Journal, t. U, p. 2;j
ceau d'étain pointu qui traverse la lèvre inférieure et la force à se pencher peu gracieusement, u Souvent, ajoute Caillié, je fus tenté de rire en pensant à Tétrange effet que cet ornement ferait sur les lèvres blanches et vermeilles de nos jolies Françaises. »
Depuis Timé, la caravane mit deux mois à atteindre Jenné. C'est une place de commerce importante ; les caravanes de tous pays s'y croisent, y vendent leurs marchandises et en prennent de nouvelles, La ville était alors au pouvoir d'un prophète fanatique, Sego-Ahmadou. Caillié n'était pas sans quelque appréhension en pénétrant sur le territoire de ce convertisseur par le sabre. Heureusement Caillié avait emporté avec lui un modeste parapluie. Le prophète, émerveillé par cet instrument de la civilisation européenne, pria avec instance le voyageur de le lui céder. Caillié y consentit et devint anssiiôt perso?ina grata. Non seulement il fut directement protégé, mais encore il reçut une lettre de recommandation pour Tombouctou. En outre, les marchands de Jenné lui firent bon accueil. Toute sa pacotille européenne fut échangée contre des produits indigènes, et il fut défrayé de toutes ses dépenses ; puis on l'embarqua pour Tombouctou, le 22 mars 1828.
De Jenné à Tombouctou le voyage fut pénible pour Caillié. La chaleur était accablante, Tair manquait, et, de plus, le patron de la barque qui portait notre compatriote était un véritable tyran. « Non seulement il me lit jeûner plus que de droit et, m'interdisant l'intérieur de la pirogue, me força à coucher sur le pont, où les atteintes du serein et les intempéries de la nuit altérèrent profondément ma santé, mais il ne négligea aucune occasion de m'insulter grossièrement et d'exciter contre moi par son exemple les gens de l'équipage, et jusqu'aux esclaves, malheureux toujours prêts à imiter les défauts de leurs maîtres*. » La navigation sur le Niger était lente et pénible. Les grandes barques qui composaient la flottille étaient extrêmement lourdes et, n'ayant pas de voiles, ne pouvaient avancer en temps de calme ; d'un autre côté, elles étaient si fragiles que le moindre vent menaçait de les faire