidherbe dut se résigner à rentrer en France (12 juillet 1865), il put se vanter d'avoir plus fait pour le Sénégal que tous ses prédécesseurs réunis.