Journal, t. lc^ p
tout des renseignements très précis, et il sétait habitué à évaluer, rien qu'en marchant, les distances avec une telle exactitude, qu'on a pu dresser la carte et retracer l'itinéraire de son voyage.
he 19 avril 4827, Gaillié partait de Boké, sur le Rio-Nunez, plein d'espérance dans la réussite de ses projets. Après vingt jours de marche, il arrivait en plein massif du Fouta-Djallon. 11 lui fallut trois mois pour franchir ce massif, jusqu'alors inconnu aux Européens. Dans ces petites républiques mandingués, chez ces Foulahs, pâtres ou laboureurs, Gaillié n'eut pas toujours à se louer de l'hospitalité des habitants. Aussi arriva-t-il à Timé harassé de fatigue, aifaibli par les privations et le manque de soins. Une blessure au pied l'obligea même à un repos que ses forces épuisées rendaient nécessaire. Loin de pouvoir profiter de cette halte, il fut pris par une lièvre maligne qui lui enleva le reste de ses forces et le retint longtemps chez une vieille négresse, qui se montra pleine de complaisance et d'égards à son endroit. Grâce aux bons soins de cette pauvre femme, Gaillié finit par se remettre. Après im mois de convalescence, il se trouva assez fort pour continuer son voyage, et se diriger sur Jenné, ville importante située sur les bords du Niger.
U allait partir et n'attendait plus qu'une occasion favorable, quand un nouveau malheur vint le frapper. Le scorbut l'attaqua et le conduisit aux portes du tombeau. « Que l'on s'imagine ma position , écrivait-il : perdu dans l'intérieur d'une contrée sauvage, couché sur la terre humide, n'ayant d'autre oreiller que le sac de cuir, qui contenait mon bagage, sans autres soins que ceux que m'accordait la bonne vieille mère Baba. Je fus bientôt réduit à l'état de squelette. Je perdis toute mon énergie. Le mal seul absorbait mes idées. U ne me restait que deux pensées, celles de la mort et de Dieu*. »
Gertes il était dur pour un homme aussi vigoureusement trempé de se voir mourir, emporté par une lente maladie, sans secours, loin des siens, au milieu de cette ténébreuse Afrique, et cela quand il était en si bon chemin et avait l'as-