‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 30 sur 44 · LE SÉNÉGAL DE 1874 A NOS JOURS · texte numérisé non relu

LE SÉNÉGAL DE 1874 A NOS JOURS

La tâche des successeurs de Faidherbe était facile*. Ils n'avaient qu'à se conformer à sa politique à la fois ferme et prudente. Ils n'avaient surtout qu'à aimer le Sénégal. Peutôtre n'ont-ils pas tous aussi bien réussi. Peut-ôtre même des fautes ont-elles été commises. Aussi bien, les circonstances furent plus difficiles. Au moment où la métropole se débattait contre l'invasion étrangère, la colonie ne pouvait que se suffire à elle-même. L'impulsion donnée avait été pourtant si vigoureuse, que les progrès continuèrent.

Les Maures furent définitivement cantonnés sur la rive droite du Sénégal, et les Maures Trarzas furent punis de leurs velléités de révolte en se voyant privés de toutes leurs efecales de commerce, à l'exception de Dagana (1880). Cette fermeté leur en imposa tellement, que lorsqu'un des chefs du Oualo, qui pourtant avait été élevé à l'européenne, au lycée d'Alger, et nommé officier dans les tirailleurs sénégalais, un certain Sidia, essaya de soulever contre nous cette province, le roi des Maures Trarzas, Ely, refusa non seulement de s'allier avec lui, mais même de le recevoir dans ses États.

!. Les gouverneurs du Sénégal après Faidherbe ont été : Pinet-Laprode (1" mai 1865-17 aoiU 1809), Vallière (22 septembre 1809-20 avril 1876), Brière de risle (20 avril 1876-4 mars 1880), Delanneau {i mars 1880-26 août 1881}, colonel Canard- Val Ion (26 août 1882^26 octobre 1882., Servatius (26 octobre 1882- 25 juillet 1883), Seignac-Lesseps, Genouille (24 juillet 1883), etc.

Les tribus nègres résistèrent davantage, mais finirent par se résigner. C'est dans le Cayor et dans le Fouta que luttèrent avec le plus d'énergie les derniers défenseurs de l'indépendance nationale.

On sait que le damel dépossédé du Cayor, notre implacable adversaire Lat-Dior, malgré les échecs sanglants et répétés qu'il avait éprouvés, tenait toujours la campagne. Ambitieux et fanatique, mais convaincu de la légitimité de sa mission, Lat-Dior, comme autrefois Abd-el-Kader en Algérie, était toujours vaincu, mais retrouvait toujours des partisans et des soldais. De 1864 à 1869 l'histoire du Cayor est celle des prises d'armes de notre adversaire, et des répressions impitoyables de la France. L'insurrection de 1870 fut particulièrement terrible ; mais nos soldats venaient d'être armés du fameux chassepot, et les armes à tir rapide « firent merveille », mieux qu'à Mentana, contre les bandes indisciplinées de Lat-Dior. Ce dernier, malgré ces défaites successives, allait pourtant recevoir le prix de sa persévérance, et c'était la France qui, par un singulier retour, allait être Tunique auteur de ce changement inattendu.

Le gouverneur Pinet-Laprade , un des plus énergiques successeurs de Faidhcrbe, venait de mourir du choléra (17 août 1869). Il eut pour successeur le colonel d'infanlerie de marine Valli^ro, qui, bien mal inspiré, adopta lapins funeste des politiques. Renonçant, en cifet, à traiter en ennemi Lat-Dior, non seulement il fit la paix avec lui et le^reconnut seul et unique damel, mais encore il lui restitua la majeure partie des provinces annexées par Faidherbe et par Pinet- Laprade. C'était un recul de dix années, et qui n'était justifié par rien. La stupeur de nos désastres dans la guerre d'Allemagne peut seule expliquer, de la part d'un officier aussi brave et aussi intelligent que le colonel Vallière, cette grosse erreur, qui devait couler à la colonie plusieurs années do tBoubles et de désorganisation.

Lat-Dior profita de notre incroyable condescendance. Non seulement les tiédos qui l'avaient soutenu eurent toute licence de piller et de pressurer les malheureux indigènes qui avaient ou le malheur de se croire à l'abri de toute vexation sous le

drapeau de la France, mais encore le nouveau damel, nous jugeant d'après ses propres passions, affecta de nous dédaigner et de ne plus tenir compte de nos observations. Il ordonna le pillage d'un royaume allié, le Baol. Il envoya jusqu'à Rufisque pour réclamer les anciennes coutumes. En août 1872, apprenant que des élections allaient avoir lieu à Saint-Louis, — il s'agissait de nommer des conseillers municipaux, — ne s'imagina-t-il pas, dans son ignorance de despote africain, qu'il n'y avait plus de gouverneur à Saint-Louis, et que, par conséquent, l'occasion était excellente pour conquérir le Oualo, le Dimar et toutes les possessions françaises? Aussitôt il marcha contre notre capitale, mais reconnut bien vite son erreur et envoya de plates excuses.

Nous aurions dû profiter de cette fausse manœuvre pour déposséder Lat-Dior, et reprendre hardiment la grande politique inaugurée par Faidherbe. On crut plus habile de simuler la confiance. On poussa même l'oubli des injures jusqu'à venir à son aide contre Talmamy du Fouta, Ahmadou-Sékou, qui venait de proclamer la guerre sainte contre les blancs et contre leurs amis, et avait inauguré la campagne en dépossédant Lat-Dior. Le gouverneur, excité par un général inspectcur alors en tournée au Sénégal, le général Pélissier, ne crut pas pouvoir se dispenser d'agir, et organisa une colonie expéditionnaire. Le commandement en fut confié au colonel Bègin. Il partit de Saint-Louis le 4 février 1875, avec cinq cents hommes d'infanterie, deux canons et quelques cavaliers, rallia en passant les partisans de Lat-Dior, et, le il février, livra aux ennemis la grande bataille de Coki ou Bomdon. Les gens d'Ahmadou-Sékou essuyèrent bravement le feu des chassepots, et ne nous cédèrent le champ de bataille qu'après l'avoir jonché des cadavres de cinq cents des leurs. Nous avions, de notre côté, perdu près de cent soldats. Jamais combat en rase campagne n'avait encore été plus vivement discuté au Sénégal.

Nous n'avions, après cette victoire, qu'à reprendre le Cayor. On commit la faute de tout rendre à Lat-Dior : en sorte qu'aux yeux dos ^Vfricains, nous ne nous étions battus que pour rétablir un souverain détesté. Nous n'eûmes même pas la satis-

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faction d'inspirer à noire protégé des sentiments de reconnaissance. En 1879, lorsque la France s'occupa de construire un chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, Lat-Dior, qui avait d'abord consenti et donné toutes les autorisations nécessaires, revint brusquement sur sa détermination. « Le territoire de la banlieue de Saint-Louis est à moi, écrivait-il insolemment au nouveau gouverneur, Servatius. Je ne souffrirai pas que le chemin de fer y passe. Si je vous laisse cette banlieue, c'est à cause des bonnes relations que nous avons toujours eues. Je ne veux pas de chemin de fer. Ne le construis pas, et nous vivrons en paix. » Lat-Dior s'imaginait que la construction du chemin de fer amènerait l'émancipation des esclaves, en quoi il ne se trompait pas; mais il ne voulait à aucun prix consentir à cette diminution de puissance. Malgré la frayeur qu'inspiraient à cet ivrogne les wagons, qu'il se représentait comme des frégates montées sur des roues et traînant de . formidables canons, il déclara a quil serait aussi difficile do faire passer une voie ferrée dans le Cayor qu'un chameau par le trou d'une aiguille » et bouleversa tous les chantiers. A cette insolente provocation il n'y avait à répondre que par la guerre. Une colonne expéditionnaire fut envoyée dans le Cayor sous les ordres du colonel Wendling. Lat-Dior n'essaya même pas de résister et s'enfuit dans le Djolof.

Cette fois encore les leçons de l'expérience furent inutiles. Au lieu de prononcer l'annexion définitive du Cayor, le gouverneur Servatius préféra installer un nouveau damel, Amadi- Ngoué-Fal, qui fut aussitôt renversé par un neveu de Lat- Dior, Samba-Laobé, et chassé jusqu'à Gandiole, tout près de Saint-Louis. Celle fois l'injure fut vivement ressentie. En trois jours une colonne expéditionnaire était organisée, sous le commandement du chef de bataillon d'infanterie de marine Dodds, et alors commença, sans trêve ni merci, une véritable chasse à Thomme. Montés sur de rapides dromadaires, nos soldats ne laissèrent aucun relâche à Samba-Laobé. Ils finirent par l'atteindre, et le forcèrent à se rendre sans conditions (2 mai 1883).

Samba-Laobé est depuis devenu notre ami. Lorsque son . oncle Lat-Dior reparut dans le Cayor, il marcha contre lui

sans Taide de nos soldats et le refoula dans le désert. Il a, de plus, consenti à l'exécution des travaux du chemin de fer entre Dakar et Saint-Louis. Il a même fourni des ouvriers, et aidé, par tous les moyens possibles, à rachèvement de la ligne. Cette voie, à la fois stratégique et commerciale, est aujourd'hui achevée. Elle met, à vrai dire, le Cayor entre nos mains, et rend difficile toute insurrection des indigènes; mais Samba-Laobé ne resta pas longtemps notre allié. Dès Tannée 1886 il rançonnait les colons français établis sur son territoire et élevait des prétentions inadmissibles sur la propriété de la voie ferrée. On essaya d'abord de la conciliation. Toutes les tentatives échouèrent. Le 6 octobre 188(), un peloton de nos spahis, commandé par le capitaine Spitzer, rencontra à Tiwawane le damel et son escorte. Les deux troupes engagèrent aussitôt le combat. Samba-Laobé dut bientôt chercher son salut dans la fuite; mais, poursuivi à outrance par le lieutenant Chauvet, il fut transpercé et mourut en brave.

Le gouverneur du Sénégal, décidé à mettre un terme à ces agitations, qui pouvaient devenir dangereuses, et soutenu d'ailleurs par la majorité des indigènes, qui préféraient à une indépendance nominale le calme et la sécurité sous la domination française, prononça aussitôt la division du Cayor en six provinces, gouvernées chacune par un chef à notre dévotion. Lat-Dior protesta et rentra en campagne. Le capitaine Vallon fut envoyé à sa poursuite, et l'atteignit au puits de Dekkelé (26 octobre 1886). Lat-Dior vendit chèrement sa vie, mais il fut tué avec ses fils et les plus courageux de ses partisans. Dès lors la paix n'a plus été troublée au Cayor. Sans doute l'annexion n'a pas encore été prononcée; mais le système des damels a fini son temps, et les six chefs, nommés par nous et protégés par nous, ont tout intérêt à nous rester fidèles. Le protectorat, de la sorte, prépare et annonce une prochaine annexion.

Pinet-Laprade avait été mieux inspiré, en 1865, lors de l'affaire restée célèbre dans l'histoire du Sénégal sous le nom d'expédition du llip*. Un des damels dépossédés du Cayor,

L X., l'expédition du liip (Revue maritime et coloniale, t. XVI, p. 8o0).

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Macodou, s'était associé k un fuiix propliL'lc, Maba, ol tous <|pux, unissant leurs rossoiitimciits cl leurs convoitises, avaient chassé un de nos alliés, le roi du Itip, qui s'onfuit dans un de nos postes, Kaolack, sur le Saloum. Ils vinrent aussitM l'y assiéger. Kaoluck n'était défendu <iue par un sergent français, Iturg, et douze soldats. Os braves repoussèrent l'assaut, qui dura tout un jour et une partie de la nuit {',i octobre Initia). Maba, blessé, fut obligé de se retirer, après avoir perdu trois

cents de ses partisans. Itcndu furieux par ce honteux écliec. il se débarrassa, sans doute en le faisant empoisonner, de ■son associé Macodou, et, resté seul maître du Saluuni et du Itip, envahît le Djolof (juin l^tliS} et se prépara à conquérir le Itaol et le Ciiyor. Il avait déjà entamé des négociations avec les Toucouleurs du Foula et même avec les Maures du désert. Il devenait le chef d'une vaste confédération formée par tous nos ennemis, et annon<.'att hautement son intention d'exterminer tous les blancs. Le danger devenait grave, car le Cayor était encore insoumis, et nos nouveaux ennemis pouvaient donner la main aux Toucouleurs d'AI-Uadjt-Omar et de son

fils Ahmadou. Il n'était que temps de rompre par un coup d'éclat cette coalition naissante.

Pinct-Laprade quitta Dakar en octobre 1863, rallia en passant les contingents du Baol et du Sine, et marcha contre Maba à la tête de huit mille hommes environ. C'était l'armée française la plu§ considérable qui jusqu'alors eût paru dans le f^énégal. « Dans le pays que traverse pour la première fois une colonne de blancs, lisons-nous dans le récit d'un témoin oculaire*, la première impression est une crainte bien naturelle de la part de gens pour lesquels la présence d'une troupe armée est presque toujours le signal d'un pillage ; mais l'ordre qui règne dans notre colonne, la discipline de nos soldats, qu'observent les volontaires eux-mêmes, vigoureusement contenus, le respect de la propriété que nous gardons scrupuleusement, et la nouvelle qui se répand de proche en proche que nous marchons pour les protéger et les défendre, change bientôt cette crainte en. un sentiment de reconnaissance et de sympathie, dont nous avons la preuve en voyant accourir sous nos drapeaux, pour marcher avec nous, tous les hommes armés des pays par lesquels nous passons. » Arrivés à Kaolack le 23 novembre, nos soldats marchaient sur la capitale improvisée de Maba, Maka, s'en emparaient (24 novembre), pénétraient dans le tlip,' remportaient une victoire décisive dans la forêt de ^'gapackh (30 novembre), et poussaient jusqu'à Nioro, à quelques kilomètres de la Gambie, brûlant sur leur chemin une trentaine de beaux villages qui regorgaient des récoltes de l'année. Le 6 décembre ils étaient de retour à Kaolack.

Cette courte et brillante campagne rendit à la France sa grande situation dans l'Afrique occidentale. EÙe nous assurait un territoire considérable, et faisait de nos gouverneurs les arbitres incontestés et redoutés dos différents États indigènes. La fermeté et la décision ne sont-elles pas toujours la meilleure des politiques?

Les tribus riveraines du Sénégal furent traitées de même%"

\. Annnlps s(fnf'f/aluhnSf p. 334.

2. X., Oprrations milUa ires dans la coioniedu Sc^ntu/al et déf}endances pendant les années 186^, 1863, f8Gi iAnnaleM marU'nne.'i et coïoniaH, août 1864).

ET LE SOUDAN FRANÇAIS ioo

ce fut à leur avantage et au nôtre : non pas les tribus du bas fleuve, qui entretinrent toujours avec nous de bonnes relations, mais celles du moyen Sénégal, plus remuantes, plus belliqueuses, et qui avaient besoin d'être plus surveillées. Les chefs du Fouta n'avaient pas été corrigés par les défaites que leur avait infligées, à Loumbcl et dans la forêt de Touldégal, Jauréguiberry, gouverneur intérimaire du Sénégal. Ils avaient sans doute signé la paix, le 20 mars 1863, à Moctar Salam, et consenti à l'annexion du Toro; mais ils n'avaient pas oublié leur humiliation et n'attendaient qu'une occasion pour rentrer en campagne. Les haines françaises se groupèrent autour d'un certain Abdoul-Boubakar, et dans la tribu des féroces et orgueilleux Bosséyabés. Enhardis par une impunité relative, les Bosséyabés, sous prétexte de guerre sainte, ravageaient tout le Sénégal. Ils insultaient nos négociants et nos explorateurs. A Saldé, ils prélevaient d'énormes droits de passage, jusqu'à quinze cents francs par navire de commerce. En juin 1864, huit de nos chalands avaient échoué en face de Daoudel, à six lieues au-dessus de Saldé. Ils furent attaqués parOuld-Eyba, le chef des Bosséyabés. Après un combat de plusieurs heures, quatre des patrons eurent la sottise de se rendre, car il était bien imprudent de se met- • tre à la merci de vrais brigands ; les autres, mieux inspires, réussirent à s'enfuir. Il était impossible de tolérer plus longtemps, en pleine paix, de pareils brigandages. Une expédition fut ré.solue.

Le 15 juillet 1864, le capitaine de frégate Aube et le colonel Despallières quittaient Saint-Louis, à la tête de huit cent six hommes. Le 18, un premier engagement avait lieu à Daouadel, et le village était brûlé. Le 19, le colonel Despallières cernait l'immense village de Kaidi, sur la rive droite, et brûlait deux cents tentes de Maures et près de deux mille cases de Toucouleurs, avec tout ce qu'elles contenaient. Le lendemain 20, c'était le tour des villages bosséyabés, dont l'incendie annonçait aux riverains que la France était désormais résolue à venger ses injures. Les Bosséyabés, terrifiés, implorèrent leur pardon, et nos soldats rentrèrent à Saint- Louis (24 juillet). Cette fois encore nous étions vainqueurs;

mais notre victoire allait demeurer stérile, car ces barbares ne connaissent que le droit de la force. A peine ont-ils reconstruit leurs huttes qu ils recommencent leurs déprédations. C'est pour eux une question de vie ou de mort. Le pillage est en quelque sorte leur industrie nationale. Il faut ou les exterminer ou les réduire à l'impuissance par une occupation définilivc.

Abdoul-Boubakar, sans doute excité par les Toucoulcurs de Ségou et de Kaarta, ne se laissa pas intimider par l'exécution des Bosséyabés. Rêvant de reconstituer à son prolit Tancien royaume du Fouta, il redoubla d'insolence à notre égard. Il en arriva même bientôt à des insultes directes. Non content de brûler, à diverses reprises, les poteaux de la ligne télégraphique entre Saldé et Bakel, il accabla de vexations nos négociants et annonça qu'il allait bientôt entrer en campagne pour jeter les Français à la mer. La faiblesse du gouverneur Vallière l'encourageait dans ses prétentions. Il se persuada, non sans une apparence de raison, que le gouverneur hésiterait à se prononcer contre lui, et même qu'il renoncerait au Fouta, comme il venait de renoncer au Cayor; mais il allait se heurter contre une volonté bien arrêtée, et ses espérances furent bientôt dissipées.

Brière de Tlsle avait succédé à Vallière en 1876. Convaincu de la nécessité de réagir contre les reculs inexplicables de son prédécesseur, il se détermina à comprimer ces velléités de révolte. Dès 1877, une colonne d'observation était envoyée contre Abdoul-Boubakar; mais le chef toucouleur signait aussitôt à Galoyo (octobre 1871) une trêve par laquelle les différents chefs du ïoro reconnaissaient les traités antérieurs et acceptaient notre suprématie. La trêve était presque aussitôt rompue par Abdoul-Boubakar, qui annonçait qu'il s'opposerait par la force à rétablissement d'une ligne télégraphique de Saldé à Malam. Il fallait chî\tier cette insolence. En février 1881, le colonel Pons était envoyé contre un des villages toucouleurs les plus compromis, Orefonda. Un grave échec marqua les débuts de Texpédition. Le capitaine Badenliuyer, avec cinquante spahis et trente disciplinaires, avait été envoyé chercher des vivres à bord de la flottille, restée à

l'ancre près du village de Mbirboyan. 11 fut surpris à N*dourbabian par des forces supérieures, et fut tué, après une résistance héroïque, avec vingt-deux de ses hommes. Le colonel Pons le vengea. Il parcourut le Fouta, brûla trente villages et fit de nombreux prisonniers. Réduit à la dernière extrémité, Abdoul-Boubakar signa un traité par lequel il s'engageait, moyennant un traitement annuel, à protéger nos négociants et à laisser exécuter la ligne télégraphique. Il est vrai que ce trailé ne devait être qu'une lettre morte, et que notre infatigable adversaire allait se joindre à de nouveaux ennemis de la France, à Talmamy Samory et à Mahmadou Lamine, dont nous aurons à raconter bientôt les dangereuses entreprises; mais l'impression n'en était pas moins produite, et dans tout le Fouta on comprenait la nécessité de respecter les volontés de la France.

Brière de Tlsle fit également respecter notre drapeau par les tribus du haut fleuve. Aux environs de Médine, le chef du Logo, Niamody, avait fait de sa capitale Sabouciré, h seize kilomètres en amont de Médine, un centre de résistance. Il avait même provoqué notre commandant de Médine, en lui écrivant qu'il mettrait à mort tout Français, blanc ou noir, qui pénétrerait dans ses Etats, et il s'était répandu en épouvantables menaces contre notre fidèle allié, le vieux Sambala. Une colonne expéditionnaire, commandée par un vaillant officier, le lieutenant-colonel d'infanterie de marine lloybaud, fut aussitôt dirigée contre Saboucir(5. Kllc comptait cinq cent quatre-vingt-cinq hommes, quatre-vingts chevaux et quatre canons. Partie de Saint-Louis le 10 septembre 1878, elle arrivait le 22 septembre devant la citadelle nègre. Un violent combat s'engagea. Il dura cinq heures, et se termina par la prise et la destruction de Sabouciré. Niamody fut tué dans la bataille, et à ses côtés tombèrent cent cinquante Toucouleurs, sans compter ceux qui se noyèrent dans le fleuve. Nous avions eu treize tués, dont deux officiers, et cinquante et un blessés. Celle exécution sommaire rétablit notre crédit compromis, mais la victoire nous coûta bien cher; car « les troupes s'étaient à peine embarquées sur nos avisos pour rejoindre Saint-Louis que la fièvre jaune s'était abattue, sombre et

implacable, sur les officiers et les soldats qu'avaient épargnés les balles des Malinkés ou les fièvres du Logo. Les bateaux s'arrôlaient sans cesse pour permettre de cteuser sur la berge les tombes des victimes, ensevelies dans de simples toiles de hamac. » (Rapport du capitaine Gallieni.)

En résumé, grâce à ces énergiques manifestations, tous les États riverains du Sénégal sont aujourd'hui ou directement administrés par nos agents ou soumis à notre influence. C'est un immense progrès qui a été réalisé en peu d'années.

Nos gouverneurs ne se sont pas contentés d'annexer ou de réduire à l'obéissance les États riverains du Sénégal. Ils ont également cherché à étendre les possessions françaises sur toutes les contrées baignées par les fleuves parallèles au Sénégal qui s'étendent entre Gorée et Sierra-Leone. C'est ainsi que les vallées de la Casamance, duRio-Nunez, de Rio-Pongo, de laMellacorée, etc., ont été successivement ajoutées à notre domaine colonial ; mais c'est surtout dans la vallée du haut Sénégal et dans celle du Niger, c'est-à-dire dans le Soudan, que s'est exercée notre activité. De là un double courant d'opérations de guerre ou d'entreprises commerciales qu'il importe d'exposer avec quelque détail, car nous assistons depuis peu à une vigoureuse reprise en avant du mouvement colonial ; et comme de nouvelles contrées s'ouvrent aux ardentes investigations de nos «oldats et de nos négociants, il est nécessaire de présenter avec quelque développement ces épisodes, dont la portée économique et politique n'échappera à aucun de nos Iqcteurs.

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