Journal, t. H, p
chavirer. Les matelots bambaras tiraient ces barques avec des cordes, ou, lorsque la nature des rives rendait impossible ce moyen primitif de locomotion, se servaient de perches pour pousser en avant leurs embarcations. Les rives du fleuve ne présentaient rien de pittoresque ni d'attrayant. Le Niger coulait dans une immense plaine, sans qu'aucun accident de terrain vînt réveiller l'attention du voyageur. Parfois il était obligé de se cacher à fond de cale pour éviter les visites intéressées des Touaregs Sourgous, voleurs sans scrupules, tout disposés à piller (également chrétiens ou musulmans.
Ce fut dans ce triste équipage que Caillié descendit le Niger, traversa le lac Debou, belle nappe d'eau que tous les matelots saluèrent de coups de fusil et du cri de « Salem ! salem ! » passa devant Sa, riche port commerçant, et, le 19 avril 1828, arriva à Cabra, port de Tombouctou, situé à dix milles de cette ville. Le lendemain, au coucher du soleil, il réalisait son rêve et faisait son entrée à Tombouctou, entouré d'une brillante escorte que lui avait envoyée l'hôte auquel il avait été recommandé par le chérif de Jenné. « Je voyais donc cette capitale du Soudan qui depuis si longtemps était le but de tous mes désirs. En entrant dans cette cité mystérieuse, objet des recherches des nations civilisées de FEurope, je fus saisi d'un sentiment inexprimable de satisfaction ; je n'avais jamais éprouvé une sensation pareille et ma joie était extrènie. Mais il fallut en comprimer les élans. Ce fut au sein de Dieu que je confiai mes transports; avec quelle ardeur je le remerciai de rheureux succès dont il avait couronné mon entreprise! Que d'actions de grâces j'avais à lui rendre pour la protection éclatante qu'il m'avait accordée, au milieu de tant d'obstacles et de périls, qui paraissaient insurmontables*. »
Revenu de son enthousiasme, Caillié ne tarda pas à trouver que le spectacle qu'il avait sous les yeux ne répondait pas à son attente. Pour une cité bâtie au milieu des sables, Tombouctou est une belle cité, mais fort triste, car elle est entourée par d'immenses plaines de sables mouvants, d'un blanc tirant sur le jaune, et d'une aridité désespérante. Les maisons